…Et pendant ? Pour un mouvement joyeux et destructeur contre le monde et sa sélection

Cliquer sur l’image pour télécharger le flyer
  • Mardi 10 avril – 19h Discussion sur le mouvement en cours.
  • Vendredi 13 avril – 19h Ciné-club : The Wall de Alan Parker.

C’est le début d’un mouvement étudiant, des dizaines de facs sont occupées et, avec la grève des cheminots qui est en capacité de perturber la normalité, quelque chose commence peut-être… Au lieu de se demander comme tous les fossoyeurs de luttes syndicaux et Organisés « …et après ? », posons nous plutôt tout de suite la question « …et pendant ? ». A côté des AG stérilisantes et interminables qui maintiennent les catégories que l’on cherche à détruire, des pratiques bourgeoises et manipulatrices comme les tribunes et les tours de paroles, mises en places par ceux qui ont des habitudes politiciennes et peuvent ainsi régner, il y a partout, comme depuis toujours, des choses plus intéressantes qui se passent. Ce mouvement en devenir, parce qu’il pose la question de la sélection et donc de la réussite et de la place qui nous est laissée dans ce monde, porte en lui un potentiel subversif.

Ne perdons pas le temps précieux de la révolte en AG infinies, applaudissements, votes absurdes, gestuelles idiotes de démocrates assumant le statut de marionnettes et autres pratiques minimalisantes. Ne laissons pas s’éteindre le mouvement dans le corporatisme, les pratiques et discours dissociatifs, la collaboration syndicale et la préparation du retour à la normale.

On propose mardi 10 avril à partir de 19h un moment de discussion ouvert sans carte d’étudiant, ni tribune, ni tour de parole, où on pourra parler de ce qui est en train de se passer, du monde et de sa sélection, de l’école et de son rôle, ainsi que des mouvements passés et de ce qu’ils peuvent nous apprendre pour aujourd’hui, notamment au travers du visionnage d’un montage vidéo à propos du mouvement contre le CPE en 2006. Venez partager propositions et expériences !

Aux Fleurs Arctiques
45 Rue du Pré Saint-Gervais, 75019 Paris
Métro Place des Fêtes (lignes 7bis et 11 du métro).

 

Programme de mars à mai 2018

Consulter/télécharger le programme de mars à mai 2018 pour lecture web.

Pour la version à imprimer en A3 cliquer ici et

 

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Permanences : jeudi 17h – 20h et samedi 16h – 19h
Ciné-club : lundi tous les 15 jours – 19h
Groupes de lecture : dimanche – 16h30
Ciné-club enfants : samedi tous les 15 jours – 16h

 

 

Edito : A quel printemps doit-on s’attendre ?

Pendant que les matons se mobilisent pour leur « sécurité », en faisant oublier que c’est au dépend des prisonniers qu’ils enferment, frappent, torturent, que leurs revendications s’établissent, et que leur mouvement même empire de manière inacceptable le sort des prisonniers,

Au moment où la dite victoire contre l’aéroport de Notre Dame des Landes est fêtée par certains alors même qu’elle consacre la défaite de la lutte contre « son monde » qui était censée en faire la pertinence offensive,

Alors que peut-être un mouvement va s’initier contre l’école et sa réussite qui passe par la sélection et l’apprentissage de l’obéissance,

La bibliothèque propose des discussions ou séances de travail ouvertes sur la prison (le 6 avril), l’école (le 10 avril), et puis sur ce qui peut faire la vitalité subversive des luttes et comment les tensions et conflits qui les traversent peuvent se trouver figés en identités victimaires à partir du moment où la perspective d’une confrontation globale s’est perdue ( le 16 mars). Parce qu’on est aussi tenaces que l’époque l’impose, on poursuivra aussi la critique du documentaire sur « l’Histoire de l’anarchisme » en examinant le traitement de l’épisode de Haymarket (le 2 mai), ainsi que la réflexion autour de la « non-mixité » en tant que proposition politique à travers l’histoire de la Ligue des Travailleurs Noirs Révolutionnaires à Détroit dans les années 60/70 (le 19 mai). Après la déferlante médiatique «#balance ton porc», on propose de parler de sexisme et de liberté en amour, en faisant une plongée dans le temps et le lieu avec Eros+Massacre et la revue Seito (le 21 avril).

Le dimanche à 16h30, on continue à lire, discuter, réfléchir ensemble à partir de textes variés et à y puiser de l’air pour ouvrir des brèches dans ce monde qui s’éternise de manière irrespirable.

Et puis à l’occasion du ciné-club, un lundi sur deux à 19h, l’image et la fiction nous permettront d’imaginer comment ce monde peut être détruit par des gros monstres mélancoliques dont l’indifférence n’a d’égal que notre désir d’en finir pour qu’enfin autre chose commence.

Un samedi sur deux à partir de 16h ont lieu des projections par, pour et avec des enfants. Il n’est pas inimaginable que les adultes aussi s’y intéressent, s’ils savent où ils mettent les pieds et laissent les enfants regarder, penser et parler.

Les permanences du jeudi (17h – 20h) et du samedi (16h – 19h) sont l’occasion de se rencontrer, de discuter, de questionner, et de proposer des pistes ou des projets qui pourront prendre place dans ce lieu. 

C’est avec une patience sans illusion et une détermination pleine d’espoir qu’on propose ici quelques occasions de reprendre en main des morceaux de passé et des bouts de présents. Toute initiative qui irait dans ce sens sera bienvenue et pourra venir compléter ce programme.

Cycle sur les Kaïju

Projections à venir :

  • Lundi 5 mars – 19h

King Kong, Merian Caldwell Cooper et Ernest Beaumont Schoedsack, 1933, vostfr, 1h40

  • Lundi 2 avril – 19h

Monsters, Gareth Edwards, 2010, vostfr, 1h33

  • Lundi 30 avril

Shin Godzilla, Hideaki Anno et Shinji Higuchi, 2016, vostfr, 2h

 

Projections passées :

Godzilla – Ishirō Honda – 1954 – 98 min – JP (Vost)
(précédé d’une projection surprise de 10’’)
Lundi 27 novembre 2017 à 19h

 

 The Host – Bong Joon-Ho – 2006 – 119 min – Corée (Vost)
Lundi 18 décembre 2017 à 19h

 

Godzilla, affiche française d’A. Poucel, 1956.

Pourquoi regarder ensemble des films de gros monstres, ou kaîju ega, du nom de ces films de genre qui, après King Kong en 1933, deviendront à partir du premier Godzilla (1954) une spécialité japonaise ? Pour le plaisir, d’abord, celui des effets spéciaux, du carton pâte et des maquettes, pour la magie du gigantisme. Et puis parce que ces gros monstres viennent des abysses ou du plus profond de la terre pour renvoyer à l’humanité l’image incarnée de la crainte que lui inspire son

Affiche polonaise pour Godzilla vs. Mechagodzilla, 1977

propre orgueil, sa propre démesure. Les ravages des Kaïju sont la réalisation fatale de la nécessité de détruire un monde qui sans eux n’en finirait pas de perdurer, et finit grâce à eux par s’écrouler dans une apocalypse cathartique.

Kaijū (que l’on prononcera kaizyû) signifie littéralement « bête étrange » ou « bête mystérieuse ». Il s’agit donc d’un terme japonais pour désigner des créatures étranges, particulièrement les monstres géants des films japonais appelés kaijū eiga. La notion japonaise de monstre étant différente de celle des européens, un kaijū est plutôt vu comme une force de la nature devant laquelle l’homme est impuissant et non pas comme une force du mal. Le kaijū n’est pas issu de l’univers religieux, ce n’est pas un démon et il n’est pas nécessairement mauvais ni bon.

 

Affiche italienne pour Godzilla vs. Hedorah (Godzilla vs. the Smog Monster), 1971

Les kaijū et autres monstres géants peuvent être compris au sens large : de Godzilla à King-Kong en passant par Mothra, King Ghidorah, Gamera, Pulgasari, ou encore pour aller plus loin Moby Dick, les Anciens de Lovecraft, le monstre marin de Phèdre ou le Béhémoth et le Léviathan bibliques. Avec les kaijū, nous pouvons constater l’incroyable balancier entre divertissement et politique, analyser les allers et retours permanents entre « culture populaire » japonaise de la seconde moitié du XXe siècle et réappropriation et détournement de l’imaginaire collectif et de la culture post-traumatique des attaques nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki, se croisant pêle-mêle avec des volontés de réalisateurs ou de producteurs d’exprimer une critique avec plus ou moins de sincérité et de réussite. Beaucoup de films de kaijū ont été des films d’exploitation assez grotesques, ce qui n’enlève rien à leur charme de série Z et au plaisir du connaisseur. De la série Z à budget fracassé au blockbuster léché de studio, il n’est pas difficile non plus de voir les kaijū eiga comme des odes jouissives à la sauvagerie, comme des critiques à la fois sérieuses et grotesques de la civilisation et de la normalité, des critiques pas moins destructrices que celles d’un anarchiste qui fut lui-même décrit en son temps comme un monstre géant et destructeur déferlant sur l’Europe qui tenait son Godzilla légendaire en la figure de Bakounine. Et si les kaijū n’étaient autres que des métaphores oniriques d’un désir de destruction, de révolution ?

Affiche italienne pour Gigantis the Fire Monster (Godzilla Raids Again), 1957

Lorsque Bakounine, Déjacque et Proudhon invoquaient Satan comme figure de la révolte fondamentale contre ce monde, c’était déjà l’idée du kaijū qui frémissait d’exister. Décrit par le révolutionnaire russe comme « le génie émancipateur de l’humanité » et « la seule figure vraiment sympathique et intelligente de la Bible », Satan est identifié à la révolte qu’il symbolise. Nous voyons ici en Godzilla et ses acolytes mastodontesques un souffle symbolique similaire. Et d’ailleurs Tokyo après Godzilla n’est pas si loin des ruines de 1871 à Paris après le passage incendiaire des communards. Peut être bien, donc, que si King-Kong, Mothra et Godzilla ne sont pas effrayés par les ruines, c’est qu’ils portent dans leur cœur un monde nouveau.

Affiche polonaise pour Godzilla vs. The Smog Monster, 1971

On ne va pas attendre la Révolution pour faire la révolution…

Vendredi 16 mars à 19h

Que faire de la notion de « lutte dans la lutte » ?

Le mythe du Grand Soir a vécu. Sa fin emporte avec elle le Parti qui le prépare, son programme, ses étapes, l’obéissance de ses militants à sa ligne, et, plus fondamentalement, l’idée que c’est plus tard que se résoudra le problème des rapports de dominations et d’autorités dont ce monde est fait. Mais on ne va pas attendre la Révolution pour ouvrir des possibilités d’émancipation. Alors que faire quand il n’est plus question d’obéir en attendant un futur radieux ? Décréter qu’on abolit l’autorité et les rapports de pouvoir pour échapper à ce monde ? C’est tomber dans l’illusion de l’alternative et éluder la question révolutionnaire. En pensant échapper à ce monde, on y construit son nid, et c’est à la révolution qu’on échappe. Faire valoir l’exigence fondamentale que changent les rapports de domination et de pouvoir ici et maintenant ne peut se réaliser que dans la perspective d’une conflictualité globale avec l’existant, donc dans une perspective révolutionnaire. Et, réciproquement, cette conflictualité globale contient en elle des luttes internes contre les rapports de domination et de pouvoir qui s’y reproduisent. C’est ce que signifie sans doute la notion de « lutte dans la lutte ». Face à ce constat, notre drôle d’époque propose une drôle de porte de sortie (sortie de la perspective révolutionnaire qui implique sans doute trop de risques et de plongée dans l’inconnu pour le rapport au monde « assuranciel » qui se généralise). C’est l’idée qu’on pourrait s’impliquer dans les luttes internes à la perspective révolutionnaire, sans se soucier de la question révolutionnaire. Les luttes dans la lutte, mais sans la lutte, en somme. Se libérer des rapports de pouvoir et de domination sans la révolution, voilà ce que propose aujourd’hui la post-modernité triomphante à une époque qui n’attendait qu’elle pour tenter de mettre fin aux souffles révolutionnaires qui avaient traversé jusque là l’humanité et son histoire. C’est cette question qu’on propose de discuter, à partir d’une contribution à la réflexion en cours autour des Mujeres Libres dans la révolution espagnole et de la question de la « non-mixité », à lire ici.

L’Avocat de la terreur

Barbet Schroeder, 2007, 2h15

lundi 19 mars à 19h

Des images terribles du génocide des Khmers Rouges au Cambodge et la voix de Vergès plaidant face au spectateur (et à l’Histoire) en défense de ces vainqueurs génocidaires, remettant en question le terme de « massacre » et sa réalité. La voix off cherche à nous faire perdre le Nord : « Que prouvent ces images de charniers ? Qui peut établir les chiffres et les causes ?« . La « défense de rupture », telle qu’il l’a théorisée à partir de la défense des poseuses de bombes du FLN, sort alors du tribunal pour façonner et construire, en défense des génocidaires khmers, cette « vérité judiciaire » afin de persuader d’une contre-vérité historique. Les faits, les témoignages et les images se dissolvent dans les arguties sur les chiffres ; les mots et la rhétorique prennent alors le dessus. Voilà sur quoi s’ouvre ce film documentaire qui retrace le parcours d’un homme, Jacques Vergès, de son rôle d’avocat des condamnées à mort du FLN à la défense du boucher nazi Klaus Barbie et des tyrans sortis vainqueurs et accapareurs des mouvements de décolonisations, et cherche à percer un « mystère Vergès » savemment auto-entretenu par ce dernier. En vertu d’une connivence plus fondamentale avec les ex et futurs vainqueurs, le refus de la connivence judiciaire qu’il que Vergès choisit d’exercer dans les cas les plus limites se résume à une transaction sordide qui finit toujours par absoudre les massacres et les génocides des accusés, en même temps que ceux des accusateurs, puisqu’il s’agit d’inscrire le massacre dans la relative banalité de ce monde. Et, miracle de l’anti-imperialisme, si l’on en croit Vergès et ses amis, le massacre et les charniers peuvent donc s’integrer sans aucun souci à l’eventail des pratiques dites « révolutionnaires ». Dans ce marasme glauque de relativisme absolu, l’ignoble cotoie et contamine l’emancipation. La fascination du documentariste est palpable dans ce film, dont la complaisance, qui ne cache pourtant rien des fourvoiements d’une époque et des ressorts ignobles du rôle que Vergès a pu y jouer, sera à mesurer. Fascination pour la théâtralité du personnage qui se met en scène lui-même pour asseoir une toute puissance perverse et manipulatoire, fascination pour l’amoralité cynique, fascination aussi pour la terreur que Vergès défend. Reste l’Histoire dont il fait « son décor », et qui est le véritable sujet de ce documentaire, l’histoire de l’anti-impérialisme et les fantômes qui la traversent auxquels il faudra bien un jour avoir le courage de faire face, de François Genoud, banquier des nazis puis du FLN, puis pourvoyeur de fonds de plusieurs groupes armés anti-impérialistes internationaux, puis commanditaire de la défense de Barbie, à Carlos le mercenaire de l’anti-impérialisme, en passant par les combattants du FLN aujourd’hui ministres, évoquant avec bonhommie le terrible attentat du Milk Bar à Alger (56). On y voit comment la défense des vaincus et la remise en question de la légitimité judiciaire se fourvoie systématiquement en défense des anciens et actuels vainqueurs, et ce que devient la rupture avec le système en présence quand elle se fait au nom d’un « peuple » et d’un Etat à venir… Comment aussi certains aspects de la confusion actuelle s’originent dans un aveuglement et une complaisance glaçantes avec le racisme, la domination religieuse et nationaliste. Et puis, ce qui finalement fait le fil rouge de ce moment historique vu au travers de cet homme et sa trajectoire trouble : l’antisémitisme, cette « colère contre les juifs » qui selon une de ses amies aurait pu le conduire lui-même à poser des bombes. Probablement était-il plus aisé de défendre Barbie que de le devenir.

Comprendre et critiquer l’école et son monde

Mardi 10 avril à 19h

Depuis qu’elle existe en tant qu’institution, l’école est au service de la bonne gestion des besoins de l’État et du capital. Elle qualifie quand il y a besoin de qualification, déqualifie quand il faut baisser le coût du travail, et toujours apprend l’obéissance et domestique la sauvagerie de l’enfance en faisant intégrer, que ce soit à coups de trique ou de pédagogies alternatives, la nécessité d’accepter ce monde et d’aspirer à y réussir. Elle est aussi le lieu où se rejoue toujours la possibilité de la révolte et du refus, elle est toujours forcément en crise, traversée de tensions et de contradictions inhérente à cette entreprise de gestion de l’ingérable. De la maternelle à l’université, ce qui s’y passe, les rapports qui y circulent, la manière dont adultes, enfants, adolescents y interagissent reflète cette fonction fondamentale. Si l’école d’hier a pu faire l’objet de critiques variées qui ont eu leur pertinence et ont été partiellement intégrées (donc désactivées) dans l’école d’aujourd’hui, celle d’aujourd’hui justement semble laisser bien démunis et impuissants ceux qui se rendent pourtant compte du désastre. On s’offusque de divers détails sans trouver le moyen de remettre en question, ni même simplement de décrire la réalité de ce qui s’y joue. Nous proposons d’ouvrir ce vaste chantier, de comprendre ce qui se joue à l’école en s’aidant de l’expérience de chacun (on y est tous passé, certains n’en sont jamais sortis …), mais aussi en réfléchissant autour de divers extraits de documentaires ou de fictions, en particulier Entre les murs et La journée de la jupe, deux films qui, chacun à sa manière, donnent une certaine image de l’école, tout en proposant des points de vue critiquables sur ce qu’il s’y passe et ce qu’il faudrait en faire. Nous avons choisi ces films dans la perspective de critiquer leur démarche et d’ouvrir enfin un champ de réflexion pour une critique radicale de l’école, ce qu’il s’y passe, ce qu’elle produit et ce qui la produit.

Comme un chien enragé

Vendredi 6 avril à 19h

« Le véritable problème en prison, c’est la prison »

A travers l’écoute d’un document audio (22 mn) réalisé à partir d’une lettre anonyme d’un détenu qui nous invitait à « visiter » la prison de la Santé à Paris, en 2011, nous proposons de discuter des conditions de détention actuelles en France, au moment où les matons font entendre leurs complaintes assourdissantes de geôliers qui voudraient que leur activité mortifère se déroule en toute sérénité ; et alors que, depuis des décennies, l’État prévoit sans cesse de nouvelles places de prison et construit les bâtiments high tech qui vont avec cette bonne gestion. Un enfermement qui sert à la fois de menace et de punition pour une partie de plus en plus nombreuse de la population. Discuter des conditions de détention n’a pas pour objectif ici d’envisager la nécessité d’une réforme de la carcérale, mais d’appréhender ce qui fait de la prison ce qu’elle est dans la vie quotidienne : la punition par l’enfermement. Réfléchir à ce dont est faite la vie en prison, c’est se rendre compte à quel point ces conditions de vie sont déterminantes et ont une incidence sur les révoltes individuelles ou collectives, sur la présence ou l’absence de  mutineries. Parler de la réalité de ce que fait l’enfermement à la vie, au temps qui passe, aux relations avec les codétenus à l’intérieur, avec les proches à l’extérieur, c’est à la fois comprendre le rôle et la place de l’enfermement dans le monde qui le produit, mais aussi comprendre son fonctionnement et ses codes, tenter d’appréhender comment y survivre, s’y organiser, comment maintenir le contact avec l’extérieur et, alors que l’enfermement judiciaire ou administratif ne cesse de se généraliser, c’est aussi se mettre en mesure d’y faire face. Cette discussion sera aussi une occasion de parler de l’actualité chaude des prisons françaises : grève des matons, révoltes de prisonniers, essor de la haute sécurité conjointement à la mise en place de ces mesures « alternatives » à l’enfermement qui, loin de diminuer le nombre de prisonniers, sont toujours là, en fait, pour enfermer autrement, de mieux en mieux, et de plus en plus. 

« La prison existe parce qu’une société a besoin d’elle pour injecter la peur qui la maintient et je ne vois pas bien comment on pourrait s’attaquer à la prison sans en finir avec le monde qui la produit et en a besoin, et vice-versa. Je ne vois pas bien non plus à quoi peut servir de lutter pour des prisons « plus humaines », ou des « alternatives » à la prison quand le réel problème transcende si largement la simple question de la prison et se retrouve dans tous les aspects de la société : le principe même de domination et d’autorité. Nous voulons recouvrer notre liberté, mais dehors non plus nous ne sommes pas libres. C’est parce que je suis pour la destruction des prisons que je suis révolutionnaire, c’est parce que je suis révolutionnaire que je suis pour la destruction des prisons.»

 

The Wall

Alan Parker, 1982, 1h36

Vendredi 13 avril à 19h 

We don’t need no education ! We don’t need no thought control !

The Wall est un film musical, dans lequel la musique des Pink Floyd est un élément aussi essentiel que les images. On y voit Pink, une rockstar enfermée chez lui, amorphe, gavé à la soupe télévisuelle et comment des morceaux de sa vie passée, en particulier les humiliations de l’enfance, lui reviennent sous forme cauchemardesque hallucinatoire, comme les briques d’un mur qui peu à peu s’est refermé sur lui. Tout commence par la mort de son père, soldat durant la seconde Guerre Mondiale. Il est donc éduqué par une mère tyrannique qui l’empêche de sortir, d’avoir des amis, d’être amoureux, de s’émanciper, de vivre. Malgré les rapports toxiques qu’il entretient avec sa mère, il reste prisonnier de sa relation avec elle. La famille est la fondation de son mur. Le mur de Pink se renforce à cause de l’école. Par l’enfermement, par la désindividualisation des élèves (montré par un masque que tous les élèves portent), par le professeur qui s’acharne à humilier, punir les élèves et marteler des leçons. L’école est montrée comme une usine qui fait rentrer des enfants et les dépersonnalise, ne faisant sortir que des copies. la poésie, la musique et le rêve de brûler son école avec ses camarades sont les voies qui s’ouvrent à Pink pour sortir de ce cauchemar. Malgré son pessimisme, ce film puise dans les suites des années 70 son esthétique psychédélique et ce désir d’émancipation d’une génération en rupture violente avec ce que lui impose le monde dans lequel elle grandit, son ordre et sa morale. Le regarder aujourd’hui, c’est y chercher de quoi réveiller une époque dans laquelle on ne mesure plus à quel point l’école et la famille sont des institutions de maintien de l’ordre à travers lesquelles les adultes donnent violemment court à la vengeance contre l’abandon des aspirations de liberté de leur propre enfance, construisant ainsi l’acceptation d’un monde d’ordre et de prison. 

Hey ! Teachers ! Leave them kids alone !

Eros + massacre

エロス+虐殺, Yoshishige Yoshida, 1969

Samedi 21 avril à 17h

Eros + massacre relate la vie de Sakae Ōsugi, anarchiste japonais du début du siècle exécuté par l’Etat en 1923, et sa tentative de vivre « l’amour libre ». Le film emprunte le point de vue d’un couple des années 60 qui, à travers son enquête sur une des compagnes d’Ōsugi (Itō Noe), va s’intéresser aux théories anarchistes sur l’amour libre, sur les rapports que leur concrétisation créent : jalousie, souffrance etc… La démarche de ce couple, s’intéresser à des expériences passées, en comprendre le contexte et en extraire la pertinence pour notre époque, fait echo à la notre. Nous tenterons d’ ouvrir la discussion sur la liberté dans les rapports, le poids de l’idéologie qu’elle soit réactionnaire ou libertaire, puritaine ou amour-libriste. Ballotés entre toutes ces injonctions, en 1911 comme en 1960, comme aujourd’hui, femmes et hommes ont encore beaucoup à faire pour construire une intelligence en amour et en amitié et vivre pleinement leur sexualité sans carcans. Puisque le pouvoir est indissociable de la contrainte, nous chercherons aussi comment les participantes à Seitō ont défini le pouvoir de la société patriarcale sur les femmes et les propositions d’émancipation (refus du mariage de raison, accès à l’education et à l’avortement, reconnaissance de l’homosexualité…). Leurs points de vue et analyses, très hétérogènes, et parfois source de conflits politiques sérieux, seront également abordés. Ce film issu de la Nouvelle Vague Japonaise porte plusieurs axes de réflexions que l’on pourra développer dans le cadre de sa projection, comme la réflexion entamée sur « l’amour libre », la proposition féministe (du refus émancipatoire du mariage à travers l’union libre au « libre choix » en matière de sexualité) et les modalités de certaines de ses visions beaucoup plus contemporaines, mais que l’on peut déjà trouver dans Seitō, comme le refus du couple voire de l’amour, et le retour à des modalités de relations contractuelles présentées comme protectrices). Il nous faudra prendre en compte le parti-pris de la réalisation à propos de l’anarchisme, délaissant les luttes sociales bien présentes dans la vie des protagonistes eux-même pour se focaliser sur les rapports intimes et amoureux, parti-pris très perceptible dans la mise en scène du regard rétrospectif de ce couple des années 60.

Voir notamment :

  • Naissance d’une revue féministe au Japon – Seitō In Ebisu, n°48, 2012. pp. 7-171

 

A propos du documentaire « Ni Dieu, ni Maître, une histoire de l’anarchisme »

L’épisode d’Haymarket square

Samedi 5 mai à 17h

Il y a maintenant un peu moins d’un an était diffusé sur Arte le documentaire Ni Dieu ni Maître – Une histoire de l’anarchisme de Tancrède Ramonet. Dans une période de misère politique, alors que la main mise sur l’histoire des luttes et des mouvements révolutionnaire reste le dernier bastion auquel s’accroche le vieux Parti Communiste, ce documentaire qui se présente comme une « réhabilitation de l’anarchisme » a été accueilli plutôt positivement dans les milieux militants et institutionnels. En période de disette, tout n’est pas pour autant bon à prendre. S’il nous a semblé nécessaire de réaliser une lecture critique de cette « histoire de l’anarchisme » tout public, c’est d’abord pour ce que ce travail véhicule comme lecture identitaire de l’anarchisme, mais également parce que son optique est la réhabilitation de celui-ci dans le cadre de l’historiographie stalinienne à la française opérant ainsi la liquidation de ce qu’il peut en rester de subversif pour aujourd’hui. La vision de l’anarchisme qu’il défend participe activement à la déconstruction en cours de l’héritage révolutionnaire dans lequel on nous propose de venir piocher des figures quasi-mythologiques pour consolider une construction idéologique qui ne fait rien d’autre que valider le présent, et cette mythopoiésis en carton nous semble caractéristique d’un rapport au passé mais encore plus d’un rapport au présent désastreux. Il ne s’agit pas pour nous de défendre le pré-carré d’une quelconque identité anarchiste ou la pureté d’un courant philosophico-politique — d’ailleurs bien malmené en tant que tel par la perspective de vulgarisation de ce documentaire —, et c’est d’un point de vue révolutionnaire que nous avons commencé à y réfléchir. A travers cette réduction de l’anarchisme -— comme on réduit une tête chez les Jivaro —, c’est la perspective révolutionnaire en elle-même qu’on travaille à liquider, quelle que soit la manière dont on peut la formuler et la concevoir. Déconstruire ce documentaire concerne donc tous les révolutionnaires qui n’acceptent pas de se laisser bercer et endormir dans cette époque qui voudrait faire de la révolution un souvenir du passé qui prend la poussière comme des castagnettes sur une cheminée et qu’on regarde de temps en temps avec nostalgie avant de la mettre au grenier quand on ne se souviendra même plus de quoi il s’agit. Réfléchir autour de ce que ce documentaire fait à la révolution, c’est une occasion à saisir pour réinsuffler de la vie au refus de ce monde, qui a une histoire dont l’anarchisme fait assurément partie. C’est œuvrer à la construction des bribes d’une autre histoire complexe, pleine de contradictions et riche de possibles multiples, la nôtre, et la reparcourir du point de vue d’un présent qui en a grand besoin. Il s’agit donc aussi de refuser les pratiques de muséification de l’histoire et de la praxis révolutionnaires à l’œuvre dans cette époque. C’est autour de ces thématiques que nous proposons de réfléchir ensemble le pour une session de travail publique afin de présenter le travail en cours, d’en discuter plus largement et d’envisager ensemble les perspectives à lui donner. On pourra également discuter, au travers des informations délivrées lors de la promotion des deux premières parties, du troisième volet du documentaire consacré à l’anarchisme d’aujourd’hui et intitulé Les Réseaux de la colère, actuellement en recherche d’un diffuseur.

Made In Britain

Alan Clarke, 1982, Vostfr, 1h16

Lundi 14 mai à 19h

Dans une période d’insignifiance et de confusion politique extrême comme la nôtre, il est intéressant de se pencher sur le fait que la révolte, point de départ nécessaire à toute transformation sociale, est effectivement de nature à pouvoir partir dans tous les sens. Qu’elle se trompe en se dirigeant à l’endroit de boucs émissaires désignés par le pouvoir ou par l’imbécillité collective, qu’elle emprunte les chemins d’un nihilisme désobéissant aux uns pour mieux ériger l’obéissance à d’autres et à Dieu en principe mortifère comme le propose aujourd’hui l’option djihadiste, voyage inclus, ou bien qu’elle s’attelle à des perspectives émancipatrices, la révolte est toujours à la fois un produit et une réponse à ce monde carcéral de misère ; misère sociale, économique, affective, politique, etc. Dans ce film brutal, court et marquant, on suit le parcours de Trevor, jeune homme enragé de 16 ans, ballotté entre l’agence pour le chômage, le centre social et le pavé, qui, face à l’ennui et l’absurdité capitaliste, ne trouve que le racisme pour exprimer sa rage aveugle, se flanquant d’une croix gammée entre les deux yeux, comme provocation et défiance ultime. A travers lui, ses idées infâmes, sa transgression, c’est au nihilisme contemporain et existentiel que l’on touche, le sien d’abord, et celui de la répression ensuite. Car la révolte, quelle que soit sa nature, entraîne sa réponse étatique, sous la forme de la répression ou de l’intégration. Ce nihilisme ancré dans la pénurie sociale et culturelle mérite que les révolutionnaires se penchent dessus avant qu’il ne vienne à bout de leurs perspectives en transformant les individus en traders ou en Trevor.

La Ligue des travailleurs noirs révolutionnaires

Détroit 1967-1974

Samedi 19 mai à 17h

Nous proposons, dans la suite de la discussion sur les Black Panthers, et en partant de plusieurs documents dont le livre sorti récemment  Detroit : pas d’accord pour crever, d’orienter la focale sur Détroit et La Ligue des travailleurs noirs révolutionnaires. De la « Grande Rebellion », les émeutes de  juillet 1967, au milieu des années 70, cette organisation a joué un rôle crucial dans le mouvement révolutionnaire. Créée dans l’objectif d’obtenir une représentation directe des ouvriers noirs dans les usines, la ligue portait des perspectives révolutionnaires qui allaient au delà du syndicalisme. Journaux tirés à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires, mobilisation contre la guerre au Vietnam, dénonciation de crimes policiers, mais surtout organisation des travailleurs des usines d’automobile tenues par Général Motors, Chrysler, Ford etc… et lutte contre la machine syndicale de l’United Auto Workers, corrompue et raciste. Si leurs théories empreintes d’idéologie anti-impérialiste et marxiste-léniniste donnent assurément matière à critiques, il n’en reste pas moins que cette page de l’histoire du mouvement révolutionnaire a beaucoup à nous apprendre, notamment sur la lutte contre le racisme dans la lutte contre l’Etat et le Capital, et comment ces luttes se complètent, ne peuvent se comprendre séparément. La reparcourir sera l’occasion d’une remise en perspective de cette «question raciale» qu’on transpose allègrement et n’importe comment aujourd’hui, de mesurer les différences de contexte qui nous séparent de l’amérique des années 60, et de voir comment, même dans ce cadre spécifique, les pratiques et les questions posées par la lutte menée par La Ligue des Travavailleurs noirs révolutionnaires sont largement plus intéressantes que ce que les défenseurs d’une «lutte des races» voudraient en faire, à partir d’une lecture systémique en terme de «privilèges» et de «minorités». 

Projection de Finally got the news… (vost, 57’) : ce film, réalisé à Detroit en 1970 par des militants révolutionnaires avec la coopération de la Ligue, est une présentation des activités et théories politiques de la Ligue des travailleurs noirs révolutionnaires ; outil de propagande didactique, mélangeant photos, interviews, analyses politiques, images prises à l’intérieur des usines, sur les piquets…