Bullet Ballet

Lundi 27 juin 19h30

Annulé

Shin’ya Tsukamoto – 1998
VOST (Japon) – 87’

Dans la filmographie de Tsukamoto, Bullet Ballet arrive juste après Tokyo Fist qui clôt sa trilogie de Tokyo. On retrouve un noir et blanc que le réalisateur n’avait pas utilisé depuis Tetsuo, ici plus contrasté et artistique, mais le film parait aussi plus calme que les deux précédents, moins violent, plus mélancolique, plus proche du film noir et sans éléments fantastiques. Encore incarné par le réalisateur, le personnage principal est ici aussi un salary man à la personnalité peu affirmée, qui se fait écraser, tromper, agresser, et qui dérive peu à peu dans l’autodestruction. Suite à une tragédie il va goûter à la destruction elle-même et par là-même retrouver une pulsion de vie. Dans cette guerre qui se transforme vite en lutte pour la survie, il va retrouver goût à l’existence sans s’éviter de regarder en face le nihilisme. Le film n’a pas pas peur non plus d’être parfois remarquablement beau, et pas seulement d’un point de vue esthétique. Ici c’est toujours le métal qui fascine, en l’occurrence, les armes à feu.

A propos de surveillance policière

Mercredi 15 juin 19h30

Dimanche 19 juin 16h30

Suite à la découverte ces dernières années de plusieurs dispositifs de surveillance dans des lieux de discussion et d’organisation, des véhicules, des squats et autres lieux de vie, on partagera des infos et on discutera de ce qu’on peut faire face à cette situation qui n’a rien ni de très étonnant ni de très nouveau.

Programme de la bibliothèque d’avril à juin 2022

Le programme est téléchargeable ici

L’agenda est téléchargeable ici

Deux décennies déjà du XXIème siècle passées ! Deux décennies et le capitalisme est toujours agrippé à nos vies, s’appuyant sur tous les mécanismes répressifs des États et des autorités de par le monde pour nous faire courber l’échine, pour nous laisser moisir dans la misère infinie ! La contre-révolution du Xxème siècle ne cesse de nous éloigner de la seule possibilité émancipatrice, une révolution mondiale qui ne s’arrêterait pas de grossir, détruisant toutes frontières et toutes cartographies carcérales. Mais à la bibliothèque des Fleurs Arctiques, des inadaptés de ce monde s’entêtent à penser que le lointain (la Révolution) gronde en même temps si proche dans une myriade d’actes de révolte porteurs d’autre chose, d’inconnu, qui nous sortirait enfin de l’atomisation et de la paralysie ambiantes.
Nous espérons que la bibliothèque et son nouveau programme de discussions, de projections et de groupes de lecture pour les trois mois à venir, ainsi que d’autres initiatives tout aussi différentes et singulières dans cette capitale étouffante comme ailleurs, permettront de se saisir de nouvelles conflictualités et perspectives pour chercher à saper la capitalisation permanente de nos quotidiens ratatinés à peau de chagrin.
Le covid, avec ses impacts sur le long terme que l’on ne connaît pas encore, continue de faire une centaine de morts par jour en France, mais la « crise » est passée : la gestion étatique et le capitalisme se sont restructurés pour se stabiliser face à cette nouvelle « donnée » bien que nous ne soyons pas à l’abri d’un nouveau variant… auquel la gestion mettra un temps à s’adapter, pour ensuite nous renvoyer à la normalité du travail + virus. La gestion lisse les morts : les catastrophes hospitalières et sanitaires, ça n’est plus à l’ordre du jour des ministères. Il faut passer à autre chose, aller travailler avec la possibilité nouvelle d’être atteint ou de transmettre une maladie peut-être parfois incurable (peut-être 10 % de covid longs, mais qui s’en soucie…), parce que dans l’immédiat, c’est le déni qui est rentable, c’est le maintien d’un taux dit « acceptable » d’hospitalisations et de décès. A la bibliothèque, nous continuerons d’offrir des moyens de prendre soin les uns des autres sans cesser d’aspirer à se retrouver, nombreux, pour discuter de cette gestion merdique comme de tout le reste.
Si nous débutons le programme sur un thème maintes fois critiqué par les révolutionnaires au cours des siècles derniers – le nationalisme – , c’est que nous nous soucions de la montée actuelle des références au Peuple et à la Nation jusque dans les mouvements sociaux. La conflictualité sociale ne saurait mener à de réelles formes de rupture si elle se couvre de drapeaux nationaux qui serviront aux prochains programmes gouvernementaux. Le 21 avril, retrouvons-nous pour repenser nos luttes contre les nationalismes, dans un contexte où la guerre en Ukraine, comme toute guerre, est une occasion propice au renouvellement armé des nations qui ne rêvent que de militariser leurs citoyens dès l’enfance. Pour continuer à agir et penser des perspectives résolument anti-militaristes, il est urgent de déjouer les mécanismes répressifs, dont ceux associés de la police et de la justice : nous proposons de poursuivre les démontages judiciaires, le 21 mai à propos des procès staliniens, et le 4 juin à propos des procès de sorcières, notamment parce qu’une forme de judiciarisation des rapports de tout un chacun semble être portée assez largement par la société aujourd’hui, au-delà même des tribunaux. Une discussion sur la notion et la pratique sociales du « cringe » permettra le 27 mai de se pencher sur cette exacerbation de la morale diffuse qui comporte avec elle son lot de châtiments modernes à l’heure où l’étrange, l’inconnu et le bizarre sont conjurés – comme la Révolution. Pourtant, le bizarre, le pas-dans-les-clous, l’incorrigible, ont quelque chose à nous dire de la critique essentielle de la norme, et c’est pourquoi nous aimerions commencer avec ce programme à réfléchir à la question des contre-cultures, à partir de projections de films et de lectures certains dimanches. C’est pour cette raison aussi que nous discuterons de l’enfance et de son altérité en nous attardant sur le parcours de Fernand Deligny, lié à l’histoire des critiques de la psychiatrie après la deuxième guerre mondiale, le 17 juin.
Et puis, parce que la répression ne nous lâche pas vraiment, nous comme d’autres, on proposera une discussion autour de la surveillance des lieux de discussion et de vie le 15 juin, et après le groupe de lecture du dimanche 19 juin, vers 19h, un apéro de solidarité où nous évoquerons les gestions préventives des manifestations à l’occasion du procès en appel de deux personnes arrêtées le matin du 1er mai 2019, procès qui aura lieu le 22 juin.
Enfin, nous serons heureux le 13 mai de permettre aux participants du journal d’agitation Mauvais Sang d’attirer l’attention et la discussion autour de leur projet, et, plus généralement, autour de la pratique des journaux d’agitation.
Comme dans le poème de Rimbaud du même nom bâtard, nous aspirons à hurler à la face du monde « Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse ! » dans un tourbillon révolutionnaire qui mettra à bas toutes les autorités et démultipliera le monde en féroces luttes protéiformes.

Groupe de lecture autour du complotisme

Nous proposons de reprendre à partir du dimanche 17 avril les groupes de lecture centrés autour de la problématique actuelle du complotisme, des nouvelles formes de négationnisme, de falsifications et de déni du réel. Il s’agit d’un travail de longue haleine réagissant initialement à la publication de l’infâme dernier livre du Comité Invisible (Le Manifeste Conspirationniste), avec pour but de mieux saisir pour les déjouer les ressorts des thèses et thématiques complotistes exacerbées par l’irruption du covid-19 dans les sociétés capitalistes. Nous pensons que la reprise de ces groupes de lecture – ayant pour objectif la production de textes critiques qu’il sera aussi possible de lire ensemble durant ces moments collectifs – nous permettra aussi d’être mieux armés contre tout ce qui pourrait, dans les prochains mois, tendre à dénier l’ampleur des massacres de civils actuellement en cours dans le monde, notamment en Ukraine ou au Mali. Il faut comprendre à partir de quoi croît le vivier de discours niant des faits et des événements dramatiques au XXIème siècle, d’autant plus lorsqu’il prend la forme de propositions politiques.

« Toute l’eau de la mer ne suffirait pas à laver une tâche de sang intellectuelle » (Lautréamont)

Apéro en solidarité avec les inculpés du 1er mai 2019

Dimanche 19 juin 19h

Cliquer sur l’image pour télécharger le pdf du tract

Alors que deux personne arrêtées en contrôle préventif le matin de la manifestation du 1er mai passent en procès à la cour d’appel de Paris le 22 juin, on pourra discuter de ces techniques de gestion des manifs et de la délictualisation des intentions qui est utilisées pour chercher à éviter tout débordement émeutier en nous empêchant de manifester.

projection-discussion autour du film Histoire des gilets jaunes par nous

lundi 20 juin à 19h30

Nous décalons à mercredi prochain la projection de Tokyo Fist prévue au ciné-club de ce lundi pour faire la place à une proposition de projection-discussion autour d’un film fabriqué à partir d’images d’archives diverses pendant le mouvement des Gilets Jaunes : Histoire des Gilets Jaunes par nous, proposition issue de la rencontre avec l’une des personnes qui a fabriqué le film et qui sera là pour en discuter. Ce sera l’occasion de revenir sur le mouvement des Gilets Jaunes, mais aussi sur la place de l’image dans les luttes, quoi en faire, de quelles images faire quelque chose et comment…

Voici un extrait du texte de présentation de la démarche d’où est né le film, qui est consultable ici :

« MÉTHODE DE TRAVAIL DU COLLECTIF L’HISTOIRE DES GILETS JAUNES PAR NOUS.
Les vidéos ont été archivées, jour par jour, dans 365 dossiers différents, du 17 novembre 2018 au 17 novembre 2019. Elles ont aussi été triées géographiquement par ronds points, (plus de 400 localités recensées) et thématiquement (convergence syndicale; défense juridique; clip de musique… plus d’une centaine de catégories très aléatoires). Pour se faire, on a tapé « Gilets jaunes + nom de département » sur internet, nous avons consulté les journaux locaux et régionaux, noté tous les points de blocages des départements. Puis nous avons cherché tous les noms de blocage avec d’autres mots clés (ex: assemblée; rond point; manifestation; expulsion; cabane; etc) dans les moteurs de recherche de Youtube, Facebook et Twitter. Nous avons ensuite affiné les recherches par date et durée pour diversifier les trouvailles. Sur facebook nous pouvons retrouver des compte persos affiliés à des groupes locaux d’organisation, véritable mine d’or d’archives gilets jaunes. On télécharge, on re-titre et on les archive dans les dossiers.
Au début, nous voulions réaliser un méta récit non linéaire et interactif: 2000 amorces de récits différentes devaient partir de 2000 points de blocages différents. Nous voulions exposer la diversité des histoires, mais surtout étudier les points de jonction entre différents récits subjectifs. Réaliser une carte interactive où l’on navigue dans le mouvement et découvre ses multiples composantes, formes et trajectoires de groupes gilets jaunes qui se recroisent à des moments stratégiques dans des manif régional ou blocage de raffinerie ou assemblées des assemblées. Dans l’écriture du récit, qu’ils soit linéaire ou non, il faut faire des choix et les choix relèvent des concepts que l’on veut articuler. Nous avons finalement laissé ce projet de côté pour nous concentrer sur un format long métrage linéaire, tout en conservant l’intention de montrer les jonctions et formes micropolitiques transformatives du mouvement. Dans le processus de réalisation, il y a des temps où le récit a été travaillé indépendamment des archives et où les archives ont été triées indépendamment de l’écriture du récit. Mais au moment de passer au montage, des problématiques de rythme et fluidité défont la logique que nous nous étions scriptée, et le montage crée de nouvelles associations d’idées. Il faut constamment réécrire le récit pour s’adapter aux archives et trouver de nouvelles archives pour rattraper le processus d’écriture.

En parallèle, on s’est invité chez des GJ et on a projeté le film en version “non définitive”. On leur a demandé de nous décrire leur ressenti par rapport au traitement des séquences: ce jour-là, comment tu te sentais, c’était quoi ton rapport au mouvement, c’était quoi les enjeux, les priorités ? Est- ce que les analyses te paraissent justes ? Comment tu nuancerais ? »

Et maintenant il faut des limonadiers !

A propos d’arrestations préventives lors d’une des tentatives de manifestation du soir des élections

Le 24 avril dernier, à l’occasion de la manifestation pour l’annonce des résultats du second tour dont l’un des rendez-vous était appelé à Châtelet, comme on pouvait s’y attendre, un dispositif policier gargantuesque a été mis en place. CRS, civils, BAC, une foule de RG disséminés entre les touristes commandant leurs glaces, et la spectaculaire BRAV en cortège de motos prêtes à tomber sur n’importe quel passant qui pourrait avoir l’air de ne pas être ravi de l’élection de Macron, sillonnaient le quartier dans une chorégraphie visiblement faite pour impressionner et décourager les contestataires, ce qu’ils ont tenté de faire avec la bonne vieille méthode des contrôles préventifs, dispersés, autour du lieu de rendez-vous. C’est ainsi que plusieurs personnes se sont faites contrôler et certaines interpeller, avant que quoi que soit ne puisse avoir commencé. Si nous écrivons ce petit texte, ce n’est pas pour alerter autour de conséquences judiciaires importantes que ces arrestations n’ont évidemment (au dernières nouvelles) pas eues (ce n’est d’ailleurs pas vraiment leur but), mais plutôt parce que les contrôles préventifs et les procédures courtes (le plus souvent, compositions ou ordonnances pénales, rappels à la loi, parfois des comparutions immédiates) auxquels ils aboutissent pourraient finir par devenir relativement efficaces pour limiter les possibilités offensives, et puis aussi parce que le dossier du compagnon qui a été pris dans cette aventure comporte tellement de perles policières qu’il serait dommage de ne pas en rendre compte.
G. a donc été contrôlé par un policier de type BRAV, c’est à dire malin, alerte et perspicace, qui, sans doute grâce à sa formation, n’a pas été dupe en découvrant ce que G. avait sur lui : un limonadier. De cette perspicacité inénarrable qui circule entre gardiens de la paix, on en veut pour preuve le PV d’ambiance où un de ses collègues affirme avoir vu « un drapeau anarchiste rouge ». Notons déjà qu’il savait ce qu’était un limonadier, respect ! Pour la plupart d’entre nous, c’était un arbre à limonade. Pour le commun des mortels, expliquons donc : un limonadier est un objet très très peu contondant multi-usage, muni d’une lame de 1,5 cm et d’un bout de métal tordu et piquant. Un ouvre-boîte, un décapsuleur et un tire bouchon, donc. Monsieur DELABRAV, pas con, ne s’y méprend pas : il est en présence d’une tentative de port d’arme de catégorie D. Prêt à prendre des initiatives, ponctuel et assidu, il prévient derechef sa hiérarchie, et, prenant son courage à deux mains, lance une procédure sur ce délit. G. se retrouve donc avec comme chef d’inculpation « tentative de port d’arme de catégorie D, en l’espèce un limonadier ». Après avoir mobilisé nos équipes de traduction, puisque nous ne parlons pas le porc, ça donne ça : G. est envoyé au commissariat pour y être gardé à vue afin qu’une enquête soit diligentée sur le fait qu’il aurait eu l’intention de vouloir transporter un décapsuleur. L’enquête commence, attachez vos ceintures. La fouille. Un élément très important entre en jeu puisque l’individu sus-nommé (en porc dans le texte) avait sur lui dans son sac un livre louche, Mémoires d’un Révolutionnaire de Victor Serge. Peut-être a t-il l’intention de faire une tentative de port de livre contre le stalinisme ? Prudence. Mais ça ne sera pas retenu dans la procédure, parce que c’est trop compliqué pour Monsieur DUPROCUREUR qui ne lit que deux choses : le Code Pénal et la date de péremption de son poisson pané le vendredi soir. Rappelons qu’un livre de cette envergure offre sans doute plus de possibilité émeutières qu’un tire-bouchon, qui n’est vraiment pas très pratique, même pour faire levier pour ouvrir un petit truc. Une tenue complète noire attire également l’attention de la maréchaussée, la couleur semblant leur rappeler de mauvais souvenirs (peut-être le drapeau noir du communisme ?) mais tout cela, ainsi que le refus de signalétique, ne finira pas dans les chefs d’inculpations, sûrement face à la gravité de la tentative de port d’arme de décapsulage massif. Rassurez-vous, « la destruction a été ordonnée en raison du caractère illicite, dangereux ou nuisible de la détention de cet objet. » Avis à tous les serveurs et serveuses !
Foin de ces bonnes blagues si fréquentes dès que les flics parlent ou écrivent, la suite est à réfléchir. Ce dossier qui ne tiendrait la route que chez Lewis Carroll, débouche, comme ceux des autres interpellations préventives de ce jour (à notre connaissance), sur cette merveille de saloperie judiciaire appelée « composition pénale » (proche de l’ordonnance pénale qui fonctionne selon un principe similaire). Au sortir de sa garde-à-vue, chiffonné et embrumé, pressé de sortir des vapeurs de commissariat pour reprendre le cours de sa vie, le prévenu est déferré devant un substitut de Monsieur DUPROCUREUR, qui lui propose un marché de dupe : une peine contre la reconnaissance de sa culpabilité, avec comme carotte le fait de sortir tout de suite et d’éviter une audience. En l’occurrence, pour une tentative de port de limonadier : 300 euros d’amende (pourquoi pas se faire un peu de thune après tout ce travail d’observation et de déduction), et, quand même, 6 mois d’interdiction de paraître à Paris. On remarquera que cette peine attribuée par le Parquet (qui est bien en fait celui qui s’éviterait ainsi un procès qui ne tiendrait pas la route), ouvre la possibilité d’interpellations ultérieures aux suites possibles variées selon la volonté répressive du moment, puisqu’il est bien évident que l’inculpé ne va pas éviter Paris pendant 6 mois, alors que très probablement il y vit, y travaille ou y chôme, y manifeste, y occupe, y voit ses camarades, compagnons et amis, y décapsule des trucs en réunion, etc. Alors se sortir de cette situation n’est pas compliqué : ne pas céder au chantage, ne rien reconnaître donc refuser tout de go, ou, mieux, demander les 10 jours de réflexions légaux qui ne sont pas indiqués sur le papier qu’on doit signer (faute de place sans doute…) et refuser bien sûr, mais 10 jours plus tard : on est libre aussi, mais sans peine et sans avoir reconnu des espèces de délits piégés qui n’ont l’air de rien sur le moment mais peuvent devenir bien autre chose. Une fois le refus acté, la balle est dans le camp du Parquet, contraint de méditer sur l’opportunité de porter un dossier aussi mal bricolé en correctionnelle : qu’ils le fassent, nous y sommes prêts, décapsuleurs entre les dents !

Ne nous laissons pas piéger par les chantages policiers et judiciaires !
Décapsulsons le monde !

Le 29 avril 2022
Des Rétifs

 

Démontage judiciaire : les procès de sorcières

Samedi 4 juin, 19h30

Pour cette séance, après les procès staliniens, nous nous pencherons sur une autre vague de procès, plus ancienne, plus diffuse encore, celle des procès de sorcières. Immense vague de répression religieuse qui à connu son apogée vers la fin du XVIe siècle, le nombre de ces procès ne peut pas réellement se compter tant ce phénomène à été répandu et d’ailleurs, il n’est pas uniquement relégué au passé puisque dans certaines régions du monde il
en existe encore. Ces procès sont toujours la chasse, 
la persécution, la condamnation de personnes accusées de pratiquer la sorcellerie, principalement des femmes, mais leur multiplicité et leur existence à plusieurs endroits du monde donne lieu à une flopée de cas particuliers, d’histoires singulières et de complexités. Si ce mouvement judiciaro-religieux d’ampleur attire notre attention, c’est pour plusieurs raisons. Déjà, c’est la particularité de la justice de Dieu, du Saint Jugement, puisque c’est un moment où ce type de justice est très fort et où ses logiques, qui ne sont pas déconnectées de celles du domaine judiciaire actuel, sont particulièrement efficaces. Aussi, cette époque est celle d’une transformation de la justice, de ses méthodes, de son rôle, et du rapport entre l’État et la Religion. Le nombre immense, à certains moment, de ces accusations, avec des prisons remplies, des villages entiers mis en accusation, des nombres de pendus et de brûlés impressionnants, révèle que la justice religieuse n’aura pas seulement servi à se débarrasser des parias et des sales gueules, mais aussi à faire exploser toutes les petites querelles de voisinages, histoire de cul et embrouilles financières diverses. Par ailleurs, une des caractéristique importante de ces chasses aux sorcières est qu’elles ont été extrêmement archivées, régulées, annotées, et documentées, dans un élan procédural qui suit les évolutions techniques des méthodes d’impressions. Ainsi, nous essayerons de procurer et de nous plonger dans des extraits du Malleus Maleficarum , l’un des premiers traité ecclésiastique qui pose en justice les principes et les méthodes officielles de la condamnation de l’hérésie. Il en existe d’autres du même genre, qui
accompagnent des aveux, souvent obtenus sous
la torture, des prêches, des réquisitoires, que nous pourrons lire et autour desquels nous pourrons
réfléchir, avec toujours en tête la justice d’État que
nous connaissons aujourd’hui.

 

 

Démontage judiciaire : les procès staliniens

Samedi 21 mai, 19h30

Mercredi 8 juin, 19h30

 

Nous nous intéresserons aux procès staliniens, en nous attardant particulièrement  les procès de Moscou entre 1936 et 1938, dans lesquels l’étonnante redondance et ressemblance entre tous les procès – à chaque fois fondés sur des accusations historiques aberrantes, sur des silences et des mystères complets quant à la procédure, et sur une étrange fusion entre l’accusé et l’accusateur invite à réfléchir à la mise en scène d’une procédure judiciaire dans son ensemble, c’est-à-dire au rôle politique et historique de ces procès dans un Etat totalitaire basé sur le mensonge d’être la continuation de la révolution de 1917. Comment est-ce qu’un Etat avec des moyens répressifs gigantesques fabrique-t-il de bout en bout des « vérités judiciaires » retransmises internationalement à tous les Partis communistes à l’Est comme à l’Ouest qui anonnent à leurs tours les conclusions du tribunal devenant des « vérités historiques » – à la manière de l’éternel torchon L’ Humanité qui, jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’en 1953 avec l’ultime procès stalinien, s’attache en première page à la redite des sentences les plus illogiques ? Nous nous pencherons sur les écrits de ces premiers contemporains «démonteurs judiciaires» que furent Boris Souvarine et Victor Serge, et nous proposerons de chercher à comprendre comment est-ce que ce dernier est parvenu à obtenir sa libération après plusieurs années de déportation en kolkhoze faisant suite à son arrestation par la police politique qu’il relate dans ses Mémoires. La stratégie de refus total de collaborer qu’il a adoptée durant les interrogatoires subis en détention (en isolement complet durant 80 jours) nous semble propice à saisir les rouages staliniens de la Terreur, en amont de l’organisation des grands procès politiques qui souvent jouaient le rôle de «procès écran» pour détourner l’attention de la répression permanente – celle-là même qui aura conduit, la plupart du temps sans procédure judiciaire, aura conduit des milliers de personnes aux goulags, en déportations ou directement vers l’exécution. L’actuelle répression en Russie n’est évidemment pas sans lien avec l’héritage de l’Etat soviétique, emparons-nous de ce sujet pour mieux analyser, critiquer et combattre la justice, du totalitarisme à la démocratie.

Cliquer sur l’image pour télécharger et lire les documents.

Tokyo Fist

Lundi 20 juin 19h30

Mercredi 23 juin 19h30

Shin’ya Tsukamoto – 1995
VOST (Japon) – 87’

Destruction, jalousie, douleur, anxiété, violence, folie, hémoglobine, boxe, désir et nihilisme, tenez vous prêts. Après le grand Tetsuo, nous continuons d’explorer la filmographie de ce réalisateur japonais subversif et avant-gardiste, nous plongeant à nouveau, mais moins radicalement (il sera possible de respirer), dans une ambiance à la fois punk et industrielle (au sens de la musique industrielle, qui orne d’ailleurs parfaitement le film de façon martiale et percussive), survoltée, métallique et révoltée. Sans se vautrer dans le pseudo-nihilisme, oscar-compatible et racoleur d’un Fight Club, le film est toujours à la limite du Body Horror (vous n’avez jamais vu la boxe ainsi) et du grotesque spaghetti très sérieux ou pas (on n’est jamais certain), on assiste ici à la naissance d’un triangle amoureux dans lequel les deux hommes sont joués par le réalisateur et son frère, le premier, modèle de personnage récurrent chez Tsukamoto, est un salary-man tokyoïte tristement banal et soumis sur lequel tout le monde marche et qui cherche à se révolter, l’autre, un boxeur plus qu’inquiétant, est à la fois très attirant, et porteur d’une violence qu’il semble urgent de devoir castrer, tandis qu’en face il semble urgent de se libérer de toutes les castrations qui pèsent sur la violence enfouie et la révolte oubliée. La femme au centre de cette triangulation parfaitement ambiguë, fascinée, repoussée, est comme nous, semblant se demander, a propos du film comme du monde : « mais c’est quoi ce bordel ? »

Deligny, Le moindre geste

Vendredi 17 juin 19h30

On propose de visionner quelques passages du film-poème-documentaire Le Moindre Geste réalisé par le singulier Fernand Deligny en 1971 dans les Cévennes, région où, sur une proposition de Félix Guattari, il a mené avec plusieurs enfants autistes et mutiques une tentative de vie commune. Le parcours atypique de Deligny a débuté en tant qu‘instituteur au début de la seconde Guerre mondiale dans un de ces „centres d’observation et de triage“ d’enfants rejetés là par des institutions qui ne savaient plus quoi en faire, considérés qu’ils étaient comme coupables, arriérés, idiots, vicieux, inéducables ou inadaptés. Il s’inscrit dans l’histoire bouillonnante et pleine de tensions, de confrontations, d‘échappées, du mouvement large de réinterrogation durant et après la seconde Guerre mondiale. Ce questionnement portait sur les exclus, les fous, les inadaptés, les asociaux… qu’ils soient enfants ou adultes, administrés par des hôpitaux psychiatriques jadis asilaires, écoles spécialisées et formes de prisons judiciaires pour mineurs — autant d’institutions dont les acronymes et multiples variations de noms, mais aussi de lieux, ont quelque peu changé entre 1940 et aujourd’hui, sans qu’aucune question quant au rapport à l’altérité «radicale» et à sa gestion par la société n’aie pu être résolue ou soit devenue moins brûlante… En s’intéressant plus particulièrement à cet anti-éducateur, qui a consacré ses interrogations et ses tentatives à l’autisme chez les enfants avec une passion envers ce qui s’exprime, indépendamment du sujet d’élocution, du langage utilisé, de son comment et de son pourquoi, nous espérons ouvrir un moment de discussion où nous chercherons tout ce qui, dans l’enfance, pose question, et surtout au niveau de notre propre rapport, en tant qu’adultes, à eux… ces autres, ces étrangers absolus dont l’essentiel nous échappe et dont la singularité est irréductible à toute science établie et à toute gestion. Quand l’enfance se termine-t-elle, si tant est que nous puissions comprendre ce qu’est une telle fin ? S’il y a un enfant dans l’adulte, celui-ci est-il en définitive guérissable ? Qu’est-ce qui différencie de l’enfant, qu’est-ce qui fait sa différence ? Alors comment s’y rapporter, sans jamais nier cette forme d’altérité, sans la réduire à des stades de développement qui peut-être disent davantage des pédagogues que des enfants eux-mêmes ?
Une myriade de questions, qui, nous l’espérons, pourrons nous permettre d’aborder précisément la question de la pédagogie, de l’éducation, de l’enseignement, en nous demandant de quoi sont faits ces liens, depuis le XIXème siècle, entre les libertaires et l‘éducation ? Les révolutionnaires auraient-ils à se soucier de la question du devenir de l’enfant ? De quelle manière ? Si une perspective révolutionnaire quant à la question «pédagogique» peut exister, de quoi serait-elle faite ?
A la manière des successions de questions que posent les enfants, à l’occasion de cette discussion, nous espérons que les questions vont tellement mûrir qu’elles en donneront une infinité d’autres.

Voici quelques documents écrits et réunis pour l’occasion (cliquer sur l’image pour télécharger)

Baby Driver

Lundi 13 juin 19h30

Edgar Wright – 2017
VOST (USA) – 113’

Baby est conducteur de braquage pour régler sa dette à un mafieux dont il a incendié la voiture. Souffrant d’acouphènes, le seul remède que notre protagoniste ait trouvé, est d’écouter de la musique en permanence, rythmant et pensant sa vie avec une bande son, enregistrant des instants de son quotidien pour en faire des morceaux, etc. Le son sera ici bien plus qu’un accompagnement sonore de l’action visuelle, mais nous fera partager le singulier rapport au monde de Baby. Le film poursuit les réflexions de notre cycle sur le son et la surdité au sein duquel nous avions projeté Sound of Noise, Sound of Metal, et Décodeur.