Octobre 2017 aux Fleurs Arctiques

Programme d’octobre 2017 – format PDF A5 8p.

Discussions

Permanences (et projections libres)

Les permanences ont lieu tous les samedis de 16h à 19h, elles sont suivies d’une projection libre les samedis 7 et 21 octobre 
à 18h, où vous pourrez venir avec des propositions de films… et les films en question.

Groupes de lecture

Tous les dimanches à 15h – les 8 et 22 octobre, on poursuit avec Dieu et l’Etat de Bakounine, et autour d’un texte court libre les 15 et 29 octobre.

Ciné-club

– Mardi 17 octobre à 19h : White God de Kornél Mundruczó (2014).
– Samedi 28 octobre à 19h : Brazil de Terry Gilliam (1985).

Ciné-club enfants

Les dimanches 8 et 22 octobre à partir de 16h, projection par et pour les enfants !

La Bourse ou la Vie ?

Les Fleurs Arctiques s’organisent de façon autonome face à un loyer résistant et revenant mensuellement à la charge tel un ressac vengeur et la prochaine vague risque de faire mal. Depuis que, suite à une fringale subite, nous avons mangé notre mécène, la nécessité de courir après l’argent chaque mois prend une énergie dont nous avons cruellement besoin pour faire vivre les activités des Fleurs Arctiques. Poursuivant néanmoins notre principe d’ouverture, nous faisons ainsi appel à vous pour soutenir de manière protéiforme ce local orienté vers l’offensive hétérogène.
Les dons réguliers sont bien évidemment encouragés, nous avons d’ailleurs mis en place un système de souscription mensuelle à la hauteur que vous souhaitez, merci d’ailleurs à celles et ceux qui le font déjà. Il est aussi possible de faire des dons ponctuels, par courrier (nous contacter) ou sur place, ce qui pourrait permettre de se rencontrer. Tout soutien matériel et don de livres sont également les bienvenus et permettent à la bibliothèque d’agrémenter le lieu et d’enrichir sa collection de prêts. Livres anciens ou récents, raretés ou nouveautés, brochures ou tracts, revues ou articles peuvent être déposés à votre guise et discutés selon votre humeur.
La fréquence des ouvertures de la bibliothèque cherche à rendre possible rencontres et initiatives, alors n’hésitez pas à venir, seul ou en groupe, proposer discussions, réflexions, interventions, projections, groupes de travail ou séances de lecture.

Soirée de soutien à Tameio (Athènes) et discussion autour des luttes à l’intérieur des prisons en Grèce

PDF du flyer au format A5

Jeudi 12 octobre 2017 à 19h

En présence de compagnons de la Caisse de Solidarité avec les Compagnons Emprisonnés et Poursuivis (« Tameio ») d’Athènes, nous aurons l’occasion de discuter des modalités de défense collective face à la répression, de revenir sur les procédures en cours contre des révolutionnaires, et notamment celles construites autour de la nouvelle loi anti-terroriste du gouvernement Syriza, ainsi que d’en apprendre davantage sur les luttes en cours à l’intérieur des prisons grecques, qui, vues d’ici, sont massives. On pourra également revenir sur l’expérience enrichissante du Réseau de Prisonniers en Lutte (DAK), entres autres, dans la lutte contre les nouvelles prisons de haute sécurité (de « type C »), et sur l’affaire dite du double braquage de Velvento/Kozani en 2013 contre une dizaine d’anarchistes. On trouvera des suggestions de lecture sur le contexte des luttes anarchistes et anti-carcérales en Grèce sur le blog de la bibliothèque.

Les dons effectués lors de cette soirée seront reversés à la caisse de solidarité.

On pourra trouver les deux brochures suivantes à la bibliothèque :

Et consulter les liens suivant pour plus d’informations :

La non-mixité en question (2)

Samedi 21 octobre 2017 à 19h

Format PDF

.Lors d’une première discussion, la question de la non-mixité — vue ici comme une idéologisation d’états de faits qui ont effectivement existé dans les luttes, sans nom ou sous un autre — a été ouverte. Il s’agissait entre autres de cerner ce qui différencie l’auto-organisation et la non-mixité, alors même que cette dernière se revendique parfois de la première. Cette réflexion se conçoit comme un travail à poursuivre, ici ou ailleurs, sous divers angles, par des débats, des textes, des discussions publiques, etc. Pour continuer, nous proposons d’ores et déjà une deuxième occasion d’en débattre le 21 octobre 2017, avec pour projet d’aborder plus précisément divers exemples historiques de formes d’auto-organisation souvent assimilées (aujourd’hui, donc a posteriori) à de la « non-mixité » et qui pourtant ne se sont pas pensées et théorisées comme telles, comme les Mujeres Libres en Espagne, les luttes indigènes (dans le vrai sens du terme) contre la colonisation ou les « collectifs autonomes » de sans papiers au milieu des années 90 en France. On commencera aussi à discuter de l’exemple cité comme un mantra — malgré sa complexité historique et sociale — par certains des plus radicaux dans la défense de la non mixité : le Black Panther Party.

Comme la première fois, il ne s’agira pas d’épuiser la question mais bien plutôt de poursuivre une proposition de réflexion dont chacun doit pouvoir se saisir, quel que soit le positionnement sur la question. Il n’est pas nécessaire d’avoir participé à la première discussion.
On pourra lire le texte d’appel ici.

White God – mardi 17 octobre 2017

Mardi 17 octobre 2017 à 19h

White God – Kornél Mundruczó – VOST (hongrois) – 2014 – 2h

Dans un contexte qui a toutes les caractéristiques du génocide racial, de sa logique gestionnaire et concentrationnaire à la création de figures stéréotypées en passant par la fabrication de l’oubli même de ce génocide, White God nous raconte l’histoire d’amitié entre une inadaptée et un exclu pour nous interpeller sur des questionnements bien plus généraux. Il nous offre également le récit étonnant d’une insurrection urbaine canine, dans laquelle la main qui nourrit est enfin mordue, et dans laquelle on voudrait abolir les races et donc la bâtardise et les séparations/hiérarchies entre exploités qu’elles produisent.
Car s’il fait écho à la situation politique hongroise, le film s’en saisit pour nous parler plus largement d’exploitation et d’aliénation, qu’elles soient institutionnelles ou interindividuelles, légales et officielles ou illicites et « alternatives ». Ainsi Lili, une jeune fille, ne trouve sa place dans aucun des deux mondes qui lui sont proposés et Hagen, un chien, se voit autant exploité par l’Etat que par des voyous. On constate que tous les rapports interpersonnels au sein de ces sphères qui se voudraient opposées reproduisent les mêmes schémas utilitaristes. Musicalement baigné dans les notes de la deuxième rhapsodie hongroise de Liszt, le film fait évoluer la signification de celles-ci à mesure que l’on découvre la réalité du monde. Tout d’abord apaisantes, elles deviennent rapidement celles de la normalisation, de l’autorité et de la coercition avant de représenter dans une version cartoonesque, comme une mauvaise blague, l’horreur d’un système. À ce morbide tableau le film oppose la camaraderie entre chiens opprimés, la nécessité de la vengeance et son dépassement par la révolte joyeuse. De nombreuses questions propres au processus de révolte sont abordées au cours du film, et si la scène finale devait ne nous en poser qu’une ce serait celle-ci : La reconnaissance des revendications spécifiques par l’autorité doit-elle pour autant arrêter le mouvement de révolte qui en est né ?

Brazil – mardi 31 octobre 2017

Mardi 31 octobre 2017 à 19h

Brazil – Terry Gilliam – 1985 – VOST (anglais) – 2h

Dans un monde où l’erreur n’est tout simplement pas possible, où même une bombe dans un magasin ou un restaurant ne saurait ouvrir de brèche dans la vie parfaitement maîtrisée par le pouvoir, où le temps de vie est optimisé pour le travail, où il ne semble pas y avoir d’issue envisageable, dans ce monde entièrement bureaucratisé, la seule chose qui soit permise à Sam Lowry, un fonctionnaire lambda, c’est de rêver. Permise jusqu’à ce qu’il veuille enfin se donner les moyens de réaliser son rêve. Celui d’être avec la personne qu’il aime à travers ses rêves, quitte à se mettre à dos sa mère, son patron, ses collègues, la Justice. Mais, de toute évidence, Sam ne les a jamais vraiment supportés. Il est l’éternel inadapté de ce monde qui semble si bien s’accepter. Ici, seules les ambitions de promotions sont autorisées et doivent pousser à vivre, certainement pas les rêves. A côté du monde bourgeois dans lequel a vécu Sam Lowry, existe aussi un monde de misère dans lequel les enfants s’amusent à jouer aux interrogatoires et à brûler des voitures de fonctionnaires alors que des rebelles pratiquent la réparation subversive de tuyaux.
Le réalisateur Terry Gilliam apporte à cette dystopie une esthétique plastique cauchemardesque à base de tuyaux emmêlés, de murs vides, de bâtiments sans vie, de halls d’entrées déserts. Au fur et à mesure que Sam s’approche de la possibilité de réaliser son rêve, le décor se trouve dégradé et même son onirique idylle se transforme en cauchemar. L’esthétique se décompose progressivement, devenant de plus en plus improbable, jusqu’à l’absurde le plus drôle et tragique.Toutefois, si le monde qui nous est décrit est horrible et totaltaire en tous points, il est, tout comme le film, et c’est notable, dépourvu de tout cynisme. N’est-ce pas rafraîchissant ?

Septembre 2017 aux Fleurs Arctiques

Programme de septembre 2017 – format PDF

Débats

Permanences

Les permanences ont lieu tous les samedis de 16h à 19h, elles sont suivies d’une projection libre les samedis 9 et 23 à 18h, où vous pourrez venir avec des propositions de films… et les films en question.

Groupes de lecture

Les groupes de lecture ont lieu tous les dimanches de 15h à 17h. Nous continuerons avec « Dieu et l’État » de Bakounine les dimanches 10 et 24, et on pourra choisir ensemble un texte court le dimanche 17.

Ciné-club

Les ciné-clubs ont lieu les jeudis 14 et 28 à 19h30.
– Le jeudi 21 sera projeté Tetsuo (1988) de Shinya Tsukamoto.
– Le jeudi 28 sera projeté La vie de Brian (1979) des Monty Python.

La non-mixité en question : Être en lutte ou être lutte ?

Format PDF

Dimanche 17 septembre à 19h  

La non-mixité est une proposition politique née dans certains courants du féminisme. Il s’agit, dans un paradoxe qui pose déjà question en lui-même, de s’organiser entre soi sur la base d’une catégorisation à laquelle on est censé s’opposer. S’organiser « entre femmes » serait par exemple la solution pour s’opposer aux formes de domination liées à la séparation des genres, alors qu’on contribue ainsi à l’instituer. La généralisation de lectures identitaires étend de nos jours son acception à toutes formes d’identité qui chacune justifierait sa forme d’organisation non-mixte dans une optique de différentiation et de séparation. Cette proposition politique pourrait être vue comme une dégénérescence de la pratique de l’auto-organisation, qui, dans un contexte de lutte (dont la non-mixité n’aurait pas besoin puisqu’elle fait lutte en soi et pour soi), propose le refus de l’organisation de la lutte par d’autres que ceux qui la mènent. D’ailleurs c’est parfois toute l’histoire des luttes des dernières décennies et de leur recherche d’autonomie qui se retrouve réduite au prisme de cette lecture. Quand les uns ou les autres s’organisent en collectif de manière autonome, certains parlent alors de « non-mixité ouvriers », de « non-mixité chômeurs », voire de « non-mixité squatters » et on naît « premier concerné » avant même d’avoir l’idée de se révolter ou de lutter. Continue reading « La non-mixité en question : Être en lutte ou être lutte ? »

Les révolutionnaires, entre la politique et l’« insouci »

Mercredi 27 septembre à 19h

Discussion à partir de Les libertaires et la politique, André Prudhommeaux

Quelle attention prêter au monde qui nous entoure et à ceux qui l’habitent quand on est révolutionnaire ? Le risque de se perdre dans la politique et ses tactiques à courte vue doit-il conduire au choix finalement confortable de s’en « insoucier » ? Doit-on garder les yeux rivés sur la résolution pure et parfaite des problèmes posés par ce monde ; et ce, au nom de principes jamais mis à l’épreuve de la réalité et de sa complexité ? A l’inverse, se soucier du monde signifie-t-il qu’on doive se perdre dans les méandres du pragmatisme et courir comme un canard sans tête après chacune des circonvolutions de l’actualité en se convaincant que le grand soir est à la porte de chaque soubresaut ? C’est la réflexion que propose André Prudhommeaux en 1954 dans le texte à partir duquel nous proposons de discuter. Au-delà même de poser les deux extrêmes de ce continuum, il émet l’hypothèse que ces deux positions, en apparence opposées, se révèlent être les deux faces d’une même pièce. Il montre comment, face à des événements inouïs, ces attitudes peuvent s’entendre, voire se compléter ou s’inverser.
Alors il propose la perspective d’un « juste milieu » entre ces deux pôles, d’une distance au monde qui serait la bonne pour lui prêter attention sans s’y perdre ni s’y adapter, pour construire ce qu’il nomme joliment « une anti-politique clairvoyante ». Etre à la fois dans et contre ce monde sans se réfugier dans une manière d’être contre illusoire qui nous en sépare et interdit toute possibilité d’effectivité à nos interventions et toute pertinence à nos analyses.
Cette question ne cesse de se poser, différemment selon les époques et les caractéristiques du mouvement révolutionnaire : elle est au fondement même de la question de l’intervention. Elle est cruciale dans une époque comme la nôtre. Si, en d’autres temps, c’est l’activisme politique qui triomphait au dépend des perspectives révolutionnaires, aujourd’hui, des attentats de Daech à l’emprise grandissante de la norme et de la morale religieuse, la tentation de préférer persévérer dans son être révolutionnaire construit en chambre, en dépit de tout, plutôt que d’affronter les enjeux de l’époque est très présente. Car en effet chercher à se mettre à la hauteur des enjeux actuels, quitter « l’insouci », c’est sans doute quitter un certain confort, ouvrir des questionnements dont nul ne connaît ni l’ampleur, ni la fin, et que personne ne peut prétendre maîtriser dans tous les sens du terme. C’est prendre un risque véritable, sans lequel tout ce que nous pourrons tenter restera inévitablement vain. Pourtant, la perspective révolutionnaire de la liberté pour tous nécessite de prêter attention au monde qui nous entoure et à ceux qui l’habitent. C’est de cet équilibre fragile et encore à trouver que nous souhaitons discuter.

Cliquer ici pour lire le texte.

Tetsuo de Shinya Tsukamoto – 1988 – 67 min – Japon – Vost

Jeudi 21 septembre 2017 à 19h30

Sorti de l’imaginaire fertile de Shinya Tsukamoto, cette tempête esthétique à la fois hystérique, éprouvante et jouissive est aujourd’hui considérée à raison comme le plus beau joyau du cinéma underground japonais et du dit « cyberpunk ». On y raconte l’histoire d’un homme qui, après un accident de voiture, voit son corps muter en une sorte d’aimant ramassant tous les détritus métalliques de la société, comme une décharge vivante, mouvante, pensante et torturée par sa condition. C’est le récit de la transformation physique du corps humain face aux nouvelles technologies, de corps qui s’atrophient jusqu’à intégrer des cellules de synthèses au sein de leurs cellules organiques, pour finir par devenir robots. La technologie est ici objet de désir sexuel, on se l’insère, tout en étant porteuse de fin de l’humanité (mais pas forcement des humains). Métaphore de la rapidité rêche du capitalisme et de la monstruosité industrielle, fascination érotique et philosophique pour les modifications corporelles (à la manière de David Cronenberg), ode à la déviance, le film est une expérience formelle, avec son noir et blanc, ses collages, sa légendaire bande son industrielle, son montage expérimental et ses maquillages iconiques, Tetsuo fait donc réfléchir aux processus de machinisation de l’être humain, à sa déshumanisation, ou à l’humanisation de la machine. La douleur psychologique inhérente à la vie humaine est ici remplacée par la douleur physique. La sexualité n’est plus plaisir mais douleur. Le golem de métal doit souffrir pour devenir une machine et se débarrasser de lui-même dans un japon surpeuplé et mécanisé ou rien d’autre ne l’attend qu’une vie de salary man tokyoïte. Tetsuo fait face à la décrépitude de la condition humaine de façon déconcertante sous un regard nihiliste, expérimental et enragé. Un film furieux, bruyant, beau, sur lequel nous pensons qu’il sera intéressant de bavarder après une respiration.

La Vie de Brian – 1979 – Monty Python – VOST – 90 »

Jeudi 28 septembre à 19h30

Le 25 décembre de l’an O, Marie et son bébé Brian reçoivent la visite des Rois Mages, guidés par une étoile vers cette étable. Alors que les Rois Mages idolâtrent le petit Brian, ils se rendent vite compte qu’ils se sont trompés d’étable. Ils reprennent alors leurs présents et se dirigent vers l’étable voisine. 33 ans plus tard, un certain Jésus prêche à qui veut l’entendre. Quant à Brian, il se trouve toujours sous l’emprise de sa mère et rejoindra le Front de Libération Judéen, qui a pour mission d’enlever Mme Ponce Pilate, aux cris de « romans go home ! ». C’est alors que commence la vraie vie de Brian, considéré malgré lui comme le nouveau Messie. La film n’est pas une simple critique de la religion, mais aussi une réflexion sur les réponses spirituelles à la misérable condition humaine. Dans ce film absurde et loufoque où l’on rit du début à la fin, on passe par une scène où l’on se fout aléatoirement de la gueule des partis armés italiens des années 70, de l’idéologie lutte-armatistes et des politiques identitaires, à une autre où c’est le réformisme qui se voit ridiculisé, en passant par une grande tirade stirnerienne et autres gags subversivement hérétiques et perchés. Les Monty Pythons ont vu leur film interdit dans de nombreux pays, encore aujourd’hui, ce film étant jugé insultant à l’égard de Dieu, blasphématoire et hérétique, alors que c’est bien la condition humaine qu’ils piétinent joyeusement, et non un quelconque ectoplasme tristement céleste.

« Always Look on the Bright Side of Life… »