L’Attaque de la femme de 50 pieds

Nathan Juran – VOSTF (USA) – 1958 – 1h05
Mardi 23 avril à 19h

 

Une boule de feu survole la surface de la terre. Lorsque cet OVNI survole la Californie, il croise le chemin de Nancy Archer, riche héritière. Personne ne croit le récit de son extraordinaire rencontre, à cause de son passé psychiatrique, tout en la ménageant, par intérêt pour sa fortune. Face à ces réactions, face à tous les comportements à son encontre, sa colère va grandir… jusqu’à pouvoir enfin exploser.

Prendre du recul en avant

Discussion autour de l’avant-gardisme
Samedi 11 mai 19h

 

Après avoir discuté le samedi 6 avril de la réaction et des formes nouvelles qu’elle prend à notre époque, notamment dans les aires subversives, on se propose de discuter d’un autre extrême des temporalités historiques, l’avant-gardisme, dans ses théories comme dans ses pratiques.

Les avant-gardes, qu’elles soient artistiques ou politiques, ont joué un rôle notable durant une partie du XXème siècle. Dans les deux cas, elles se définissent par la position qu’elles veulent et prétendent occuper, une position en avance sur le temps présent. Voulant devancer leur époque, elles produisent des théories, des valeurs et des pratiques qui se veulent nouvelles. Si l’époque des avant-gardes semble close à présent, quoique certains militants qui voient venir (et leurs amis) en remettent quelques relents au goût du jour, nous pouvons utilement nous pencher sur ce qu’une telle position par rapport au temps présent signifie : peut-on réellement s’émanciper d’un temps qu’on représente comme linéaire pour prendre les devants ? Cette position ne condamne-t-elle pas fatalement à se placer à l’extérieur de la réalité présente, en prétendant la surplomber, illusoirement ? Et si le temps des avant-gardes historiques est bel et bien passé, ce qui a pu en survivre dans les aires subversives, n’est-ce pas précisément une certaine extériorité ou volonté d’extériorité par rapport à l’époque et aux rapports qu’elle contient ? Enfin, comment, pour ceux qui aujourd’hui encore persistent à vouloir renverser le monde, ce monde où les possibilités révolutionnaires se sont perdues dans un brouillard lointain, ne pas sombrer dans cette posture d’extériorité, dans une volonté de sécession ?

Ne peut-on pas envisager un rapport au temps moins linéaire, plus fractionné, plus vivant dans lequel regarder vers l’arrière pour renouer des fils perdus avec des périodes plus révolutionnaires peut apporter davantage que prétendre mettre le présent et ses multiples possibles au pas d’un avancement prétendu ?

Programme de mars à mai 2019

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  • Permanences : vendredi de 16h à 19h et dimanche à partir de 15h
  • Ciné-club : mardi à 19h
  • Groupes de lecture : dimanche à 16h30

 

Edito :

La Révolution… et vivre sans l’attendre

Le mouvement des Gilets Jaunes se poursuit, alors même que le gouvernement, habitué à ce que les mouvements se terminent à partir du moment où les médias l’annoncent, avait cette fois mis le paquet sur la com’ avec son « grand débat », victoire de la parole démocratique libérée, pour les « gentils mécontents », espérant ainsi les séparer des « casseurs » à coup d’arrestations, de procès à tout va, de peines de prison, de blessures et de mutilations. Mais rien ne s’arrête, et lors des dernières manifs, en particulier celle du 16 mars, divers épisodes émeutiers ont éclaté, notamment sur les Champs Elysées, ravagés par la casse et par de joyeux pillages, le temps d’un acte. Un mouvement dans lequel le certain et l’incertain se côtoient et dont l’intérêt (mais pas seulement…) tient plutôt à ce qui continue à y rester flou (les manières de s’organiser ou pas, une certaine rage qui s’exprime de manière multiforme…) qu’à ce qui semble maintenant bien installé dans le mouvement (le « peuple » uni comme force agissante avec ses drapeaux français et ses « ennemis invisibles », l’absence de la question migratoire sauf sous la forme de replis xénophobes assumés, les grilles de lectures populistes et conspirationnistes qui trouvent une place très inhabituelle dans un mouvement social).

Il nous semble important, dans un temps différent que celui des actes ritualisés du samedi, de prendre un peu de recul et de proposer de retraverser des questions qui se posent à ce mouvement comme à tous les autres, plus encore peut-être dans la mesure où il emprunte peu les voies royales de la contestation de feu le mouvement ouvrier, des questions propices à la mise en œuvre de la question révolutionnaire. C’est ainsi qu’on évoquera le 31 mai la question toujours ouverte (ou du moins dont il faut se méfier des tentatives de la refermer…) de ce qu’implique s’organiser ou refuser de le faire, en se demandant que faire aujourd’hui de la question de l’organisation ? Pour partir de ce qui infuse aujourd’hui nombre d’expériences existancialo-militantes, on pourra relire pour cette discussion la Tyrannie de l’absence de structure, texte phare du tournant réactionnaire des nouvelles théories de l’oppression aux Etats-Unis.

Dans la même optique, on discutera le 6 avril de la question, primordiale dans notre époque, de la réaction et de son odeur de pourri, qui gangrène aujourd’hui par tous les bouts et même les plus extrêmes un champ politique déboussolé, et dont les contours ne semblent plus à tous évidents alors même que ses caractéristiques liées au maintien de l’existant (xénophobie, autoritarisme, judiciarisme…) et à la peur de tout ce qui pourrait le transformer, sont bien identifiables. On repartira aussi de cet effet de déboussolement dont certains profitent pour agiter à nouveau de vieilles lubies léninistes pour évoquer le 11 mai la question de l’avant-gardisme sous toutes ses formes.

Et puis, le 19 mai on abordera plus frontalement la question centrale qui nous réunit, à partir d’expériences et de points de vue divers, dans cette bibliothèque, celle des perspectives révolutionnaires, en commençant par se demander si la Révolution est un mirage à partir de Vers les mirages, texte publié dans L’anarchie en 1911 et signé Le Rétif (alias Victor Serge) et d’autres contributions anciennes ou produites pour l’occasion, dans une discussion qui ouvre un cycle sur la question Révolutionnaire, qui traverse déjà l’ensemble de nos réflexions et qui se poursuivra dans les temps à venir.

En poursuivant une réflexion en cours sous diverses formes à la bibliothèque, on parlera le 25 mai de l’école telle qu’elle est aujourd’hui, des manières par lesquelles elle cherche à nous adapter à ce monde dans l’optique de trouver des biais par lesquels on pourrait l’attaquer.

  • Pour le plaisir et parce que les images du temps d’après la catastrophe que peut inventer le cinéma en disent beaucoup sur ce monde qui n’en finit pas de ne pas se détruire, on commence au ciné-club une série de projections autour du genre post-apocalyptique, pendant que se poursuit le cycle sur les Kaïju, ces créatures qui nous montrent magnifiquement comment un monde se termine. Quelques-unes des autres thématiques déjà évoquées au ciné-club trouveront aussi des échos dans ce programme, comme celle par laquelle nous avions commencé, la famille et la communauté, et leur domination de proximité mais tellement effective et pathogène.
  • Dans les groupes de lecture qui se poursuivent le dimanche à 16h, nous continuerons à lire des textes variés, en nous concentrant pour une partie des séances sur des textes autour de l’anti-psychiatrie et plus largement de réflexions autour de la folie et du soin, à repenser sans doute à l’aire du « safe » dans laquelle l’indifférence, la moquerie, le harcèlement et le « trollage » circulent bien plus que l’attention. Nous continuerons aussi à nous intéresser dans ce cadre à l’effervescence post-68, les deux sujets n’étant pas déconnectés.
  • Nous avons récemment réorganisé la distribution de livres, brochures et périodiques, nous sommes preneurs de suggestions d’ouvrages à distribuer et le catalogue est consultable sur notre site. Il est possible de commander par courrier ou mail, ou de passer à la bibliothèque aux heures où elle est ouverte pour feuilleter ce que nous avons.
  • Enfin, les permanences qui se tiennent pour cette période le vendredi de 16h à 20h et le dimanche à partir de 15h sont des moments où il est possible de nous rencontrer, de discuter de tout ce qu’on voudra ou presque, de proposer des initiatives diverses qui pourraient prendre place dans ce lieu, d’emprunter des ouvrages en prêt ou de se procurer des textes en diffusion.

Au plaisir de vous y rencontrer !

 

[Distro] Des Ruines n°3/4 (double) – Début 2019

Revue disponible à la bibliothèque

Nous recevons et diffusons :

Nous sommes heureux d’annoncer, après une longue absence, quelques complications et un travail de plusieurs années, la sortie d’un double numéro de la revue anarchiste apériodique mais loin d’être prématurée Des Ruines, au format A4 relié et avec cette fois-ci 308 pages et trois grands dossiers. Des Ruines se donne toujours pour ambition de remuer les réflexions, recherches et débats autour des perspectives révolutionnaires anarchistes et antiautoritaires ; certains débats vifs et d’actualité, certains autres intemporels ou laissés de côté et exhumés pour l’occasion. Elle a besoin de vous pour être lue et distribuée, contactez-nous.


 

On peut télécharger les quinze premières pages de la revue au format PDF (couverture + édito + sommaire) en cliquant sur la couv à gauche.

 

Voici le sommaire en image  :

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Brève réponse à une « attaque » discursive

« L’esprit humain est capable de tout »
Maupassant

« Les autres changent, nous on ne change pas ! »
Slogan martelé par les cortèges de la CNT des années 90

          Avis de tempêtes, « bulletin anarchiste pour la guerre sociale », publie dans son numéro 14 son avis sur la dernière brochure co-éditée par les Fleurs Arctiques et Ravages Editions : Contre l’anarcho-libéralisme et la malédiction des Identity politics. C’est dans la rubrique « Le coffre aux perles », le titre c’est « lost in space », et c’est une attaque manipulatrice, irraisonnée, haineuse, indiscriminée pourrait-on dire, non seulement d’un texte (en fait plus exactement de la traduction collective d’un texte précédée d’une introduction qui rend compte des discussions qu’a suscité ce travail de traduction au sein d’un groupe de lecture réunissant une dizaine de personnes, mais la « critique » acerbe n’en tient et n’en rend pas compte), mais aussi d’un lieu, d’un projet, et, comme le bazooka cherche aussi paradoxalement la précision dans le tir, d’une des personnes, ciblée quasi-ouvertement, qui participent à ce lieu. Alors il nous faut répondre, brièvement, parce que ce qui est dit est malhonnête, mensonger, et à vrai dire autoritaire, détestable et indigne à tout point de vue. Continue reading « Brève réponse à une « attaque » discursive »

Cycle post-apocalyptique

Le ciné-club des Fleurs Arctiques, est un moment où l’on discute et réfléchit à partir de toutes sortes de films, choisis par nos soins pour ce qu’ils peuvent donner à penser. C’est aussi l’occasion de se rendre compte que certains genres et sujets traversent le ciné-club et font écho à une vision plus globale d’un certain cinéma ainsi qu’à une vision critique d’un certain rapport au monde. Dans la suite des cycles (éternellement en cours) sur la famille, sur l’école, sur les Kaiju et leurs ruines, nous commençons maintenant un nouveau cycle sur les films post-apocalyptiques. Nous avions déjà, dans les programmes précédent, projeté Mad Max : Fury Road et Nausicäa, deux films qui ont tous deux donné lieu à des moments collectifs de discussion féconds sur la critique de notre monde, et qui ont induit d’une certaine manière ce cycle autour du genre post-apocalyptique.

Le cinéma post-apocalyptique, enfant irradié de la science-fiction, connait son explosion à la fin des années 70 avec la revue psychédélique et psycho-active de bande dessinée Métal Hurlant à laquelle participèrent des figures transgressives comme Moebius, Jodorowsky ou encore Druillet, inspirant déjà le film Mad Max (1979). S’inspirant du Punk pour son style trash, jusqu’au-boutiste, bricolé, provocateur et son refus nihiliste des horizons, qu’il dépasse, littéralement (se situer après l’apocalypse, c’est aussi prendre au sérieux le no-future et repartir de la fin du monde, souvent même longtemps après et vivre encore malgré tout dans ses ruines…). Ce cinéma se pose directement dans une posture qui est pour nous d’un intérêt certain, qui porte en elle une dimension anti-politique et philosophique en se situant dans un existant dont la faillite est déjà actée. Comme une graine est un arbre en puissance, le genre du film post-apocalyptique nous met face à ce que notre monde pourrait porter après lui de sauvage, d’animal, de chaotique, d’affreux et de magnifique. Peut-être qu’imaginer un monde détruit et ravagé nous servirait à analyser et critiquer notre monde, qui n’est pas détruit du tout ou dont la destruction n’a jamais été actée. Quand l’on pense (et que l’on regarde) post-apocalyptique, ce qui fait écho en nous, c’est anormalité, bouleversement, folie et résidus de l’ancien monde, et l’humain qui louvoie entre tous ces états, portant comme toujours la révolution dans ses espoirs les plus fous. De fait notre point commun avec le film post-apocalyptique est qu’il critique toujours le monde d’avant. On peut choisir de voir le genre post-apocalyptique comme une invitation à l’action, à provoquer une étincelle qui nous sorte radicalement et définitivement de toute béatitude, et en continuant à rêver éveillé.

Apocalypse Now

Francis Ford Coppola – VOSTF (USA) – 1979 – 3h22

Mardi 26 mars à 19h

 

Pour le capitaine Willard, gueules de bois et insomnies rythment les allers-retours entre la jungle et les beaux quartiers de Saigon. Comme pour beaucoup au Vietnam en 69, les paradis artificiels achèvent d’effacer les frontières entre guerre et routine, entre enfer quotidien et quotidien vide de sens.

Le décor est posé. Les Chinook se glissent dans l’orage rouge et les bombes tapissent les cimes vertes. Ceux qui se trouvent entre les deux sont condamnés, d’une manière ou d’une autre. Un Colonel, Kurtz, a embrassé la folie et l’horreur de la guerre pour s’y construire un royaume perdu, au fin fond de la forêt, au bout de la Rivière Nung.

C’est précisément cette rivière que le Capitaine Willard va remonter afin de retrouver le Colonel dissident. Le Nung symbolise une quête de sens, et lie en son cours tous les protagonistes. Armé d’un rafiot, de quelques compagnons d’infortunes et de la toute puissance des Etats Unis d’Amérique, il s’embarque pour un voyage introspectif où chaque méandre qui l’éloigne de la civilisation le rapproche un petit peu de Kurtz et sa devise : L’Apocalypse, maintenant.

 

Les Dents de la mer

Steven Spielberg – VOSTF (USA) – 1975 –  2h04

Mardi 2 avril 19h

Et si le plus efficace de tous les prédateurs marins décidait de faire de nos stations balnéaires son plus rentable garde-manger ? Voilà une proposition que nous ne pouvions pas décemment ne pas vénérer, ceux qui connaissent notre ciné-club peuvent facilement se l’imaginer… Dans le cadre du cycle sur les Kaiju aux Fleurs Arctiques, nous n’avions pas encore évoqué ce genre de Kaiju-là. Le super-prédateur le plus terrifiant de l’océan n’est ni un monstre chimérique et mythologique, ni une armée asiatique impériale alliée des nazis et surgissant de la mer en laissant l’Amérique sous le choc, non, il s’agit seulement de ce pauvre requin. Tour à tour symbole, dans la culture populaire, d’une finance méprisante de la vie humaine, de la super-prédation optimisée, ou bien encore de l’inconnu qui dort au fond des abysses mais qui pourrait surgir à tout moment avec une puissance et une force que la civilisation ne peut considérer autrement que comme le pinacle d’une barbarie sauvage intentionnalisée et insupportable ; il faut croire que ce pauvre requin incivil, autiste et sauvageon recueille tout le ressentiment civilisé et anthropocentré contre sa grande gueule, en tant que paroxysme monstrueux de la peur sans être lui-même ni un mythe ni un monstre en dehors de l’imagination humaine et de sa normalité pathogène, un peu comme la révolution, sommes-nous tentés d’analogiser.

Avec la musique imparable de John Williams, deux notes répétées jusqu’à l’angoisse primordiale, le second film de Spielberg qui raconte exactement la même histoire que le précédent (Duel, 1971) mais hors de la route, Jaws pourrait lui aussi être considéré comme un film de genre porteur d’une critique sociale acerbe, bien que dissimulée et métaphorique, dans une Amérique nixonnienne en plein fiasco militaire et politique (Watergate) et secouée par les protestations massives et protéiformes contre la guerre du Vietnam et la ségrégation raciale.

Nous proposons donc pour cette soirée Kaiju une petite croisière tranquille à la rencontre de la révolution et de ses mâchoires prêtes à engloutir, digérer et enfin rejeter ce monde au néant. Que le Grand Requin Sauvage et impoli nous dévore enfin !

De la méga-gauche à la méga-droite : ce parfum pourri de réaction

 
Samedi 6 avril 19h

En même temps qu’une « droitisation » incontestable du monde à toutes les échelles de la vie quotidienne et des idées, on perçoit simultanément l’essor d’une pensée dominante réactionnaire se matérialisant dans des discours extrêmement confus et variés, souvent artificiellement opposés, et que l’on retrouve de l’extrême droite jusqu’à l’extrême gauche. Se développent donc aujourd’hui des discours pendant que des alliances se nouent avec des groupes de droite et des groupes religieux sous le prétexte d’une « convergence des luttes » (synonyme d’alliance de circonstance), tandis que de plus en plus on peut lire d’insupportables élucubrations réactionnaires et souvent racistes sous pavillon « radical » (cf. Lieux Communs, PMO, Houria Bouteldja, Jean-Claude Michéa, etc.), qu’une parole raciste et raciale, souvent à l’égard des personnes désignées comme « juives » semble pouvoir se libérer dans certains milieux et médias « radicaux » pourtant très mainstream. On pouvait déjà déplorer l’organisation de meetings « antifascistes » en compagnie d’organisations religieuses profondément réactionnaires et d’anciens leaders de la « Manif pour Tous », pour qui la priorité partagée était de soulager les consciences religieuses blessées dans la France post-attentats, une « cause » que beaucoup de révolutionnaires ont bienheureusement encore du mal à faire leur malgré le rouleau-compresseur prescriptif de l’université et de la religion.

Qu’est-ce qui s’est perdu, aujourd’hui, pour que toutes les soupapes de sécurité qui rendaient – plus ou moins, selon les questions et les époques – les révolutionnaires imperméables au fascisme, aux populismes et aux valets de dieux, se soient ainsi cassées ?

De cette réaction fétide, on en retrouve aussi bien dans les critiques passéistes et de droite de la postmodernité – les Onfray, Finkelkraut, Zemmour, Todd, etc. qui inondent les canaux principaux de la culture de masse de leur propagande raciste d’extrême droite sur tous les sujets possibles – que dans les critiques post-modernes et postrévolutionnaires de gauche des pensées et des mouvements révolutionnaires anarchistes et autonomes, hâtivement jugés comme démodés et inintéressants par des apôtres de notre époque débarrassés de toute perspective universaliste. A tel point qu’aujourd’hui c’est peut-être dans l’exploration de la question de l’universalisme que pourrait se retrouver un chemin subversif à même d’abolir enfin les séparations imaginaires qui cloisonnent de plus en plus l’humanité asservie à elle-même. La réaction aussi a toujours été l’ennemi historique de toute forme d’universalisme, hormis ceux du barbelé, de la normalité et du fric.

Mais comment pourrait-on être révolutionnaire et en même temps déplorer la perte de valeurs anciennes, traditionnelles, soi-disant précapitalistes ? Ou bien défendre des Etats, des nations, des drapeaux et des dictateurs sous pavillon « anti-impérialiste » ? Prôner un retour aux conditions féodales préindustrielle sous le prétexte d’une critique instrumentale ou pseudo-radicale de la technologie comme le font certains groupes armés écologistes éloignés et aujourd’hui ennemis déclarés de l’anarchisme et de la révolution ? Ou encore se faire nouvel apôtre de la défense ou de la préservation des sensibilités religieuses heurtées ou de la défense des valeurs familiales et judiciaires de ce monde ? Céder à la séduction populiste et à l’opportunisme politique éhonté au moindre soubresaut ? Organiser des chasses à l’anormalité sous prétexte de déconstructionnisme normatif ? Prôner le conservatisme et le puritanisme comme nouvelles radicalités ? Judiciariser les rapports et se faire procureurs des rumeurs et juges des exécutions et ce sans même envisager une place quelconque pour « la défense » ? Et puis quoi d’autre maintenant ? Nous proposons donc à travers cette soirée d’identifier la réaction sous ses formes diverses sans s’arrêter aux discours de façades parfois efficacement enrobés d’un voile de confusion volontaire, et sans céder aux mirages provoqués par la décomposition politique qui voudrait établir une cartographie de la réaction qui inclurait l’antinationalisme, le refus du religieux et la critique de toutes les identités du vieux-monde, qu’elles soient sociales, ethniques, politiques, assignées ou revendiquées, et donc ainsi, toute perspective révolutionnaire anti-autoritaire.

Les Guerriers de la Nuit

 Walter Hill – VOSTF (USA) – 1979 – 1h24

Mardi 9 avril 19h

Dans un grand amphithéâtre, toutes les bandes de New York se sont réunies à l’appel des Gramercy Riffs et de leur chef Cyrus. Ces derniers souhaitent dans une grande réunion, unir toutes les bandes des différents quartiers de la ville afin de lancer un assaut massif contre les flics et les institutions et la société. Cependant, une des bandes n’est pas de cet avis et va éliminer Cyrus tout en attribuant cet assassinat aux Warriors qui vont alors s’enfuir du lieu de la réunion jusqu’à leur QG à Coney Island. Cette course poursuite fait s’enfoncer les Warriors dans les méandres du Bronx où différentes bandes veulent leur peau.

La manière de dépeindre l’existant de ce film de Walter Hill datant de 1979, dont une scène a été censurée pour son message émeutier, a été une source d’inspiration majeure pour le genre post-apocalyptique que ce soit dans sa manière de filmer les gangs, la ville, la crasse, la violence et la brutalité que peuvent prendre les rapports humains. Si ce film nous offre des scènes qui n’ont rien à envier aux films d’arts martiaux des années 80 ainsi que des scènes de violence inspirées directement par Orange Mécanique de Stanley Kubrick, il nous invite aussi à une réflexion sur la normalité des années 70 dans le Bronx.

Scènes de chasse en Bavière

Peter Fleischmann – VOSTF (Allemagne) – 1969 – 1h20
Mardi 16 avril 19h

Il ne faut pas salir son costume du dimanche ! Dans un petit village clôs de Bavière, où tout le monde se connaît, s’épie, se calomnie, tout commence et se termine à l’Eglise. Pourtant, la critique de la religion et de la morale que permet le film en noir et blanc de Peter Fleishman, et qui se relie très bien à la discussion sur Religion et modernité d’un programme précédent des Fleurs Arctiques, interroge bien plus que la dimension répressive. Le réalisme du film qui suit de près le quotidien des habitants du village, paysans pour la plupart, bien qu’ils aillent quelques fois travailler plus loin à l’usine, indice d’une modernité industrielle dont nous ne connaîtrons pas davantage la date, met en relief tout ce que la morale de la communauté permet, tolère, voire favorise. C’est donc un catholicisme identitaire de torgnolles, de viols, d’agressivité et de moqueries qui est mis à l’écran. Bien loin d’une austérité ou d’un ascétisme de la religion, ce sont ici les rires gras et les musiques folkloriques de la bande son qui masquent les cris et empêchent les individus de s’exprimer. On rit avec la communauté en riant des autres, ou on se tait. Trois personnages incarnent trois formes d’extériorité, de différence aux yeux de la société, et leurs rapports internes, ainsi que leurs rapports avec les autres membres du village, nous permettront de soulever la question de l’intégration, de la désactivation de tout potentiel critique. Ainsi « la salope », « l’idiot » et « le pédé » peuvent faire partie de la grande famille dès lors que leur marginalité appartient au défoulement quotidien de l’agressivité et de la moquerie, dès lors qu’ils acceptent de se taire et de rester dans leurs rôles attribués… mais si jamais l’étranger ne peut plus être assimilé à l’organisme, mettant en péril la stabilité des mœurs, alors la chasse est ouverte. Le catholicisme bavarois est l’occasion de soulever une réflexion sur la manière dont n’importe quel milieu identitaire, qu’il soit religieux ou non, parvient à se conserver et à se perpétuer.

La Route

John Hillcoat –VOSTF (USA) – 2009 – 1h59
Mardi 30 avril 19h

 

Un père et son fils errent dans un monde en ruine à la recherche de la mer du sud. Ils errent sur une route semée d’embuches depuis qu’un flash de lumière a réduit à néant l’ancien monde. Depuis toute lumière vive semble avoir disparu, la froideur du ciel, les paysages grisâtres et la lumière monochrome sont omniprésents. La végétation croule et les animaux ont disparu. Malgré cela quelques humains survivent ici et là, se ralliant même parfois en bande. Cependant la bienveillance n’est que rarement au rendez-vous. Le cannibalisme présent au quotidien est le pire des cauchemars de ce père et son fils qui sans cesse doivent bouger et rester aux aguets. Le film nous parle à travers cela de l’atomisation des individus, des rapports toxiques qui peuvent naître entre eux et comment ces derniers sont destructeurs pour tous. Il nous décrit contemplativement la décrépitude lente et progressive du monde post-apocalyptique à l’abandon. Mais il nous questionne toutefois sur le sens d’agir, de survivre mais surtout de vivre, d’être solidaire dans un monde où tout semble vain, où tout est vide, froid, hostile et mort.

Les Visiteurs du Soir

Marcel Carné – 1942 – 1h50
Mardi 7 mai 19h

 

Quand le diable s’invite à la cour, l’amour courtois devient l’occasion de désespérer les hommes et leurs conventions, et le chant des troubadours sème le trouble tout autour. Mais le diable lui-même peut être surpris par le mouvement du réel : ses deux émissaires, les visiteurs du soir Gilles et Dominique, deux figures de la subversion, jouent de manière radicalement différente. L’un prend, l’autre s’éprend. L’un joue selon les règles qu’il s’est fixées, l’autre découvre dans le jeu une nouvelle attitude. Gilles et Dominique incarnent deux manières d’être contre la société : d’un projet commun d’opposition apparaît un conflit entre leurs propres agissements au fur et à mesure que les habitudes de la cour dépérissent. Il n’y a pas de tragédie, il n’y a que de l’imprévisible, et surtout quand les passions sont de mise. Ils auront fait contre l’ennui maintes choses qui leur seront comptées à folie plutôt qu’à sagesse, mais c’est qu’à tous les biens de ce monde, ils auront préféré leur fin amor.