Carrie (projection)

Mercredi 28 juin 2017 19h

Carrie – Brian de Palma 1976 vostf

Carrie est un film montrant la vengeance brûlante et sanglante d’une adolescente. Les humiliations qu’elle subit au quotidien ont un prix qu’elle va faire payer, sans limite grâce des pouvoirs surnaturels, à tous ceux qui l’entourent.
Après un cours de sport, dans les douches du vestiaire, Carrie White – maintenue dans l’ignorance par le puritanisme familial – panique à la vue du sang qui s’écoule pour la première fois entre ses jambes.
Entre ses camarades de classe qui moquent son incompréhension, la bombardent de tampons et de serviettes hygiéniques, le directeur qui n’a que de la pitié et une espèce d’indifférence administrative à lui offrir, et sa mère qui est persuadée que Carrie a forcément péché (sinon elle n’aurait pas ses règles) et l’assène de coups de bible (dans la gueule) … la vie n’est pas facile.
Mais la puberté semble lui offrir autre chose : La télékinésie.
Les proportions que prend sa vengeance en font une critique absolue de tout ce qui l’oppresse (religion, famille, école, sociabilité) puisqu’elle finit par attaquer et détruire la cage sociale de la normalité dans laquelle tous voudraient l’enfermer.

Télécharger le flyer ici.

Racialisation, confessionnalisation ou révolution ?

Racialisation, confessionnalisation ou révolution ?
Discussion croisée autour des livres La Fabrique du Musulman (Nedjib Sidi Moussa)
et La Race comme si vous y étiez ! (Les amis de Juliette et du printemps)
Vendredi 30 juin 2017 à 19h
aux Fleurs Arctiques

La « marche pour la dignité » du 19 mars dernier a bien montré à quel point l’anti-racisme dit « politique », tout en se réclamant d’une certaine radicalité, tend à se normaliser dans le champ politique et à prendre la même place que l’anti-racisme dit « moral » de son faux-ennemis SOS Racisme, qu’il prétend pourtant combattre alors qu’il ne s’agit que d’en disputer (jalouser) la place « privilégiée » donnée par le pouvoir socialiste dans les années 80. Il s’agirait alors d’imposer une logique visant à une répartition non discriminatoire du pouvoir qui régule la représentation des « personnes issues de la diversité » en cooptant une nouvelle bourgeoisie dite « non blanche ». Si on en restait là, cette dynamique identitaire et interclassiste ne concernerait que très peu les révolutionnaires puisque cette problématique est déjà plus ou moins prise en charge au sein des partis de gouvernement de droite comme de gauche, ou dans les grandes entreprises.

Cependant plusieurs problèmes se posent à nous, dès lors qu’on constate d’une part que cet anti-racisme dit « politique » acquiert son vernis de radicalité en promouvant des catégories jusque là employées par l’extrême droite comme la « race », en les associant à la défense d’une prétendue religiosité, ou « religion des opprimés ». D’autre part, ce vernis autorise à cette proposition politique fournie clé en main (avec son jargon spécifique et ses têtes d’affiches) l’accès à de larges aires à prétentions subversives, le plus souvent avec une caution universitaire. On peut donc s’inquiéter de savoir où en est cette fameuse « inversion de paradigme » que les nouveaux adeptes de l’ethnodifférencialisme cherchent à imposer : doit-on désormais valider l’existence de prétendues « races » (« biologiques » ou « sociales » selon les instants et les humeurs) et considérer que la religion peut-être émancipatrice pour être antiraciste ? Ce n’est pas la première fois à travers l’histoire qu’une proposition ouvertement réactionnaire de ce type parvient à obtenir les suffrages de parties de la gauche : du fascisme français et de sa pénétration dans le syndicalisme révolutionnaire de la Belle Époque au négationnisme d’ultra-gauche, de la République de Fiume à l’Union Sacrée, etc.

C’est cette réflexion que l’on voudrait mener le 30 juin 2017 en présence de participants aux deux livres, à partir des débats déjà en cours, mais aussi en croisant et en poursuivant leurs analyses. À partir d’angles d’attaques différents — la racialisation pour l’un, la confessionnalisation pour l’autre — ces deux livres se rejoignent dans la critique de cet objet politique confus que constitue l’anti-racisme dit « politique » et partagent un même refus face à sa diffusion en tant que proposition radicale, alors même qu’elle désarme toute possibilité de luttes réellement subversives. Si le débat est en cours depuis quelques années maintenant, il reste encore à trouver le moyen de débarrasser les aires à prétentions subversives (voire « antifascistes ») des OPA politiques adaptées et agressives de mouvements réactionnaires qui, en ce début de 21ème siècle, cherchent à nouveau à prendre la tête de formes de contestations récupérables ou rendues récupérables à cette fin, allant du Parti Socialiste aux anarchistes…

Vendredi 30 juin 2017 à 19h aux Fleurs Arctiques.
45 Rue du Pré Saint-Gervais, 75019 Paris
Métro Place des Fêtes (lignes 7bis et 11 du métro).

Programme de juin 2017

Télécharger au format PDF A5

Vous pourrez lire ici le programme fixe de la bibliothèque Les Fleurs Arctiques. Les discussions ou projections spécifiques seront annoncées sur ce site, par flyers, et sur la liste de diffusion sur laquelle vous pouvez vous inscrire en écrivant un mail.

En ce mois de juin, nous allons nous consacrer à enrichir et organiser la bibliothèque qui demande à être complétée et mise en fonctionnement. Dans cette optique tout don de livres, brochures, etc… est bienvenu. Il s’agit d’une bibliothèque de prêt mais nous comptons aussi qu’elle serve à des groupes de lectures ou de discussions pour rééditer des textes, éventuellement en traduire, en tous les cas écrire peut-être autour des textes qu’on lit ensemble. Pour l’instant un travail est en cours à partir de Dieu et L’Etat de Bakounine, avec la perspective de s’intéresser à l’histoire et aux productions de la Première Internationale. Quiconque serait intéressé par un travail au long cours sur ce texte et ces questions peut le rejoindre le dimanche à partir de 15h. D’autres propositions peuvent être faite en passant à une de nos permanences ou par mail.

Le ciné-club autour de la critique de la famille continue avec 2 projections par mois, les 2ème et 4ème mercredi à 19h. Ce mois-ci les aspects les plus pathogènes de l’enfermement familial, mais pas seulement, seront abordés avec Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1974) et Carrie de Brian De Palma (1976).

Les permanences qui se tiennent 2 fois par semaine sont des moments où il est possible de passer nous voir pour discuter du projet, faire des propositions de discussion ou de projections, venir chercher les publications que nous diffusons, emprunter ou ramener des livres de la bibliothèque, mais aussi donner des nouvelles, en prendre et mener des discussion actuelles ou inactuelles.

À propos d’actualité, d’ailleurs, le 23 juin, 4 personnes passent en procès pour l’affaire dite «Machine à expulser» suite à une instruction qui dure depuis plus de 7 ans qui a visé différentes initiatives en solidarité avec les sans-papiers incendiaires du Centre de Rétention de Vincennes en 2008. La bibliothèque s’associe aux initiatives de mobilisation autour du procès, des textes à ce sujet seront disponibles sur place et les permanences pourront être un moment pour discuter de ce procès et de ce qui l’entoure.

Un travail de réflexion, à la bibliothèque mais pas seulement, est en cours autour de la question du dépassement dans le cadre des mouvement sociaux ou des luttes, en ce qui l’oppose à la proposition d’une «convergence des luttes». Une première discussion a eu lieu le mois dernier, elle demande à être développée et poursuivie, que ce soit de manière formelle par des productions écrites ou l’organisation d’autres discussions ici ou ailleurs, ou plus informelle lors des permanences par exemple.

Permanences

Les mardi de 18h à 20h, et les samedi de 15h à 19h

Groupes de lecture

Les dimanche à partir de 15h, en ce moment à partir de Dieu et l’État de Bakounine et autour de la Première Internationale.

Ciné-club (suite du cycle contre la famille)

Mercredi 14 juin – 19h : Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper (1974)

Mercredi 28 juin – 19h : Carrie de Brian De Palma (1976)

Massacre à la tronçonneuse (projection)

Mercredi 14 juin 2017 19h

Massacre à la tronçonneuse Tobe Hooper 1974 1h24 vostf

Ouvertement inspiré du chef-d’œuvre de Hitchcock, Psychose, « inspiré de faits réels » avec un second degré qu’il est important d’arborer, Massacre à la tronçonneuse (1974) offre un tableau macabre du rêve américain. Ici la famille, bien avant d’être protectrice, est avant tout pathogène et horriblement maltraitante. À la réussite et aux dents blanches de la perfect american family des panneaux publicitaires s’oppose ici l’image terrifiante de rednecks débiles (ou peut-être pas, on ne saura jamais), dégénérés et cauchemardesques, ennuyés, misérables et tous mis au chômage par une société toujours plus avide d’argent et donc de temps.
Renvoyés à la prison domiciliaire – sans divertissement – depuis la fermeture des abattoirs qui faisaient subsister, dans un monde de viande et de sang, cette ignoble famille qui ne connaissait rien d’autre, il leur reste la nécessité et le besoin inquestionné de travailler la viande, quelle qu’elle soit, comme une caricature des phénomènes de reproduction sociale du travail. Sauvages, pervers, maltraités et maltraitants, Leatherface et sa famille représentent le paroxysme amoral et matériel de la monstruosité. Au moment où les USA envoyaient leur jeunesse se faire tuer et tuer en masse au Vietnam, la bande de copains massacrée ici, parfaite représentante d’une certaine normalité insouciante et innocente, est passée à l’abattoir sans aucune pitié, comme dans les images obsédantes des mutilations abominables infligées aux populations vietnamiennes. Avec sa musique country, son shérif à chapeau de cowboy, ses abattoirs fermés, ses adolescents transformés en bétail, sa maison abandonnée et le Texas sec et délavé pour décor, Massacre rappelle au souvenir des pionniers… Dans ce western dégénéré et expérimental, on imagine les ancêtres de Leatherface convoyant les troupeaux et marquant au fer leurs bêtes. Sally, l’héroïne kidnappée par les rednecks cannibales renvoie à Debbie, la jeune fille enlevée par les comanches dans La Prisonnière du désert (John Ford). Sauf que John Wayne n’est plus là pour venir la délivrer des sauvages.
C’est par son ambiance sonore, sa photographie et son imagerie plus que par ses images à proprement parler, que Massacre à la tronçonneuse peut choquer les plus sensibles, mais il peut aussi faire grandement rire.

Vous êtes prévenus.

Télécharger le flyer ici.

Avril / Mai 2017 aux Fleurs Arctiques

Les Fleurs Arctiques - Programme avril-mai 2017

Programme à télécharger en PDF ici (8p-A5).

Les Fleurs Arctiques - Programme A3 avril-mai 2017

Version affiche A3 là.

L’inauguration aura lieu le 22 avril 2017 à 18h, plus d’infos ici.


Ouvertures

Lors des permanences on peut ramener de quoi grignoter, des bonnes idées et de bonnes publications. La bibliothèque de prêt est ouverte à tous les moments d’ouverture du lieu. Les jours et les horaires d’ouverture régulière sont les suivants (à partir du 22 avril 2017) :

  • Tous les mardis de 18h à 20h, permanence.
  • Tous les samedis de 15h à 19h, permanence.
  • Tous les dimanches de 15h à 17h, la bibliothèque propose un moment plus spécifiquement consacré aux livres (travail sur le fond, groupes de lecture, etc.)

Just a kiss (projection)

Mardi 25 avril 2017 – 19h

2004 – 1h 43 -VOST – Ken Loach (Bande annonce)

Loin du monde ouvrier et de la vision parfois discutable qui caractérise habituellement son cinéma, Just a kiss est avant tout une romance contrariée grâce à laquelle le réalisateur anglais critique le racisme et le communautarisme sous ses dehors, ici, religieux (catholiques et musulmans). Il s’agit également d’une approche intime de ce qu’est la migration, de ce qu’implique dans ce monde de barbelé et de cannibalisme social, d’être étranger à domicile, en Écosse comme ailleurs. A travers Just a kiss, c’est tout un tas de questions à la fois complémentaires, inactuelles et très actuelles que nous aurons l’occasion d’aborder à la manière des pirates : la famille et son caractère nécessairement autoritaire, le racisme qui réduit les uns et les autres à des identités figées et imaginaires, le communautarisme et la religion qui encasernent les aspirations émancipatrices, et l’amour qui restera encore et toujours la plus belle nourriture des rêveurs de l’absolu, une petite porte de sortie dans la prison sociale, un avant-goût de liberté pour celles et ceux qui, après avoir embrassé le serpent et embrasé le jardin, voudraient s’aventurer à la croquer pleinement comme la pomme d’Eden.

Il s’agira de la première projection d’un cycle contre la famille, dans lequel la question sera abordée sous toutes sortes d’angles plus ou moins sérieux.


Migration : richesses et espoirs, gestion et répression

Mercredi 10 mai 2017 – 19h

A travers une enquête de Zo d’Axa de 1902 sur Ellis Island (USA), mais aussi à travers un texte et un documentaire de 1980 de Georges Perec et Roger Bobec sur cette « île des larmes » (mais aussi « de l’espoir ») qui servit de porte d’entrée, et surtout de centre de tri, de contrôle, d’intégration et de normalisation des migrants qui cherchaient à accéder au « rêve américain », nous essayerons de discuter de ce qu’est, en profondeur, la migration. Que veut dire être « étranger chez soi » ? Qu’est-ce que vivre sous la menace de l’expulsion, de l’enfermement, avec le racisme, dans un monde où le migrant ne peut être autre chose qu’un « travailleur », un élément de la « main d’œuvre » dont « on » (le « on » gestionnaire) a besoin un jour, et qui peut être en trop le lendemain. Comment fonctionnent ces politiques modernes de gestion des populations et de leurs déplacements dont Ellis Island peut représenter un exemple historique important et fondateur pour les politiques migratoires actuelles. Comprendre Ellis Island, c’est aussi comprendre la gestion des flots de migrants qui traversent aujourd’hui la méditerranée, triés aux frontières de l’Europe (Grèce, Espagne, Italie) comme on l’était à celles des USA, soumis au même arbitraire d’une gestion de masse organisée par les Etats et mise en œuvre par leurs relais, qu’ils soient répressifs ou humanitaires. C’est aussi comprendre que cette gestion passe fondamentalement par le développement des formes d’enfermement administratif – Ellis Island c’est aussi un camp dans lequel on peut ne passer que quelques heures, plusieurs jours ou un mois, dans lequel on peut perdre la vie à cause des conditions déplorables dans lesquelles les humains sont traités comme du bétail. C’est donc se questionner sur les phénomènes massifs d’« encampement » des population pour mieux pouvoir les contrôler et les répartir au gré des besoins, qu’il s’agisse de fixer, déporter, exterminer, des camps de migrants aux camps humanitaires, sanitaires, et autres appellations bureaucratiques.

Pour nous qui nous sentons étrangers de partout, il s’agit d’interroger, aussi, les rapports que nous pouvons entretenir avec les frontières qui nous enferment, les nationalités et les papiers qui vont avec, autant d’éléments – agissants – qui entravent la liberté de tout un chacun, impliquant des formes de contrôle qui nous concernent tous et toutes à différentes échelles.

On pourra lire une brochure réalisée pour l’occasion. Ellis Island : L’Amérique hospitalière vue de derrière , Reportage en deux parties sur la sélection imposée aux candidats à l’immigration sur l’île d’Ellis Island à New-York, 1902, par Zo d’Axa, suivi d’Une route. Et morceaux choisis d’Ellis Island de Georges Perec (en collaboration avec Robert Bober). A télécharger sur Ravage Editions.


Convergence des luttes ou dépassement ?

Samedi 27 mai 2017 – 18h

CONVERGENCE DES LUTTES
Convergence : action de tendre vers un même but. « Des droites parallèles convergent à l’infini. » Converger ne signifie pas avoir le même but, ce n’est pas avoir quelque chose en commun, ni partager quoique ce soit… Non, c’est tendre vers cela sans jamais y parvenir. La convergence n’est même pas la rencontre, c’est le chemin vers la rencontre, c’est ce qui précède éternellement un hypothétique commun.
Si on ne peut pas dater précisément la naissance de cette expression, on peut juste constater qu’elle n’existait pas avant les années 90.
Il est difficile de décrire exactement de quel processus il s’agit… Tout cela reste très vague. On a bien vu ici où là un militant trotskiste cheminot venir prendre la parole dans une AG étudiante à l’appel d’un militant trotskiste étudiant (plus rarement le contraire mais ça existe aussi), se faire applaudir avant de rentrer chez lui ; on a vu ce genre de scène reproduit à l’échelle industrielle lors des « Nuits debout », visiblement le concept a l’air de signifier ce genre de pratiques. Ceux qui l’emploient parlent de construire des ponts, tisser des liens, mais à part ça on n’a jamais décrit (et encore moins vu) ce que devrait produire deux (ou trois, ou plus) luttes qui convergent.
En attendant cette rencontre il s’agit donc de cantonner chaque lutte dans les limites qu’elle s’est fixée au départ, de se concentrer sur ce qu’elle a de particulier, de faire avec et de se contenter du fait qu’elle « a le mérite d’exister ». Le rôle du militant sera d’y apporter son grain de sel en replaçant sa particularité dans un contexte plus global, il y glissera un peu d’analyse et de théorie abstraite, la nouvelle mode pour les plus « radicaux » étant de se contenter de rajouter « et son monde » à la fin de la revendication parcellaire.
Il s’agit donc d’un concept qu’emploient les réformistes pour que rien ne change. Les révolutionnaires quand à eux s’emploieront à faire exister son exact antithèse : le DÉPASSEMENT. Le « dépassement » sera donc tout l’objet du débat.

Texte préparatoire aux discussions: convergence des luttes VS dépassement.

Inauguration des Fleurs Arctiques – Samedi 22 avril 2017 à 18h

Inauguration des Fleurs Arctiques
Une bibliothèque pour la révolution, Paris XIXe
Samedi 22 avril 2017 à 18h aux Fleurs Arctiques
45 Rue du Pré Saint-Gervais, 75019 Paris
Métro Place des Fêtes  (lignes 7bis et 11 du métro).
Voir une carte ici

Nous sommes heureux d’annoncer l’éclosion d’un nouveau projet cherchant à frayer son chemin en dehors des fausses oppositions identitaires et idéologiques, afin d’ouvrir la possibilité de retrouver des perspectives offensives pour le projet révolutionnaire, contre l’État, contre le Capital. Si dans la période de confusion actuelle rien n’est joué et personne ne peut sérieusement penser avoir de solution toute faite, il va donc falloir nous armer pour un temps de patience, de détermination et d’une ouverture féconde qui ne transigerait pas pour autant avec ses exigences révolutionnaires, à la fois loin de la politique et de la dépolitisation en cours. Le texte qui suit en détermine les premiers contours. Bienvenue à tous ceux et toutes celles qui voudraient poursuivre à partir de là, d’une manière ou d’une autre, les discussions entamées, reprises et rouvertes par ce biais.

Il y aura trois moments d’ouverture publique par semaine qui débuteront dès la date d’inauguration, auxquels s’additionneront des débats, discussions, cycles de projections, présentations, ateliers, groupes de lectures et des moments plus spécifiquement centrés sur le contenu de la bibliothèque (la théorie, les livres, etc.) qui seront annoncés dans les prochaines semaines.
L’inauguration des Fleurs Arctiques aura lieu le 22 avril à partir de 18h, on pourra y ramener à manger, à boire, des livres, des publications, des archives, du soutien financier, de l’amour pour la liberté et de la haine pour l’ordre. Ci dessous le texte de présentation du projet, ce sera une première occasion de penser la suite et de s’en parler :

Les Fleurs Arctiques ne sont pas une organisation ou un groupe politique, mais un rassemblement hétérogène et protéiforme qui tient à son hétérogénéité, partageant un constat, des critères et des perspectives communes autour de la nécessité d’offrir des espaces à notre temps plutôt que le contraire, des espaces pour la lutte révolutionnaire.

Ce projet naît du constat commun que nous vivons une époque dans laquelle la pauvreté qui n’est pas seulement matérielle, ne peut aller qu’en s’accroissant. Que l’époque que nous vivons pose toujours les mêmes enjeux — l’abolition de l’État, du travail et de la marchandise — et cela dans un cadre qui n’a guère changé depuis les années 70, si ce n’est l’accélération vertigineuse de l’atomisation et de la pénétration des rapports marchands dans tous les interstices de ce qui nous reste de vie.

Une époque qui désintègre minutieusement ce qui voudrait ou semblerait vouloir s’y opposer, entre autres en l’intégrant. Un monde qui s’offre comme alternative à lui-même, avec l’essor des sciences sociales et des logiques informatives (ou « contre-informatives ») en lieu et place de la critique révolutionnaire qui, lors des dernières décennies, avait su balayer les vieux réflexes et modes de pensée gauchistes et staliniens (faut-il vraiment ici faire remarquer à ceux qui veulent les remettre en selle que leurs perspectives ne sont pas les nôtres?) et démonter les illusions gestionnaires des alternatifs et autres citoyennistes. Alors que c’est dans la praxis qu’a pu se déployer une intelligence pratique née des expériences de lutte, on voit dorénavant l’université faire de plus en plus office de laboratoire de réflexion et d’intervention pour la subversion. Il est pourtant évident que la critique y est déjà institutionnalisée et désactivée dans des formes politiques intégrées et stérilisantes qui se diffusent désormais au sein des milieux « militants ».

Une époque où les potentialités révolutionnaires réelles paraissent inactuelles, une époque ou « accentuer les conflictualités » n’équivaut plus toujours à se battre contre le monde tel qu’il est, mais parfois avec, ou même pour.

Une époque marquée également par l’essor de ce que la réaction a mis au point de plus efficace pour prévenir tout débordement subversif : les replis communautaires, religieux et identitaires, l’exploration de ses « racines », qui tendent à s’articuler avec les autres formes de répression (forces de l’ordre, justice régulière et coercition étatique). Mais les racines, c’est bon pour les glands. Ces différentes formes de recroquevillement sur des identités figées et des récits mythiques sont probablement la perspective du Pouvoir la plus efficace pour faire accepter les mesures d’austérité, l’existant et son mythe progressiste ne pouvant plus décemment penser faire rêver à un futur radieux.

Il s’agit alors de réaffirmer que cette époque ne viendra pas à bout des perspectives révolutionnnaires, et les subterfuges qui s’y développent pour pacifier les conflits comme l’auto-gestion, l’alternativisme et la contre-culture, la spectacularisation de la conflictualité, la spécialisation des tâches, les déclinaisons militantes de la postmodernité et du libéralisme et la pasteurisation des rapports humains qui devraient, paraît-il, être safe, l’enfermement dans un psittacisme qui ressasse des gimmicks politiques identitaires (que la posture soit communiste ou anarchiste, la misère est la même) n’opèrent plus que pour se rassurer et ne pas trop se confronter à la réalité du… des ! astres.

Il s’agit donc aussi de sortir de l’impasse activiste et/ou idéologique que l’on finit par embrasser, habiter, optimiser dans un confort relatif comme une cellule de prison tant en sortir équivaudrait à plonger dans l’inconnu. Les identités, les postures et les logos ne disent plus rien réellement des intentions et des méthodes de celles et ceux qui les arborent, et donc l’auto-organisation, bien qu’insuffisante à garantir des perspectives réellement offensives, est la seule forme d’organisation souhaitable.

Nous tirons des expériences de ces derniers siècles et de ces dernières décennies que les structures permanentes ont toujours comme but et comme raison d’être leur propre perpétuation, que la volonté d’homogénéité politique ou même « affinitaire » qu’elle soit formelle ou informelle, est une forme sectaire et nécessairement groupusculaire (sinon totalitaire).

Ce ne sont donc pas d’« amis », de bandes dépolitisées ou d’Organisations politiques dont nous avons besoin aujourd’hui. Alors pour ne pas sombrer avec les temps qui meurent, il nous faut élaborer de nouvelles propositions pour des perspectives dont le caractère révolutionnaire reste inchangé, tout en acceptant la nécessité d’inventer, d’expérimenter des propositions qui permettent de penser, analyser, agir, se rencontrer, intervenir, se défendre et attaquer.

Il nous faut d’abord acter que l’État et le capitalisme ne s’effondreront pas d’eux-mêmes, que nous ne pouvons pas nous appuyer sur les catégories et les fonctionnements qui sont les leurs — la justice qui nous fait innocents, victimes ou coupables, l’essentialisme qui nous fixe dans des carcans identitaires, les nations et les frontières qui nous séparent en « nationaux », en « étrangers » et en « immigrés » avec ou sans papiers, la morale qui nous fige dans des idées de bien et de mal supplantant toute autonomie collective ou individuelle, le respect de la loi et le travail comme seule alternative à la prison ou à l’exclusion sociale—, et qu’aucun miracle ou radieux grand soir ne concrétisera les espoirs déchus des particules atomisées de la terre dont le cœur bat encore.

Ceci étant dit, si nous ne partons pas de rien, tout reste à repenser et à faire.

Alors, il nous faut recréer les outils qui peuvent aujourd’hui nous permettre la composition d’un mouvement révolutionnaire conséquent, ambitieux, et débarrassé de tout reste d’idéologie démocratique, travailliste, citoyenne, identitaire et gestionnaire pour enfin retrouver des perspectives offensives face au Léviathan qui ne cesse de nous engloutir.

Les fleurs sont bien peu de choses
si on ne les regarde pas avec poésie, désir et créativité.
La révolution souffre des mêmes limites,
mais la beauté des fleurs arctiques ne souffre pas de leur rareté.


https://lesfleursarctiques.noblogs.org/
lesfleursarctiques@riseup.net

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