Démontage judiciaire : Les procès staliniens

Vendredi 18 mars 19h

Saboter la machine judiciaire implique de comprendre comment fonctionnent ses rouages quand elle s’exerce, comment elle peaufine ses engrenages pour mieux nous broyer. Alors il nous a semblé pertinent de proposer des occasions de pratiquer ensemble des démontages, en se donnant le loisir d’accorder collectivement toute notre attention à des déconstructions aussi méticuleuses que possible d’affaires judiciaires précises, passées ou actuelles, pour mieux se préparer à affronter la justice et la répression quand nous nous retrouvons contraint de le faire.
Chaque affaire est singulière, et toutes ou presque pourront nous intéresser, qu’elles aient défrayé la chronique, marqué l’Histoire ou qu’elles participent d’un fonctionnement quotidien d’une justice toujours trop près de la vie de tout un chacun, et on espère que comprendre ces affaires spécifiques nous permettra d’en savoir plus sur le fonctionnement de l’ensemble du dispositif, et de trouver comment s’y opposer.

Concrètement, on propose un rendez-vous régulier et public (une fois par programme) pour plonger ensemble dans une affaire choisie préalablement selon les propositions ou occasions, et sur laquelle ceux et celles qui voudront le faire se seront penché en amont, à partir des documents et informations qu’on peut réunir selon les cas, pour restituer aux autres à la fois la construction de l’accusation et la stratégie de défense choisie ainsi que la manière dont elle s’est élaborée. On pourra ensuite tous discuter à partir de ces éléments, en s’inspirant des formes de prises en charge collective des défenses qui se sont développées dans les suites de mai 68, par exemple, mais sous une forme « désactualisée », hors des enjeux immédiats d’une défense réelle en cours. Pas besoin de connaissances spécifiques préalables, bien sûr, pour participer, d’autant plus que le point de vue que nous choisirons d’adopter c’est celui de tous ceux et touts celles qui peuvent se retrouver face aux tribunaux et qui ne sont pas prêts à laisser la machine judiciaire les broyer, et pas celui des spécialistes ou relais de la justice auquel trop souvent le champ libre est laissé, parce que tout est fait pour nous conduire à le leur abandonner. Il s’agirait donc au contraire de s’habituer à ne plus déserter le champ de l’élaboration collective, et de chercher à donner un sens concret à la notion de défense collective ».

Ce vendredi 18 mars, nous nous intéresserons aux procès staliniens, en nous attardant particulièrement sur les procès de Moscou entre 1936 et 1938 (où l’étonnante redondance et ressemblance entre tous les procès – à chaque fois fondés sur des accusations historiques aberrantes, sur des silences et des mystères complets quant à la procédure, et sur une étrange fusion entre l’accusé et l’accusateur – invite à réfléchir à la mise en scène d’une procédure judiciaire dans son ensemble, c’est-à-dire au rôle politique et historique de ces procès dans un Etat totalitaire basé sur le mensonge d’être la continuation de la révolution de 1917. Comment est-ce qu’un Etat avec des moyens répressifs gigantesques fabrique-t-il de bout en bout des « vérités judiciaires » retransmises internationalement à tous les Partis communistes à l’Est comme à l’Ouest qui anonnent à leurs tours les conclusions du tribunal devenant des « vérités historiques » – à la manière de l’éternel torchon L’Humanité qui, jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’en 1953 avec l’ultime procès stalinien, s’attache en première page à la redite des sentences les plus illogiques ? Nous nous intéresserons justement à la dernière affaire judiciaire stalinienne (abandonnée 2 mois après la mort du dirigeant) : celle du dit « complots des blouses blanches ». Neuf médecins soviétiques sont accusés d’avoir assassiné deux dirigeants soviétiques et de planifier d’en assassiner d’autres. Dans cette affaire, le complotisme occupe comme toujours en URSS une place de choix, lié en particulier au fait que la majorité de ces médecins étaient juifs et que l’antisémitisme était le principal moteur de cette théorie du complot.
On pourra voir dans cette affaire que la « vérité judiciaire » construite pour des besoins politiques se nourrit des pire haines et peurs de l’époque dans laquelle elle se construit.

Démontage Judiciaire : L’incendie du Reichstag et Marinus Van Der Lubbe

Vendredi 21 janvier 19h

Saboter la machine judiciaire implique de comprendre comment fonctionnent ses rouages quand elle s’exerce, comment elle peaufine ses engrenages pour mieux nous broyer. Alors il nous a semblé pertinent de proposer des occasions de pratiquer ensemble des démontages, en se donnant le loisir d’accorder collectivement toute notre attention à des déconstructions aussi méticuleuses que possible d’affaires judiciaires précises, passées ou actuelles, pour mieux se préparer à affronter la justice et la répression quand nous nous retrouvons contraint de le faire.
Chaque affaire est singulière, et toutes ou presque pourront nous intéresser, qu’elles aient défrayé la chronique, marqué l’Histoire ou qu’elles participent d’un fonctionnement quotidien d’une justice toujours trop près de la vie de tout un chacun, et on espère que comprendre ces affaires spécifiques nous permettra d’en savoir plus sur le fonctionnement de l’ensemble du dispositif, et de trouver comment s’y opposer.

Concrètement, on propose un rendez-vous régulier et public (une fois par programme) pour plonger ensemble dans une affaire choisie préalablement selon les propositions ou occasions, et sur laquelle ceux et celles qui voudront le faire se seront penché en amont, à partir des documents et informations qu’on peut réunir selon les cas, pour restituer aux autres à la fois la construction de l’accusation et la stratégie de défense choisie ainsi que la manière dont elle s’est élaborée. On pourra ensuite tous discuter à partir de ces éléments, en s’inspirant des formes de prises en charge collective des défenses qui se sont développées dans les suites de mai 68, par exemple, mais sous une forme « désactualisée », hors des enjeux immédiats d’une défense réelle en cours. Pas besoin de connaissances spécifiques préalables, bien sûr, pour participer, d’autant plus que le point de vue que nous choisirons d’adopter c’est celui de tous ceux et touts celles qui peuvent se retrouver face aux tribunaux et qui ne sont pas prêts à laisser la machine judiciaire les broyer, et pas celui des spécialistes ou relais de la justice auquel trop souvent le champ libre est laissé, parce que tout est fait pour nous conduire à le leur abandonner. Il s’agirait donc au contraire de s’habituer à ne plus déserter le champ de l’élaboration collective, et de chercher à donner un sens concret à la notion de défense collective ».

Pour la première de ces séances qui aura lieu le vendredi 14 janvier, on a choisi de se pencher sur un le procès de Marinus Van Der Lubbe, militant conseilliste condamné à mort pour « incendie criminel couplé à une tentative de renverser le gouvernement » pour avoir incendié le Reichstag à Berlin la nuit du 27 au 28 février 1933, juste après la nomination d’Hitler à la chancellerie. En plus d’une étude de l’affaire elle-même (dans laquelle ses 4 co-inculpés, tous militants du Parti communiste allemand, ont été relaxés), c’est la place historique qui a été donnée à ce procès au fil du temps et des enjeux politiques, et la manière dont il a été relu, parfois jusqu’à la manipulation, par l’Etat nazi d’abord mais aussi par les démocraties de l’après-guerre et par le Parti communiste, les uns cherchant à le réduire à un coup de folie ou à accréditer la thèse d’un complot des nazis eux-mêmes. Nous chercherons donc à comprendre comment la « vérité judiciaire » s’est construite et comment elle a été déformée et transformée au gré des besoins politiques et idéologiques des uns ou des autres, toujours dans la perspective de vider l’acte de son sens et de sa portée subversive.

Tetsuo aurait-il voté Akira ?

Vendredi 25 mars 19h

Le coup de communication récent porté par le groupe politique Akira (débutant sur une annonce volontairement douteuse – oscillant entre la possibilité sérieuse et la blague – de candidature masquée aux élections présidentielles de 2022 et créant une plateforme téléphonique et informatique pour «rejoindre la révolution» à coups de formulaires examinés par de probables managers qui peuvent par la suite inviter les recrues à être formées…et à récolter des jouets pour Noël) n’a évidemment rien à faire dans l’histoire révolutionnaire. Nous pensons cependant que les révolutionnaires ont à réfléchir aux propositions politiques qui n’empruntent à la révolution que le nom et le potentiel de séduction.

Alors, qu’à l’avenir Akira vote pour Akira ou non, que Akira soit au final un flop total concernant trente personnes, ou une structure qui pèse dans la tentative de recomposition de la gauche en brassant de plus en plus de recrues sélectionnées, cela nul ne peut le savoir pour l’instant, mais, par contre, ce à quoi nous pouvons réfléchir dès à présent afin de forger des outils de critique révolutionnaire aujourd’hui nécessaires, c’est que Akira, qui s’organise de manière relativement semblable aux militants écologistes de Extinction Rebellion, partage avec ces derniers quelque chose que la révolution abhorre mais ne doit pas cesser de comprendre pour mieux le combattre : le Parti, sous sa forme XXIème siècle renouvellée.

Le Parti politique, qu’il soit bourgeois et parlementaire ou qu’il ait voulu organiser la révolution sous sa forme bolchévique, tient sa structure de l’organisation militaire, sous une forme plus ou moins ouvertement paramilitaire selon les contextes et les objectifs qu’il se donne : une hiérarchie, avec tout en haut un chef entouré des membres aguerris de son Etat-major, se dotant des moyens et du pouvoir d’organiser une large brassée d’exécutants – les militants du Parti. Les critiques de l’autorité, de la hiérarchie et par conséquent de la forme Parti qui ont essaimé au cours du XXème siècle et qui ont été assez largement partagées et diffusées en mai 1968 et dans les années qui ont suivi, a forcé la plupart des Partis politiques toujours avides de se mettre au goût du jour à se réformer. Aucun Parti constitué autour d’un chef et d’un Etat-major ne saurait séduire grand monde de nos jours. L’Armée même, avec ses campagnes de publicité et son retour dans la vie quotidienne des lycéens avec le Service National Universel bientôt obligatoire, joue le jeu de la forme «individualisée» où chaque paire de bras est soit-disant choyée selon sa subjectivité et ses préférences, où la hiérarchie se présente plus sous sa forme démocratique et entrepreunariale (tout le monde a en théorie le droit de se fliquer et de se dénoncer, notamment) que sous sa forme traditionnelle militaire. Alors, dans l’Armée française, dans Akira, dans Extinction Rebellion comme dans En Marche, un petit air de start up rajeunit et veut séduire. Armé du pouvoir de la communication, par des standards téléphoniques, des plateformes internet, les appelistes et Extinction Rebellion se dotent des moyens d’entreprise, faisant du marketing de la lutte en invitant ceux qui se sont inscrits à des formations et des évènements adaptés à leur profil de militant. Nous souhaiterions en partie réfléchir à ces nouvelles formes d’organisations autoritaires, surtout quand elles se présentent comme radicales. C’est une façon de poursuivre notamment la réflexion ouverte sur le léninisme et sur ses survivances dans le précédent programme, cette fois-ci par-rapport au contexte des élections présidentielles propice au renouvellement de tous les Partis…
Mais aussi, les militants d’Akira citant le Comité Invisible comme principale source théorique (qui par ailleurs avait déjà tenté une «campagne-révolutionnaire» avec le fameux (?) : «2017 n’aura pas lieu»), nous pourrons poursuivre une critique de l’Appel, en cherchant à penser en quoi est-ce que cela n’est pas anodin que la théorie avant-gardiste de ce texte accouche aujourd’hui du marketing Akira qui joue, par ailleurs, sur une esthétisation de la révolte et un imaginaire «pop-culture». Des costumes singeant ceux de Matrix jusqu’au nom : Akira, tout est fait pour jouer sur une représentation de la révolte en proposant un léninisme mixé à des cours d’école de commerce. Retracer cette généalogie (de l’Appel à Akira), replacer Akira dans un contexte historique et militant, c’est justement refuser ce que la perspective appeliste produit : l’effacement de l’histoire révolutionnaire. A une heure où il est crucial de réaffirmer des positions révolutionnaires, de penser et repenser la révolution à partir d’hier et de maintenant, lui redonner du sens, combattre toute récupération léniniste et marketing surfant sur la perte de vitesse de celle-ci durant ces dernières années semble vital, de Monoprix à Akira. Cette discussion sera donc l’occasion de réinterroger encore une fois notre héritage révolutionnaire, intrinsèquement lié à l’histoire des révoltes contre le léninisme et l’avant-garde.

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The end of the fucking world

Lundi 21 mars 19h

Charlie Covell – 2017
VOSTF (Angleterre) – 168’

The end of the fucking world narre l’histoire de deux adolescents, emprisonné dans leur vie de famille pourrie. James a un père alcoolique, sa mère est morte. Il est socialement isolé, germe des délires de meurtres et exerce avec sadisme diverses tortures sur des animaux et des insectes. Alyssa vie dans une famille tout autant dénuée d’amour, sa mère et son beau père sont bien insérés dans le monde et n’ont que faire de leur fille un peu trop turbulente à leurs yeux. Ces deux adolescents vont se rencontrer et ensemble décider de fuguer en volant la voiture de leur parent, James projetant de tuer Alyssa durant cette escapade. Cette série courte est construite comme un road-movie. Nos deux personnages vont fuir leur quotidien maussade et le glauque de leurs familles avec comme objectif un «  chez le père d’Alyssa qu’ils fantasment comme un adulte bienveillant, qui sera protecteur, aimant et saura les comprendre. Comme une fable tragiques, des péripéties morbides comme réjouissantes vont alors s’enchaîner et les faire mûrir, confronter aux adultes et à un monde qui ne comprend pas et n’accepte pas cette fuite vers la liberté qui va profondément transformer Alyssa et James.

Discussion à propos du texte Another word for « White Ally » is coward

Vendredi 11 mars 19h

Nous vous proposons de discuter ensemble sur la base du texte Another word for « White Ally » is coward, texte qui a été écrit en 2015, peu de temps après le début des émeutes de Ferguson par « a few of the many anarchists in St. Louis », et qui a été traduit par nos soin en 2020 à l’origine pour le quatrième numéro des Feuilles Antarctiques constitué autour du thème de l’émeute, et que nous rééditons pour l’occasion sous forme de brochure.
Écrit depuis l’intérieur du contexte émeutier, ce texte virulent et salutaire revient sur les dynamiques de prise de pouvoir inhérentes aux mouvements sociaux, et à la séparation des rôles des uns et des autres dans la confrontation face à l’État, notamment au moment de l’émeute. Ces rôles peuvent être de diverses natures, ils peuvent être « techniques » (ceux qui tiennent la banderole, ceux qui cassent, ceux qui soignent…) mais aussi, et c’est surtout ce point là que le texte développe, ils peuvent être définis sur la base de l’identité des participants et d’une assignation à qui serait concerné et qui, ne l’étant pas, devrait s’en tenir à soutenir, s’allier, sans aucune autonomie d’analyse, d’action ou de réaction, aux premiers concernés, alors qu’il est déjà même illusoire de penser que ces mêmes premiers concernés parlent d’une seul voix et qu’il est même clairement paternaliste de croire qu’en tant que tels, il seraient forcément tous d’accords entre eux sur ce qu’il faut faire face au sort qu’ils ont en commun.
Si une impression de consensus entoure aujourd’hui les termes « d’alliés » et de « premiers concernés », ce texte, très concret et écrit par des personnes baignant au départ dans ces catégories, semble utile pour soulever certains aspects de ce que la représentation du monde et des luttes qu’ils charrient peuvent avoir de délétère, et de rappeler que d’autres manières de lutter avec d’autres existent, ont existé, sont imaginables, d’autres manières d’être solidaires, peut-être moins paternalistes, assignantes que ces dernières, qui sont finalement très propices à des formes d’autorité circulant entre les uns et les autres, et en contradiction avec toute perspective d’organisation. A partir de ce texte, mais aussi d’exemples de luttes présentes ou passées, on pourra se demander comment les différentes entités qui interviennent, de manière plus ou moins auto-organisées et autonomes, dans une lutte ou un moment de conflictualité peuvent se côtoyer, se rencontrer, éventuellement s’opposer dans des tensions salutaires et propices au dépassement des catégories préexistantes.
Nous espérons que la portée critique de ce texte saura inviter au moins au débat, y compris contradictoire, sur des questions qui ont tout intérêt à rester ouvertes et non pas à être refermées par des termes finalement très abstraits et idéologiques, qui prétendent clore ce qui ne peut se réfléchir utilement que dans les pratiques de luttes, et en tenant compte d’une complexité réelle indéniable.

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Sound of metal

Lundi 7 mars 19h

Darius Marder – 2019
VOSTF (USA) – 120’

Un couple de musiciens vit en itinérance à travers les États-Unis, allant de concert en concert avec leur groupe de métal. Le batteur, à la suite de violents acouphènes, perd brutalement l’ouïe. Le film nous invite alors à plonger complètement dans le monde sensoriel de Ruben, qui doit faire face à ce bouleversement perceptif et à la fin probable d’une partie de sa vie. Nous le suivons aussi dans sa quête, découvrant ce qui entoure la surdité, les médecins, les implants, les autres sourds, etc. A la suite d’un film documentaire projeté lors du programme précédent, Ces sourds qui ne veulent pas entendre, sur la question des implants cochléaires (qui cherchent à restituer l’ouïe pour les sourds), on projette cette fois une fiction sur le même thème autour de laquelle nous vous invitons discuter ensemble pour poursuivre les réflexions engagées. Mais, quand bien même l’intrigue du film se structure effectivement autour de la surdité inattendue du personnage principal et autour de la question des implants qui va occuper une place assez importante, on ne saurait le résumer à cet unique sujet, dans la mesure où ce film ne cherche pas à être représentatif d’une situation générale sur ces questions, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a rien à en dire. Rendez-vous donc à la bibliothèque des Fleurs Arctiques le lundi 7 mars à 19h.

Peut-on résister au manichéisme ?

Vendredi 18 février 19h

Discussion en présence de Nedjib Sidi Moussa, écrivain de La Fabrique du Musulman. Essai sur la confessionnalisation et la racialisation de la question sociale (Paris, Libertalia, 2017) et dernièrement Dissidences algériennes. Une anthologie, de l’indépendance au hirak (Toulouse, Les éditions de l’Asymétrie, 2021)

Décodeur

Lundi 14 février 19h

Musha – 1984
VOSTF (Allemagne de l’ouest) – 87’

Berlin, début des années 80, un marginal, compositeur de musique industrielle créé sa musique à partir des sons de la ville qu’il enregistre à l’aide de son enregistreur à cassette. Il va découvrir par hasard que la muzak est utilisée pour maintenir la paix sociale et va alors tenter de trouver les sons qui briseront la normalité.
Photographie néon cyberpunk, musique industrielle, groupes d’extrême-gauche organisés en cellules ou encore alternativisme, tout dans ce film rappelle l’Allemagne contre culturel des années 80. Mais bien plus que ça, il est une tentative de mettre en image et en bande son les questionnements et expérimentations de la scène industrielle de l’époque que ce soit l’utilisation du cut-up ou la recherche du son des vies sacrifiées à la machine et du son de l’émeute, et plus généralement des thématiques déjà abordées dans des ciné-clubs précédant à savoir l’opposition entre musique composée et musique concrète et les liens entre art et révolution.

A serious man

Lundi 7 février 19h

Ethan & Joel Coen – 2009
VOSTF (USA) – 106’

Avec ce film, les frères Coen poursuivent leur exploration satirique de l’absurdité camusienne et nihiliste, après notamment The Barber. Larry Gopnik a une vie de merde, le confort relatif de la classe moyenne pavillonnaire américaine n’y peut rien. Ce protagoniste cherche des réponses, il n’en trouve pas, même auprès des rabbins. Quel est le sens de la vie et de l’existence ? N’a t elle de sens que parce qu’on lui en donne ? Existe-t-il un autre remède que l’humour et le renoncement ? Sont-ce bien, d’ailleurs, des remèdes ? Voila une belle occasion d’aborder la question métaphysique avec un mauvais esprit salutaire.

Histoire de l’antiracisme, entre luttes révolutionnaires et récupération

Vendredi 4 février 19h

Si on peut, sans trop s’avancer, affirmer que le racisme est un fléau très ancien, le fait d’affirmer explicitement qu’on s’oppose au racisme à travers le terme « anti-racisme » est plutôt récent. Ce n’est que depuis la deuxième moitié du XXème siècle qu’on se dit « anti-raciste ». Dans le contexte français, la lutte contre le racisme est inséparables des politiques migratoires et des configurations coloniales. Dans les années 50, l’État français fait immigrer en masse des ressortissants de ses colonies d’Afrique du nord, dans le seul but d’exploiter une main d’œuvre dont la résistance est rendue difficile par une précarité extrême, une répression meurtrière et le désintérêt voir l’instrumentalisation de la part des représentants auto-déclarés des luttes d’indépendances nationales. A partir des années 70, plusieurs drames vont se retrouver médiatisés et mettre en lumière les différents problèmes auxquels la plupart des immigrés sont alors confrontées au quotidien, tels que l’incendie à Aubervilliers d’un bâtiment insalubre dans lequel 5 immigrés trouvent la mort, et plusieurs meurtres qui commencent à être qualifiés de « racistes » dans les cités de la banlieue parisienne au début des années 80. Le basculement vers une politique « d’immigration zéro » et la mise en place du regroupement familial à la même période font alors émerger la question de l’intégration de populations jusqu’ici tenues à l’écart.
Du côté des luttes, alors que le communisme de Parti et de syndicats reste centré sur la figure de l’ouvrier national (le Parti Communiste Français n’hésitant pas à affirmer des positions franchement racistes), les années 70 vont voir émerger différents collectifs de lutte plus au moins auto-organisés, que ce soit sur les questions du travail, du logement, et plus tardivement, des papiers, qui vont s’opposer à cette figure mythologisée, et vont contraindre la gauche à se positionner sur la question.
Va émerger de cette transformation de la gauche, entre autres, une conception paternaliste de l’antiracisme, qui s’oppose moralement au racisme tout en défendant une conception de l’intégration qui va avec la validation du tri des migrants, à la fois de la part de l’État et chez ses relais dans les luttes elles-mêmes (de Rocard avec son fameux « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde » à SOS Racisme, officine initiée par le PS à l’issue de la marche des beurs en 1983).
Depuis, l’antiracisme moral de la gauche continue à s’affronter de fait avec les formes de luttes concrète autour des questions migratoires (travail, logement, contrôle et répression du séjour irrégulier aux frontières et à l’intérieur du territoire, enfermement administratif….)
Ces questions se polarisent avec la montée d’un racisme assumé à droite (« le bruit et l’odeur » de Chirac…) et à l’extrême droite qui poursuivent les représentations coloniales d’une infériorité raciale qui justifierait la domination et l’exploitation d’une main d’œuvre immigrée dont on a, en même temps, ouvertement besoin.
Cette thématique traverse de fait les luttes sur le logement, les conditions de travail et les droit sociaux (comme par exemple les luttes autour des foyers Sonacotra dans les années 70, des régularisations en 1981, de luttes de sans-papier en 1996) qui luttent de fait sur la question du racisme sans nécessairement en faire leur sujet central – ce qui est plutôt réservé aux récupérateurs, qui ont tout intérêt à placer au centre de leurs perspectives un simple changement de mentalité, en lieu et place d’un changement radical des rapports sociaux. A l’inverse, les conditions produites par les formes de politiques d’intégration mise en place depuis les années 1970 ont permis l’émergence d’un antiracisme aux revendications bourgeoises et racialistes (représentation politique et médiatique, reconnaissances officielle, réformisme sécuritaire) qui instrumentalise notamment la question policière tout en se désintéressant de la question migratoire.
Nous nous demanderons que faire de cette histoire des luttes, de ce qui les a traversé, des contradictions qui s’y sont exprimées, alors que le racisme est toujours là, et se retrouve même à polariser les débats de la période électorale, qu’il sert toujours d’appui aux politiques xénophobes, alors qu’une nouvelle proposition d’ « antiracisme politique », fondé sur la validation du concept de race, affirme s’opposer à l’antiracisme moral de la gauche, et que la crise migratoire s’approfondit, ainsi que les tentatives désespérées pour échapper au contrôle, à l’encampement et au tri des migrants aux portes de l’Europe (voire à l’utilisation comme monnaie d’échange diplomatique…),
Il est clair que, aujourd’hui comme par le passé, lutter contre les racistes et contre le racisme est vital et qu’aucune perspective émancipatrice ne peut se désintéresser des questions liées aux migrations et aux frontières. Il est donc particulièrement nécessaire de réfléchir ensemble à la manière dont on peut et veut lutter sur ces questions.

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