[Distro] Appel à soutien financier pour la sortie des n°3 et 4 de Des Ruines

Nous recevons et diffusons :

La revue devrait sortir sous la forme d’un double numéro (3/4) dans les semaines à venir, malgré des difficultés financières certaines, puisqu’elle contiendra plus de 300 pages reliées au format habituel. Elle est donc coûteuse à produire, et c’est ce qui retarde désormais sa sortie. Il est déjà possible de faire un don de soutien (par exemple via paypal ou par chèque) et/ou pré-commander un ou plusieurs exemplaires pour aider à sa publication. Vous serez alors parmi les premiers à recevoir la revue. Elle contient de nombreuses contributions inédites de toutes sortes (écrites, graphiques, etc.) et nous garantissons présomptueusement qu’elle saura susciter beaucoup d’intérêt chez celles et ceux qui ont apprécié les numéros précédents, et plus encore. Des exemplaires des deux numéros précédents sont encore disponibles (pas pour longtemps), contactez-nous pour les points de diffusion physiques actifs en ce moment. Des versions PDF de ceux-ci seront mises en ligne sur le blog dès la sortie papier du nouveau double numéro. Cela n’enlèvera rien au fait, sans aucune considération morale, que nous conseillons, à titre indicatif, et préférons, sa lecture sur papier comme cela fut expliqué dans un édito.

Pour plus d’informations nous contacter : desruines(at)riseup.net
https://desruines.noblogs.org/


Aperçu du sommaire

Les trois grands dossiers :

  • Religion et Modernité – De nouvelles analyses pour de nouveaux enjeux  ?
  • Sociobiologie, quand la science justifie la domination sociale
  • Godzilla et les kaïju, le Béhémoth de la révolution

Mais aussi un nouvel édito toujours trop long et trop colérique et des mini-dossiers sur la machine à expulser, nationalisme, régionalisme et contre-cultures, des éclats de révolte d’écoliers et de lycéens du dernier siècle, les stérilités identitaires, les anarchistes durant la guerre de 14-18, des débats sur l’écriture inclusive et l’organisation en non-mixité, et de nombreuses autres inactualités actuelles et actuelles inactualités sur les perspectives anarchistes et révolutionnaires.

De bruit et de fureur – Mercredi 7 novembre à 19h

Jean-Claude Brisseau – 1988 – France – 1h35

Mercredi 7 novembre à 19h

De bruit et de fureur nous narre l’histoire de Bruno, un adolescent dont la grand-mère est morte et qui va déménager à Bagnolet chez sa mère. Sa mère rentrant tard le soir, il vit dans la quasi solitude avec pour seuls compagnons un petit oiseau en cage et les mots que sa mère lui laisse de temps en temps pour lui rappeler d’aller à l’école. A l’école il fait la connaissance de Jean-Roger, la terreur de l’école. La prof, l’administration, l’assistante sociale ont peur de lui et de sa famille atypique, particulièrement violente. On va ainsi suivre à la fois la relation entre Bruno et Jean-Roger et la relation pédago-poétique entre Bruno et sa prof.

Le film nous plonge dans un décor violent et nihiliste, composé de règlements de compte par la torture entre ados de gangs opposés, de viols, d’attaques sur les flics au cocktail molotov, et de fusillades. Il nous parle de la famille à travers son l’absence pour Bruno, comme à travers la brute présence de celle de Jean-Roger. La mise en scène porte une réflexion et une critique de l’urbanisme : le décor en huis-clos ne nous laisse pas entrevoir autre chose que l’école, la famille et les grandes tours de Bagnolet. On peut également y voir un questionnement sur l’altérité par le rêve et le réel qui s’exprime avec les personnages de Bruno et de Jean-Roger.

Refuser de parvenir ? – Vendredi 12 octobre à 19h


Vendredi 12 octobre à 19h

– Pour quoi faire ?

Le refus de parvenir appartient à la tradition anarchiste et anti-autoritaire ; il a été largement véhiculé par les milieux individualistes de la Belle Epoque de tendance éducationniste et a pu parfois être grossièrement compris comme un refus de gagner de l’argent dans un monde où la subsistance passe par l’exploitation, servant alors un argumentaire alternativiste à tendance « décroissant ». Mais elle a aussi pu désigner un refus conséquent de s’adapter aux impératifs de ce monde pour s’y faire la meilleure place possible. Nous pouvons en effet l’utiliser dans un autre sens, en y voyant l’occasion de remettre en question la notion de réussite et l’utilisation qui en est faite par ce monde.

En effet, dans un contexte où les conflits au travail tendent de plus en plus à se retrouver neutralisés par la pacification des rapports sociaux (par exemple sous l’effet de l’application des nouvelles théories du management ou grâce au rôle historique de cogestion des syndicats), avoir comme perspective de carrière le fait de passer du côté du commandement, de vouloir devenir DRH quand on est employé, manager quand on est caissier, et d’endosser le rôle qui va avec n’est plus ni un problème ni une trahison., et ce quoi qu’on en dise ou même qu’on en pense.

Alors que des épiciers révolutionnaires presqu’à la mode se proposent de se faire élire dans « des communes en commun » et de « tisser des liens jusqu’au cœur de l’appareil d’Etat » (mais rien à voir avec un plan de carrière), ou qu’un « auto-media » comme Lundi Matin veuille rivaliser avec Vice, alors que le principe de compétition s’étend à toujours plus de sphères de la vie et des aires subversives, nous pensons intéressant de réactualiser les questionnements autour du carriérisme, et de ce que cela implique quant au devenir de tous et de chacun. Ainsi, la notion de refus de parvenir permettrait de penser avec un recul critique ce que ce monde nous demande de devenir, et d’envisager des possibilités de le refuser.

Aujourd’hui, chez les contestataires de tous horizons, c’est dans le rapport à l’université que la question du désir ou du refus de parvenir se pose avec une acuité particulière. La frontière entre les luttes et leur étude sociologique par exemple, ou entre insurrection, réflexion sur l’insurrection et étude de l’insurrection au profit de l’Etat dans un but contrinsurrectionnel se fait tellement poreuse que « contester » peut-même devenir un moyen de parvenir. Des cas emblématiques pourront utilement être abordés, sans constituer pour autant l’objet principal de cette discussion, qui vise à la réflexion plutôt qu’à la dénonciation.

Plus généralement, on pourra questionner le devenir des contenus intellectuels sous les conditions de la carrière universitaire. Dans un contexte où une tendance de la pseudo-radicalité se développe à partir de thèses universitaires (voir les suites de la French Theory, des post-colonial studies, gender studies, post-modern studies, et autres post-post studies), questionner la pertinence des savoirs développés au sein des carrières universitaires et de tout ce qu’elles impliquent en termes de choix de vie et de pensée nous paraît essentiel.

Nous proposons donc, dans cette discussion, de réfléchir aux positions possibles vis-à-vis de l’exigence omniprésente de réussite, ainsi qu’aux conditions d’une critique radicalement opposée à ce monde.

L’énigme de Kaspar Hauser – mercredi 17 octobre à 20h [horaire modifié]

Werner Herzog – 1974 – 1h50 – RFA – VOST

Mercredi 17 octobre à 20h [horaire modifié]

En 1828, un jeune homme est trouvé un beau matin sur la place de la petite ville allemande de Nüremberg. Il est adossé à un mur car ses jambes ne le portent pas, ne sait ni marcher, ni parler, à part pour répéter une unique phrase : « cavalier veux comme père était » et pour écrire maladroitement de son nom. Il passera de mains en mains, du geôlier de la prison dans laquelle il est d’abord enfermé, à Ludwig Feuerbach qui l’éduque et l’étudie, en passant par divers montreurs de monstres, il fascine, la nouvelle de son existence parcourt l’Europe, on veut le voir, l’étudier, l’approcher. Sa mort mystérieuse (il est poignardé par son premier geôlier) redouble le mystère de sa généalogie (il serait un héritier caché de la maison de Bade qu’on aurait enfermé par peur de verser du sang royal).

Mais l’énigme que Werner Herzog filme en suivant scrupuleusement les diverses notes et compte-rendus que ceux qui l’ont pris en charge dans cette époque positiviste ont produit, c’est surtout l’énigme de cet enfant devenu adulte sans contact humain et sans soin autre que ceux très minimaux de son mystérieux geôlier, et qui pourtant, contrairement aux autres « enfants sauvages » pour lesquels le XIXème et une partie du XXème siècle se passionne, se met à parler, à apprendre, accepte des formes de sociabilisation, qui ont intéressé jusqu’aux penseurs de l’enfance et de l’éducation du XXème siècle comme Winnicott ou Dolto. Il nous montre aussi la nature de ces regards posés sur lui, bien ou mal veillants, scientifiques ou attentifs, toujours à la limitede la réification, et renouvelle par le film lui-même la curiosité pour cette altérité radicale qui fait l’intérêt de ces histoires toujours mythifiées des « enfants sauvages », de Romulus et Rémus à l’enfant oiseau découvert dans la banlieue de Moscou dans les années 90. Voir ce film ensemble sera l’occasion d’initier une réflexion sur ce phénomène qui incarne et exemplifie l’altérité irréductible de l’enfance.

La féminisation du langage libère-t-elle les femmes ? – Vendredi 16 novembre à 19h

Vendredi 16 novembre à 19h

Pourquoi, au sujet de la féminisation des textes — ou « écriture inclusive » —semble-t-il impossible de penser hors des sentiers imposés d’un côté par un certain féminisme, radical seulement dans son avidité réformiste, et de l’autre par des réactionnaires défendant corps et âmes la langue française et son caractère traditionnel.

Questionner et remettre en cause ce qui se présente, sans aucun approfondissement, examen ou bilan, comme une revendication évidemment émancipatrice, comme une pratique soi-disant anodine (mais en réalité foncièrement normative), n’est-ce-pas une nécessité dans le cadre d’une critique qui se voudrait radicale ? L’écriture inclusive se veut une solution linguistique technique au sexisme bien ancré dans ce monde, et qui, lui, n’est pas un problème seulement technique. Cette pratique viserait donc à « visibiliser » les « femmes » dans une langue où « le masculin l’emporte sur le féminin ». Mais très peu de réflexions approfondissent ce qui sous-tend et ce qu’implique cette pratique pour la manière de penser la langue, la domination, la poésie, la norme, le genre, l’intervention et in fine, sur ses perspectives, sa pertinence et la trouble réalité de ses effets. En effet, ses objectifs ayant traits à l’émancipation ne sont à aucun moment remplis.

Nous proposons donc une discussion publique à partir d’un texte du même nom, à paraitre dans le double-numéro prochain de la revue anarchiste apériodique Des Ruines, sur ce sujet d’actualité dont l’État et les institutions se sont déjà saisi avec approbation.

 

Il n’y a pas de catastrophes naturelles – Vendredi 21 septembre à 19h

Vendredi 21 septembre à 19h

On se propose de réfléchir ici à partir d’une affirmation à la fois étrange et évidente : “il n’y a pas de catastrophe naturelle”. De la gestion des populations à travers le modèle de la gestion de la catastrophe à venir, aux théories de la catastrophe qui nous invitent à attendre l’écroulement prévu du capitalisme, en passant par cette manière de s’étonner que cette bonne mère nature n’accompagne pas tranquillement l’urbanisation et le profit, on pourra explorer ce que cette proposition nous permet de comprendre du monde et de sa gestion. Poser ainsi cette question, c’est en fait retrouver les traces de la polémique qui a suivi le tremblement de terre de Lisbonne en 1755. A Voltaire qui s’afflige des vies perdues et en blâme la nature et ses catastrophes qui démontrent que ce monde n’est pas “le meilleur des mondes possibles”, Rousseau oppose alors l’idée que le désastre de Lisbonne tient bien plutôt à la présence d’une ville à cet endroit, et non au fait qu’un séisme y ait eu lieu. Et, en effet, considérer Fukushima comme une “catastrophe naturelle” causée par un tsunami, ou comme une catastrophe nucléaire change beaucoup de chose…

Or, dans la version plus contemporaine de ce monde, comme pour de nombreuses pensées, l’idée de catastrophe naturelle semble plus que jamais présente – qu’elle soit perçue comme permanente, ou comme un argument pour l’intensification de la gestion sécuritaire de nos existences. Mais quelques exemples – comme celui de l’éruption de la Montagne Pelée en Martinique en 1902, ou le naufrage d’un ferry en Corée en 2014 – suffisent à montrer que la dimension « catastrophique » de ces événements tient aux décisions politiques et économiques de l’humanité plutôt qu’aux événements dits naturels : ainsi, la « catastrophe » de la Montagne Pelée n’aurait pas eu lieu si le gouverneur n’avait pas préféré à l’évacuation des populations se préoccuper de maintenir les élections législatives qu’il était en mesure de gagner ; ou encore, le naufrage du ferry en Corée n’aurait pas eu lieu si sa cargaison n’avait pas excédé ses capacités. Pourquoi, alors, persister à appeler ces événements des « catastrophes naturelles » ? Car en fin de compte, cela revient à rendre « naturelles » des tragédies pourtant causées par des décisions politiques, tout autant que cela « catastrophise » des phénomènes environnementaux.

Nous proposons donc de partir de l’idée qu’il « n’y a pas de catastrophes naturelles » — comme l’affirmait une affiche collée sur les murs de Florence et Paris en 2011 après la catastrophe (nucléaire !) de Fukushima – pour réfléchir à la catastrophisation de la « nature », autant qu’à la naturalisation des « catastrophes ». Nous proposons donc d’envisager de façon critique l’usage que ce monde fait des notions de « nature » et de « catastrophe », notamment à travers une gestion tour à tour catastrophiste ou excessivement rassurante de ce type d’évènements.

La Vénus noire – Mercredi 26 septembre à 19h

Abdellatif Kechiche – 2010 – France – VOSTFR – 1h59

Mercredi 26 septembre à 19h

Kéchiche reprend ici une des histoires les plus banalement terribles occasionnées par le racialisme à base scientifique du XIXème siècle, celle de Saartje Bartman, embarquée pour Londres depuis l’Afrique du sud avec son maître pour ce qu’elle pense être une carrière d’actrice, et qui sera exhibée de Londres à Paris pour ses particularités physiques, à l’époque où l’on se repaît du spectacle des femmes à barbes dans les foires et des « indigènes » dans les zoos humains. Celle qui sera « célébrée » avec une ironie méprisante et cynique comme « la Vénus noire » ou « la Vénus hottentote » sera observée, moquée, violée et utilisée comme objet sexuel, et finira objet de science sous le regard pas moins réifiant de l’anatomiste Cuvier. Son corps disséqué, ses organes sexuels mis en bocaux dans du formol, son squelette reconstitué et le moulage de son corps seront exposés au musée de l’homme jusqu’en 1974, puis seront remisés dans les réserves du même musée pendant 30 ans avant de n’être rendus à l’Afrique du Sud pour être inhumé qu’en 2002.

Le film de Kechiche nous conduit à accompagner le parcours de cette femme qui traverse les classes sociales et les regards, monstre de foire dans un quartier populaire de Londres, objet de distraction sexuel dans les salons de la grande bourgeoisie parisienne, objet d’étude disséqué du regard par la science avant de l’être au sens propre, elle est toujours et de plus en plus constituée en monstre que l’on dé-monstre. Il nous fait traverser avec elle ces regards fascinés, radicalement humiliants et sadiques, et nous permet de mesurer ce que le racialisme, avec et sans la science, fait à l’altérité, altérité liée ici aux particularités physiques de cette femme tout autant qu’à son genre (elle est « Vénus » et « noire »). Les regards que cette époque portent sur son corps, cette manière de la mettre en scène, que ce soit sur un stand de foire ou sur une table de dissection, la réduisent à l’étrangeté de sa manière d’être « femme » et de sa manière d’être « noire », et c’est son humanité singulière qui se retrouve irrémédiablement perdue, ensevelie et anéantie par ce qui la réduit à un genre et à une race. En insistant sur ce que lui font et lui retirent ces regards, ce film, qui nous fait à la fois regardés et regardants, scrutés et voyeurs, nous montre comment c’est un rapport au monde et à l’humanité que le regard sur l’altérité engage.

Programme de septembre à novembre 2018

 

 

 

 

 

 

Consulter/télécharger le programme de septembre à novembre 2018 pour lecture web.

  • Permanences : samedi 16h – 19h
  • Ciné-club : mercredi – 19h
  • Groupes de lecture : dimanche – 15h30

 

 


 

Edito :

Voilà que la rentrée et sa normalité nous ont pris, comme à chaque fois, par surprise. Les écoliers font leur cartable et vont s’asseoir sur les bancs de cette école qui les prépare à rentrer pour la vie dans la vraie vie, à leur place dans le travail, les étudiants sont dûment sélectionnés et vont découvrir la filière qu’on leur réserve, les salariés ont terminé leurs vacances et soignés leurs insomnies pour avoir l’air plus efficaces et productifs, les métros recommencent à embarquer leurs cargaisons d’êtres humains hagards le matin et épuisés le soir (ou l’inverse), les chômeurs et autres RSAstes se remettent à faire semblant de vouloir un emploi pour ne pas perdre les allocs qui ne leur ont pas permis de quitter Paris cet été, bref, c’est la rentrée, et tout est normal.

Pourtant, il paraît que quelque chose a frémi au printemps, il paraît qu’on aurait pu tout bloquer, à commencer par le bac, minimalement, et puis bien plus peut-être, et qu’on aurait pu ne pas rentrer cette fois-ci. Mais le mouvement est parti en vacances, et tout s’est arrêté, encore une fois.Alors, pour nous qui portons dans nos cœurs des monstres qui portent sans doute dans leur cœur un monde nouveau (voir le cycle sur les Kaiju), il est urgent de commencer, de recommencer, et de continuer à réfléchir, à discuter, à proposer des occasions de se retrouver d’où qu’on vienne pour lire, voir des films de gros monstres qui portent dans leur cœur un monde nouveau, pour commencer et recommencer et continuer à attaquer ce monde et à faire la révolution sans l’attendre.

En discutant de la religion et de ses liens avec la modernité (le 23/11), on propose de reposer des vieilles questions qui posent de nouveaux problèmes. Ce qui ne nous empêchera pas d’ouvrir de nouvelles questions, qui traînent dans l’air du temps, pour y retrouver de vieux problèmes, par exemple en se demandant si la féminisation (ou écriture « inclusive ») est vraiment en mesure de libérer « les femmes » ou d’inclure les exclus (le 16/11).

Pour prolonger ce qui a pu sourdre du mouvement de ce printemps, contre la sélection et la réussite aux conditions de ce monde, ce qu’elle fait à chacun et en particulier aux aires subversives, on discutera du refus de parvenir (le 12/10).

Et puis on retrouvera le fil d’une réflexion plus ancienne qu’il n’y paraît en déployant ce que peut vouloir dire cette affirmation aussi étrange qu’évidente : « il n’y a pas de catastrophe naturelle » (le 21/09).

• Dans les groupes de lectures, le dimanche à 15h30, on lira une fois sur deux des textes autour de la question de la technologie et de sa critique, l’autre fois permettra de lire des textes courts qu’on choisira sur le moment en fonction des propositions qui seront faites sur place (on peut donc venir avec les siennes).

• La plupart des mercredi soirs, on projettera des films dans le but d’en discuter et d’alimenter un souffle révolutionnaire qui en a tellement besoin. On rencontrera certains des gros monstres dont il a été question plus haut, ou d’autres créatures pas moins passionnantes. Les enfants auront aussi leur ciné-club, si ça leur dit.

• Pendant les permanences, le samedi de 16h à 19h on peut se rencontrer, parler du projet, proposer des initiatives diverses, faire part de remarques variées, se procurer des publications qu’on diffuse, en emprunter, en apporter pour la bibliothèque ou en proposer pour la diffusion…

Autant d’occasions de chercher la sortie de cette rentrée…


Dans le programme, on pourra consulter les textes pour chaque événement :

Brazil – Mercredi 12 septembre à 19h

Terry Gilliam – 1985 – Royaume- Uni – VOST – 2h

Mercredi 12 septembre à 19h

Dans un monde où l’erreur n’est tout simplement pas possible, où même une bombe dans un magasin ou un restaurant ne saurait ouvrir de brèche dans la vie parfaitement maîtrisée par le pouvoir, où le temps de vie est optimisé pour le travail, où il ne semble pas y avoir d’issue envisageable, dans ce monde entièrement bureaucratisé, la seule chose qui soit permise à Sam Lowry, un fonctionnaire lambda, c’est de rêver. Permise jusqu’à ce qu’il veuille enfin se donner les moyens de réaliser son rêve. Celui d’être avec la personne qu’il aime à travers ses rêves, quitte à se mettre à dos sa mère, son patron, ses collègues, la Justice. Mais, de toute évidence, Sam ne les a jamais vraiment supportés. Il est l’éternel inadapté de ce monde qui semble si bien s’accepter. Ici, seules les ambitions de promotions sont autorisées et doivent pousser à vivre, certainement pas les rêves. A côté du monde bourgeois dans lequel a vécu Sam Lowry, existe aussi un monde de misère dans lequel les enfants s’amusent à jouer aux interrogatoires et à brûler des voitures de fonctionnaires alors que des rebelles pratiquent la réparation subversive de tuyaux.
Le réalisateur Terry Gilliam apporte à cette dystopie une esthétique plastique cauchemardesque à base de tuyaux emmêlés, de murs vides, de bâtiments sans vie, de halls d’entrées déserts. Au fur et à mesure que Sam s’approche de la possibilité de réaliser son rêve, le décor se trouve dégradé et même son onirique idylle se transforme en cauchemar. L’esthétique se décompose progressivement, devenant de plus en plus improbable, jusqu’à l’absurde le plus drôle et tragique.Toutefois, si le monde qui nous est décrit est horrible et totaltaire en tous points, il est, tout comme le film, et c’est notable, dépourvu de tout cynisme. N’est-ce pas rafraîchissant ?

Blue Collar – Mercredi 3 octobre à 19h

Paul Schrader – 1978 – Etats-Unis – VOSTFR – 1h54

Mercredi 3 octobre à 19h

Zeke, Jerry et Smokey travaillent dans la même usine de construction automobile aux États-Unis depuis des années. En dehors de l’usine, ils forment une bande de potes qui dépense leur temps et leur salaire pour se réunir au bar, pour boire, se droguer ou baiser loin de leurs familles. C’est leur seul moyen de supporter l’exploitation quotidienne. Comme la plupart des ouvriers, ils ont bien compris comment le syndicat travaille main dans la main avec les patrons et les contremaîtres pour la bonne gestion de l’usine. Les auto-proclamés représentants des ouvriers ne servent qu’à pacifier les conflits et la rage intériorisée par les ouvriers de peur de se retrouver au chômage. Et quand ça ne suffit pas, ils se donnent les moyens de faire taire la révolte. Les problèmes ne s’arrêtent pas à la sortie de l’usine : Zeke se retrouve à devoir payer une amende colossale par rapport à son salaire parce qu’il fraude les allocations familiales. Pour sortir de ce quotidien de misère, il propose à ses amis d’aller chercher l’argent là où il se trouve : dans les caisses… du syndicat.

Blue Collar nous fait partager les difficultés, les espoirs et les déconvenues de ces ouvriers qui n’accordent aucune révérence à leur outil de travail ou à ce qu’ils produisent. Blue Collar reste un film particulièrement drôle, qui parvient à transmettre toute la vitalité de ce groupe d’amis. L’intérêt de projeter un tel film aujourd’hui se comprend très bien par ses scènes remplies d’un humour piquant qui visent juste sur de nombreuses questions : l’enfer des chaînes de montage, le rôle du syndicat dans l’usine, le racisme et la question raciale dans le contexte particulier des Etats-Unis, les rapports familiaux et la misère qui les enterrera tous, à moins qu’ils ne parviennent à s’en tirer avec assez d’argent pour ne plus jamais avoir à travailler…