Ces sourds qui ne veulent pas entendre

S. Massiah et A. Del Rey – 2012
France – 52’

Mardi 23 novembre 19h

Ce film documentaire, sorti en 2012, traite de la question des implants cochléaires. Réalisé par un collectif de sourds et d’entendants, il propose un autre regard que celui du corps médical sur cette technologie, apparue dans les années 80 aux États-Unis, promettant de « réparer » les sourds, leur redonnant l’ouïe. Depuis quelques années, des thérapies géniques prétendent pouvoir reconstituer l’audition pour certaines formes surdités. Tout problème doit pouvoir trouver une solution dans la technologie, et si une technologie existe pour le « résoudre », alors elle doit être utilisée. On n’arrête pas le progrès ! Sauf que. Sauf qu’être sourd, ce n’est pas simplement une condition auditive, c’est aussi, dans certains cas, une langue, la langue des signes. Sauf que chercher à «réparer» les sourds pour les rendre entendant est toujours un point de vue normatif qui considère qu’il vaut mieux ne pas vivre que de vivre sourd, surtout si l’on ne parle pas. Sauf qu’il y a beaucoup de personnes pour qui ces implants ne fonctionnent pas. Sauf que même quand on apprend à oraliser, à entendre avec des implants, on ne devient pas pour autant entendant. Sauf que des sourds s’y opposent et défendent l’accès à la langue des signes dans l’éducation des enfants sourds.

Les sourds, depuis l’émergence de la LSF (langue des signes française), au 18ème siècle, ont connu l’interdiction de leur langue (considérée comme incapable d’exprimer les subtilités de la pensée) suite au congrès de Milan en 1880 opposant les gestualistes et les oralistes. Ce n’est que depuis les années 1970-80 que des sourds se revendiquent Sourds. L’approche cherchant à faire disparaître la langue et la culture héritée d’un rapport essentiellement visuel au monde, n’est donc pas nouvelle. Seulement, si avant c’était davantage par l’éducation et la rééducation pour apprendre à parler, (aussi parce que «au début était le verbe», pas le signe pour les religieux), ce qui a traumatisé de nombreux sourds, interdits d’utiliser leur langue à l’école, c’est aujourd’hui d’avantage par une médicalisation de l’oreille que la société pense rendre ces sourds intégrable au monde (du travail bien sûr).

Venez donc le 23 novembre à 19h pour réfléchir ensemble à cette question, et plus largement au mythe du Progrès, au pouvoir de la religion et de la science sur les corps, et à toutes les questions qui émergeront après ce documentaire.

Programme de la bibliothèque d’octobre à décembre 2021

Après la crise sanitaire et sous la constante menace d’une reprise de la pandémie, on peut se demander : que peut-il se passer de subversif en sortie de crise ? Et d’ailleurs, sortons-nous d’une crise comme nous y sommes entrés ? Dans un monde capitaliste, le propre de la crise semble toujours d’être un moment où se redéfinit les modalités de gestion de la société. Les mesures temporaires sensées être adaptées à une situation exceptionnelle trouvent toujours leur chemin pour s’ancrer dans le quotidien post-crise et se normaliser. Qui se souvient des rues de Paris (et d’autres grandes villes) sans patrouille de militaire au coin des rues, sans plan vigipirate ? Qui, demain, se souviendra d’un monde sans pass sanitaire ? Loin de nous l’idée que le monde pré-covid ou encore pré-attentat serait un monde plus enviable ou dénué de tout contrôle, mais plutôt que le phénomène de crise à cette particularité de changer les standards au-delà de son délai supposé.
Les élections qui arrivent s’appuient comme d’habitude sur ces crises pour alimenter les débats où s’étalent les fausses contradictions qui permettent aux candidats d’affirmer leurs différences. Le 23 octobre, nous nous demanderons ensemble où trouver de la subversion dans cette période électorale et d’où elle a pu surgir durant les précédentes.
Mais la crise la plus diffuse et dont l’urgence monte plus vite que le niveau des eaux est celle de l’écologie, sujet phare de notre époque, que ce soit à l’assemblée nationale, dans les débats télévisés ou dans les aires subversives. C’est pourquoi nous discuterons de la possibilité d’un lien entre écologie et révolution le vendredi 19 novembre et de la place des révolutionnaires dans le combat écologique et inversement.
La discussion du vendredi 3 décembre portera sur le rapport entre norme et révolution, sur ce que la critique de la norme comporte de subversif, et sur ce que les aires à prétention révolutionnaire constitue ou ont pu constituer comme normes parallèles, que ce soit en leur sein ou avec l’intention de les diffuser par delà ses limites. On pourra aussi se demander si la critique de la norme remplace celle de l’Etat et du Capital, si elle se substitue à la perspective révolutionnaire.
Enfin, à une époque où d’un peu partout semble monter une défiance à l’encontre de l’hypothèse révolutionnaire, on se demandera si vraiment, révolte et insurrection lui serait substituable, et s’il n’est pas plutôt dangereux de faire jouer l’une ou l’autre de ces trois notions contre les deux autres.

L’écologie révolutionnaire est-elle ?

Vendredi 19 novembre 19h

Vendredi 26 novembre 19h

 

Depuis les années 70 et l’invention de « l’écologie politique », la question écologique s’impose dans les débats politiques, aussi bien parlementaires qu’extra-parlementaires, de plus en plus sous la forme de l’urgence et du catastrophisme. Tous les différents partis qui se disputent le pouvoir d’État s’en emparent, une tendance croissante du capitalisme évolue dans le sens d’un capitalisme vert pour pouvoir continuer sa bonne marche, pour préserver l’exploitation du vivant dont il a besoin pour maintenir son bon développement. La technologie et l’industrie se transforment dans ce sens en tendant leurs bras vers les étoiles pour y trouver de nouveaux horizons à coloniser. Le débat écologique, largement et faussement présenté comme détaché du terrain politique et baignant dans une neutralité bizarre de l’évidence est pourtant bien un débat construit, codifié, souvent réactionnaire dans le mouvement qu’il cherche à opérer dans l’histoire et progressiste dans sa réalisation, et comme les autres idéologies ses implications, perspectives et pratiques doivent être discutées et non pas ingérées aveuglément. En effet l’écologisme possède aujourd’hui  de nombreuses tensions et tendances, avec ses droites, ses gauches, ses réformismes et ses radicalités. Et quelque part dans ce foisonnement de perspectives essaye de se dégager une position subversive qui avance que la préservation de ce qui vit est une perspective souhaitable mais qu’elle nécessite la destruction de l’État et du capitalisme. La réflexion autour du rapport entre l’humain et la « Nature », notion elle même discutable, et le reste du monde vivant, n’est d’ailleurs pas nouvelle du tout, puisqu’en philosophie où chez des penseurs révolutionnaires classiques comme Bakounine ce sujet est travaillé de nombreuses manières, même si il ne s’appelle pas «éco» et que cette approche classique comporte sûrement d’intéressantes différences avec l’approche moderne que nous pouvons côtoyer aujourd’hui. C’est pour mettre en question cette position à prétention radicale que nous proposons de discuter aux Fleurs Arctiques d’un possible (ou non) écologisme révolutionnaire, pour discuter ensemble de ce que cette position apporterait (ou non) à l’élaboration collective d’un monde sans maîtres, des formes de conflits qu’elle aura pu susciter concrètement dans l’histoire des luttes et de ceux qui la traverse.

Norme et révolution

Vendredi 3 décembre 19h

Avec le mouvement de mai 68 s’est développée de manière diffuse dans les luttes et dans les milieux universitaires une critique de la norme suivie d’une analyse des marges, des exclus, des laissés-pour-compte de la société. L’idée posée par cette critique est que le marginal est subversif et qu’il ouvrirait en se mettant en lutte une faille dans la norme et par extension dans la société, et que c’est dans cette faille que nous pourrions nous engouffrer pour la remettre en question, la réformer ou la détruire, suivant les perspectives. Ainsi le genre, la famille, le travail, l’identité, autant de catégories et de concepts normatifs piliers de la société, se sont vus mis à mal par ces révoltes, en pratique et en théorie, et, en opposition, les tendances réactionnaires de ce monde tentent toujours de réhabiliter, de défendre et d’asseoir ces normes. Ont suivis au mouvement des chômeurs, les luttes contre les CRA (Centre de Rétention Administratif, c’est-à-dire les prisons pour sans-papiers) et bien d’autres, que nous pouvons peut-être lire aujourd’hui comme symptomatiques de cet héritage de mai 68, qui est aussi venu briser les habituels standards militants, partisans et syndicaux, rigides, classiques et mortifères et permettre l’ouverture de différents champs de luttes. Mais cette critique vivifiante de la norme soulève par ailleurs d’autres questions quand le mouvement global de la critique libertaire se tourne vers l’abandon des perspectives révolutionnaires de destruction concrète de l’Etat et du Capital. En effet cette critique de la norme a pu, au fil du temps et dans un mouvement étrange de la pensée, se substituer à l’élaboration d’une perspective large et radicale en concentrant les efforts politiques sur des questions toujours plus auto-centrées, toujours plus axées sur les relations interpersonnelles et les formes de dominations qui peuvent s’y trouver, toujours moins larges. La critique de l’Etat et la volonté collective de le détruire se voient effacées sous celle de la part d’Etat que l’on trouverais en chacun de nous, et ainsi la révolution est reléguée au rang des totalitarismes défaits par l’Histoire en même temps que l’URSS, et les perspectives ne peuvent alors plus se concevoir avec ambition. Cette focalisation de la question de la norme peut également amener la cristallisation de toutes les questions et de toutes les pratiques autour d’elle, accompagnant le développement des idées bien démocrates de contre-norme, de contre-culture, de contre-pouvoir (citoyen, partisan et militant). Tout ceci pourrait être désigné comme la « post-modernité ». La critique de celle-ci et de la pensée de la norme qu’elle porte tombe bien souvent dans des critiques complètement réactionnaires, et ce de deux manières. Soit lorsque cette critique est formulée par certains courants de la droite et l’extrême droite, soit lorsqu’elle est faite par des révolutionnaires qui veulent faire table rase de cette critique de la norme et du caractère subversif qu’elle peut avoir. Ce refus de la subversion chez certains révolutionnaires critiques de cette notion, en plus de faire l’impasse sur ce que peut avoir de révolutionnaire la subversion liée de la norme, retombent de fait dans des conceptions de la Révolution d’avant 68, comme si tout ce qui avait été pensé à ce moment-là était à jeter puisqu’il a engendré cette post-modernité qui abandonne la Révolution. Puisque se pose alors le besoin de critiquer cet abandon des perspectives révolutionnaires au profit de l’obsession totale pour la question de la norme, il nous faut veiller également à ne pas voir cette critique retomber dans un classicisme réactionnaire qui nous mènerait à une impasse historique, à la défense du non-marginal, du non-subversif, et pour finir du normatif. Pour participer ensemble à cet important débat d’époque qui est la place des perspectives révolutionnaires dans les luttes, pour faire exister nos contradictions si précieuses, pour questionner les formes que peut prendre cet héritage de mai 68, pour critiquer le progrès et la réaction, pour critiquer la Norme, l’Etat et le capitalisme (et peut-être pour certains.. la Révolution) retrouvons nous le 3 décembre aux Fleurs Arctiques.

Sound Of Noise

Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson – 2010
VOSTF (Suède) – 102’

Mardi 7 décembre 19h

On n’est pas là pour jouer de la flûte.

Deux percussionnistes décident de rassembler une équipe de musiciens pour mettre à exécution un projet d’attentat musical en utilisant la ville comme instrument, et en semant le désordre là où ils passent. Le policier chargé de l’affaire, quant à lui allergique à la musique, est déterminé à retrouver ce groupe, et ainsi le silence. Sound of Noise cherche les limites de la musique, transforme tout en instrument potentiel, et en profite pour subvertir par l’art ce qui se trouve sur son chemin.
Ce film continue la réflexion sur les liens entre art et révolution initiée avec la projection de Cecil B. Demented.

Selfie, avoir 16 ans à Naples

Agostino Ferrente – 2019
VOSTF (Italie) – 77’

Mardi 14 décembre 19h

Un jeune de 16 ans est tué sous les balles de la police, dans le quartier de Traiano à Naples, en Italie, sous le contrôle des flics et de la mafia, la Camorra. Deux ans après, un réalisateur cherche à rencontrer des jeunes qui l’ont connu. Le film documentaire alterne entre deux parties. D’une part des entretiens avec une dizaine de jeunes du quartier de Traiano, filmé par le réalisateur, où l’on sent son regard très extérieur à leur monde. D’autre part, des images tournées par deux de ces jeunes pendant une année. En effet, il propose à deux d’entre eux, Alessandro et Pietro, de faire un film. Pendant un an, ces deux meilleurs amis se filment régulièrement eux-mêmes, parlent de leurs vies, de leurs angoisses, de leurs corps, de leur amitié, de leurs rêves. Ils parlent aussi de leur film, de ce qu’ils veulent ou pas y montrer. Ils filment leur quotidien fait d’ennui et de travail dans un monde qui semble figé, condamné.

« A bas le Grand Soir, vive la révolution ! »

Quand déconstruirons-nous le léninisme diffus qui s’insinue jusque dans les discours et pratiques anti autoritaires ?

Après l’effondrement du bloc de l’est, un courant de pensée anti-totalitaire s’est affirmé et reconfiguré, poursuivant par certains aspects les critiques émancipatrices du militantisme et de la forme Parti en cours depuis les années 60, mais infusant aussi l’idéologie dominante en se diffusant plus largement et en s’hybridant avec un désaveu de toute perspective révolutionnaire carrément droitière, héritière de la guerre froide. Ce courant de pensée s’est notamment incarné dans ce que l’on a appelé les « nouveaux philosophes », composé d’anciens soixante-huitard conquis à la défense de la social-démocratie. La peur de la Révolution et de la transformation radicale que cette dernière implique a alors pris largement le pas sur l’idée d’en finir avec ce monde. Aujourd’hui le terme de « Révolution » n’est plus très en vogue, voire même un peu cringe, les derniers à l’employer sont certains anti-autoritaires, et les reliquats (ou tristes résurgences) des différents communistes de parti (trotskistes ou staliniens) qui n’ont apparemment pas encore été étouffés sous leurs propres magouilles et ambitions autoritaires. Ce « dégoût » (qui va parfois jusqu’au refus) des perspectives révolutionnaires dans les aires subversives et anti-autoritaires consonne harmonieusement avec un certain nihilisme libéral ambiant caractéristique de cette époque post-moderne. Ce qui est appelé nihilisme ici, c’est précisément la fin des « grandes hypothèses », la défiance vis-à-vis des perspectives larges, comme celle de la Révolution (et effectivement, l’horizon du « Grand Soir » repoussé à plus tard s’est incarné en injonction d’acceptation de l’existant), mais cette défiance semble aujourd’hui emporter avec elle toute perspective d’émancipation collective, voire l’horizon relativement minimal de la destruction de toute forme de pouvoir. Ce qu’il reste, ce sont des pratiques, qui se réduisent hélas bien souvent à du folklore, mais la promesse de la fin de ce monde semble se tarir. Ce qui va être alors opposé à la Révolution par les anti-autoritaires, c’est « l’insurrection », la « révolte » ou même…rien (le développement personnel). Ce qui peut étonner dans cet état de fait, ce n’est pas la place donnée à ces deux notions, qui, comme l’émeute, n’ont objectivement rien de contradictoire avec la Révolution, bien au contraire, c’est plutôt le fait de les utiliser pour conjurer toute perspective révolutionnaire. On peu peut-être même dire qu’il faudrait se méfier de ceux qui utiliseraient l’un de ces trois termes contre les deux autres (par exemple révolution contre révolte et insurrection). Ce discours, en plus de contribuer à l’enfouissement de l’horizon révolutionnaire et à favoriser un repli sur soi, est d’autant plus inquiétant qu’il ne permet pas la curiosité, le rattachement à l’histoire des révolutionnaires et éloigne radicalement la possibilité de comprendre les enjeux qui ont agité communistes et anarchistes, les luttes dans lesquels ils se sont engagés (comme par exemple contre ceux qui voulaient prendre le pouvoir dans et grâce à la Révolution, comme dans toutes les phases révolutionnaires, en Russie en 1917, en 68 et après). Pire encore, cela entérine de fait la conception de la Révolution sous le prisme du Parti. La Révolution serait autoritaire, elle serait forcément viciée, sa réussite la vouerait à l’échec, à la prise du pouvoir d’un petit nombre sur les acteurs de celle-ci, elle serait intrinsèquement vouée à l’autoritarisme et au « léninisme ».
Cette situation déjà problématique se complique d’un paradoxe : ce refus de la Révolution au profit de l’insurrection ou du néant n’évacue pas des pratiques qu’on pourrait qualifier de léniniste, parfois même au contraire l’autoritarisme des pratiques à le champs libre pour prendre le dessus, y compris dans les aires qui justement refusent la Révolution au nom de l’anti-autoritarisme, ça fait chic. Comme souvent l’idéologie rend aveugle et loin de lutter contre des tendances réelles, les laisse perdurer et s’installer dans le confort du déni. Même si le léninisme en tant que référence positive n’est plus dans les lèvres de grand monde (quoiqu’on commence à le revoir surgir comme position politique assumée, dans quelques groupuscules néo-maoïstes et sur un site comme ACTA par exemple) ces pratiques n’ont pour autant pas disparu, et des camarades, des compagnons et autres « subversifs » se retrouvent dans des positions de pouvoir, à donner des directives, à décider de qui est à sa place et de qui ne l’est pas, à brider les tentatives subversive qui ne seraient pas validées par la ligne politique en reconstituant, en toute informalité, des hiérarchies pyramidales imaginaires voire même en reconstituant de véritables bureaux politiques, parfois sans même s’en rendre compte. L’absence de tensions révolutionnaire ne créerait-elle pas le terreau favorable à l’émergence de ce néo-léninisme diffus permettant toutes sortes de prises de pouvoir formelles et informelles ?
Qu’est-ce qui finalement fait le léninisme, un discours, des pratiques ou les deux ? Est-ce que c’est un concept dépassé, lié à un révolutionnaire du début du XXème siècle ou bien au contraire le léninisme ne désignerait-il pas plutôt un arsenal de pratiques, théorisées par Lénine ou par d’autres, qui correspondent plus largement à une tendance tenace à mettre à profit les rapports de pouvoir si facilement présent dès lors qu’on se relie à d’autres pour intervenir (et même dans la perspective de l’insurrection pensée comme conjuration de la Révolution) ? L’insurrection serait-elle le remède miracle à toute avant-garde, promettant une spontanéité sans dieux ni maîtres ? Qu’en est-il dans ce cas du blanquisme et de l’exemple plus récent de l’appellisme ? Pourquoi l’insurrection serait-elle exempte de toute volonté de contrôle, de gestion ? Une visée révolutionnaire conséquente ne consisterait-elle pas justement à s’attacher à démonter les pratiques léninistes qui se construisent au sein des luttes pour prendre la tête de la Révolution ? C’est à toutes ces questions que nous vous invitons à réfléchir et à discuter le 17 décembre à la bibliothèque des Fleurs Arctiques.

Conan le Barbare

John Milius – 1982
VOSTF (USA) – 129’

Mardi 9 novembre 19h

Conan le Barbare nous raconte l’histoire d’un enfant réduit en esclavage après que son village natale ait été massacré. Le film est souvent critiqué avec une finesse tout aussi grossière que celle que ses détracteurs lui imputent.
Il peut être vu comme une quête de l’émancipation, d’un individu que tout a cherché à broyer : les sectes et la guerre, l’esclavagisme et les combats de gladiateur et qui, va lutter pour sa vengeance et découvrir l’amour, l’amitié, la vie. La bande originale, parfois guerrière, parfois mélancolique voire mystérieuse nous plonge dans la poésie contemplative de ce conte épique de fantasy.
Souvent mal compris, résumé notamment par les divers films que celui-ci a inspiré par la suite, de vulgaires séries Z discutables.
Conan dépasse tout cela, il est ici à inscrire dans la suite des ciné-club qui nous ont amené à réfléchir autour du mythe de « l’enfant sauvage ». Mais ça n’est pas tout !Le film reprend la rêverie rousseauiste du « sauvage », de l’homme « primitif » d’avant la « civilisation », aux actions guidées par le désir, et qui vont forcément à l’encontre des structures que la société a mise en place.
Rien ne peut arrêter Conan dans sa vengeance et sa soif de liberté, ni les dieux, ni aucune société humaine.

Les élections c’est de la merde, vive l’insurrection !

vendredi 22 octobre samedi 23 octobre à 19h

L’approche des élections présidentielles agite le débat parlementaire, et certains endroits de la gauche radicale se prêtent au jeu, appelant à faire « barrage à l’extrême droite ». Nous proposons de discuter de la place et de la pertinence d’un discours anti-politique et extra-parlementaire pendant la période électorale, aussi contre le développement des idées nationalistes et patriotiques qui reprennent aujourd’hui du poil de la bête dans les débats publics comme dans les luttes et les mouvements sociaux. Nous parlerons également des marges que créent ces discours, des révoltes et des refus qui peuvent s’exprimer et de comment appuyer, amplifier et faire exploser ces derniers pour enfin en finir avec ce monde de politique et de domination.

Cliquer sur l’image pour télécharger l’affiche

(Malgré les informations sur l’affiche, la discussion a bien lieu le samedi 23 octobre à 19h, pas le 22 octobre)

Les campagnes présidentielles pour 2022 ont bien débuté en France, les différents partis se placent sur l’échiquier parlementaire, le jeu politique s’organise, relayé par les médias. Ce qui gagnera ces élections, comme les précédentes et les suivantes, au delà de tel ou tel candidat, c’est la Démocratie, c’est l’État, c’est le capitalisme. Dans un air du temps bien vicié par diverses effluves nauséabondes, les vieilles recettes s’adaptent à la conjoncture du moment, et chacun cherche d’abord à tirer son épingle du jeu. Ainsi la montée réelle de l’extrême droite donne aux grands partis en mal de voix l’occasion de lancer des appels au « front commun » pour « faire barrage à l’extrême droite », histoire de limiter la dispersion des votes et de se forger la légitimité permise par l’agitation de l’épouvantail de l’extrême droite au second tour. Comme souvent, l’extrême gauche, et même la plus radicule, s’engouffre dans cette brèche et nous pouvons déjà les observer se joindre aux appels habituels à l’unité de la gauche. D’autres, moins naïfs sans doute, renouvellent inlassablement les appels idéologiques à l’abstention, au point d’en faire des campagnes quasi-electorales aux ambitions équivalentes. Alors, si l’appel à la désertion ne suffit pas, quelle place l’intervention révolutionnaire peut-elle trouver dans ces périodes préélectorales ? Doit-on simplement s’en insoucier, faire autre chose, continuer comme si de rien était ? Ce qui se joue quand la démocratie renouvelle ses instances nous donne-t-il des occasions d’intervenir ?

Il est important de donner de l’espace à un discours anti-politique, loin de la sphère parlementaire puisque la question est bien d’en finir avec ce qui nous gouverne et non pas la négociation de meilleures conditions de domination. Une spécificité de la période, électorale bien sûr mais aussi plus largement, est le développement (ou le retour en force) du patriotisme, omniprésent dans les discours officiels à gauche comme à droite et de plus en plus diffus dans les luttes, il est partout. Il vient soutenir certains des fondements de la forme étatique qui gouverne aujourd’hui, la Nation, la République et la Démocratie.

Mais les tensions sociales en cours vont également créer des marges, des exclus, des en-dehors, qui peut-être trouveront des moyens pour se révolter et exister en confrontation avec la machine étatique, comme pendant les émeutes qui ont suivi l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007. C’est de cet aspect que nous proposons aussi, en plus de ce qui est avancé précédemment, de discuter, puisque c’est peut-être en ces temps que des révoltes anti-parlementaires auraient la possibilité de développer des pratiques, des pensées et des capacités d’interventions concrètes pour appuyer, accompagner et amplifier le refus et la colère des marges à l’encontre de la société et de sa normalité policière.

Comment exprimer une critique révolutionnaire fondamentale de la démocratie dans un moment où la parole raciste, nationaliste et identitaire se répand toujours plus et reçoit un écho historique dans les bulles électorales et sondagières ?

Finalement, on se demandera comment soutenir la pensée et les pratiques insurrectionnelles et révolutionnaires qui voudraient bien émerger de ce merdier global et comment appuyer les révoltes au moment où, malheureusement, ce qui se partage le plus communément est l’éternel chemin de croix de la réforme et de l’amélioration de l’existant.