La morale est une idée vieille en europe

Vendredi 29 novembre 19h

Pourquoi faire une discussion sur la morale ?

Quand les possibilités concrètes d’action sont déjà limitées, par des dispositifs économiques, étatiques et sociaux, c’est la morale qui souvent empêche de saisir des perspectives pour ouvrir de nouvelles possibilités. C’est un écran entre soi et d’éventuelles brèches.

La critique de la morale religieuse, mais aussi de la morale bourgeoise, puis des formes de morale qui ont essaimé aussi dans les mouvements révolutionnaires (sous la forme du travaillisme, de son corrélat l’identité mythifiée du travailleur, ) a toujours accompagné les perspectives révolutionnaires.

Repartir de discussions qui ont eu lieu aux Fleurs Arctiques autour des suites de mai 68, de sa récupération et de sa liquidation réactionnaire des années 1980 à aujourd’hui, peut être une manière d’aborder le rapport moral au monde qui s’est mis en place et que l’on retrouve désormais, en train de côtoyer non pas une « idéalisation » de ce monde et de la société, mais plutôt la résignation et l’acceptation de quelque chose qui n’est « pas le pire » : le moindre mal démocratique. Il n’y a en effet guère plus d’enchantement possible du quotidien, et c’est dans cette misère-là que certaines formes de discours, retrouvant de vieilles rhétoriques, puisent de nouvelles forces. C’est une pensée diffuse que nous trouvons d’abord exprimée dans des pensées critiquant 68 et sa « libéralisation des mœurs » qu’on associe alors à la « société de consommation », comme si la critique révolutionnaire de la morale de 68 aboutissait au « néolibéralisme débridé » qu’il faudrait redresser moralement face au risque de la perte de toute valeur (Michéa, Ferry, Clouscard & consorts, avec Finkielkraut et Brückner). Ces pensées prétenduement nouvelles mais profondément réactionnaires et morales associent le discours que tient cette société sur elle-même, les marchandises, à ce que seraient profondément les gens. Dès lors, ce qui apparaît comme étant véritablement critique est en réalité la réactivation terrible de cette forme de morale qui soutient, comme au premier jour, l’autorité, les vieilles valeurs, la fidélité, la famille, le terroir, le travail et le devoir. Ça forme la jeunesse que de serrer un peu les dents et nos régions ont du talents. Drôle de renversement (propre à notre époque ?) que nous voyons alors : la morale qui se donne l’apparence de la critique.

D’un autre côté, les interprétations post-foucaldiennes du pouvoir et de l’autorité comme étant de même nature qu’ils soient au niveau étatique ou au niveau des personnes, aboutissent à réduire la question du pouvoir à celle des rapports inter-personnels et épargnent dès lors l’Etat, ses rouages, les rapports de domination institutionnelle… et la morale. On peut alors se demander si la transformation de la critique dans des formes purement relationnelles et entièrement subjectivisées n’aboutit pas aux mêmes effets qu’un carcan moral : la mortification, l’isolement, la résignation (se résigner à changer ses désirs plutôt que l’ordre du monde, puisque le problème du pouvoir serait avant tout dans le désir subjectif). Bien évidemment, ce carcan moral qu’on prétend n’appliquer qu’à soi-même est immédiatement imposé aux autres : la morale c’est toujours la répression de soi et des autres.

Ainsi, lors de cette discussion, nous aimerions aborder ce qui nous semble être un trait caractéristique de l’époque : la confusion entre la morale et la critique, comme si la morale pouvait être une alternative pleine de subversion. Nous entendons réaffirmer qu’aucune morale ne sera jamais subversive, qu’elle soit majoritaire ou minoritaire, et quelle que soit la manière dont elle se vit.

Les fils de l’homme

Alfonso Cuarón, 2006, vostfr (USA), 110′

Lundi 2 décembre 19h

Le film se déroule à Londres dans un futur peu lointain, voire possible et envisageable, ravagé par les pandémies, la guerre et le terrorisme. Les camps et les cages de réfugiés se multiplient aux abords des métropoles, on parque les êtres humains comme des bêtes et l’armée est omniprésente.

A force de pandémies, l’humanité est devenue stérile, plus aucun enfant ne naît, c’est donc vers l’extinction que l’on s’achemine avec mélancolie. L’être humain le plus jeune sur Terre est mort assassiné le 16 novembre 2027, et l’on rapporte dans tous les médias à travers le monde le meurtre de celui que l’on appelait « baby Diego ». Âgé de dix-huit ans, il était la plus jeune personne sur Terre et le dernier enfant né recensé. Dans cette dystopie où le suicide et la délation sont vivement encouragés par le pouvoir et où la guerre et le dénuement font rage partout, le personnage principal, un ancien militant résigné, devenu morose employé de bureau, se retrouve, malgré lui, embarqué avec les Poissons, un groupe armé militant pour les sans-papiers. Si le film est bercé par une absurdité mélancolique profonde, il n’est dénué ni d’espoir ni d’humour, ni d’une certaine profondeur dans la mise en place d’une dystopie dont la nature même constitue une critique forte du monde en présence.

La question de l’auto-organisation dans le mouvement des sans papiers de 1996

Samedi 14 décembre 19h

La discussion sur les frontières initialement prévue le 14 décembre est reportée au prochain programme. Elle est remplacée par une séance de travail préparatoire à ce vaste sujet. Nous allons réfléchir aux formes qu’ont pu prendre les luttes de migrants et en particulier à la question de l’auto-organisation des acteurs de ces luttes, avec ou sans papiers, en discutant à partir d’un film intitulé La Ballade des sans-papiers (1996, Samir Abdallah et Raffaele Ventura, 90 mn).

Ce film, tourné sur le moment, retrace le début de cette phase de lutte, de l’occupation de l’église Saint Ambroise par le collectif qui s’appellera ensuite « de Saint Bernard » jusqu’à leur expulsion de l’église Saint Bernard. Il reste focalisé sur ce collectif qui est à la fois le premier et le plus médiatisé, ce qui est déjà en soi discutable, dans la mesure où il passe sous silence beaucoup des problématiques et conflits internes de ce mouvement dans lequel beaucoup d’autres collectifs se sont créés sur cette lancée, avec des perspectives et des enjeux différents (collectifs fermés ou ouverts par exemple, cherchant à obtenir des papiers pour leurs membres ou « pour tous », revendiquant éventuellement des critères de régularisation qui seront ensuite repris dans les lois Chevènement par la gauche plurielle et sont toujours en place aujourd’hui). Le film laisse aussi de côté tous les acteurs « avec papiers » de cette lutte qui ont cherché leurs propres formes d’auto-organisation dans une lutte contre les frontières qui concerne tout un chacun, et sont intervenus en critiquant la position de soutien. Son visionnage sera donc un point de départ intéressant à la fois pour se faire une idée de cette période relativement lointaine vu d’aujourd’hui, et pour poser un regard critique sur les diverses positions qui ont pu s’y exprimer et dont ce film choisit ou pas de rendre compte.

 

25th hour

La projection de 25th hour, initialement prévue lundi 16 décembre est  déplacée vendredi 13 à 19h

Spike Lee, 2002, vostfr (USA),134’

 

Dans ce film de Spike Lee sorti en 2002 et réalisé à partir du roman de David Benioff 24 heures avant la nuit (titre parfois repris pour le film lors de distributions francophones), on suit pas à pas l’errance festive d’un homme sous le coup d’une lourde condamnation pour trafic de stupéfiants dont la liberté sous caution prend fin 24 heures plus tard. Ce qu’il va faire de ce dernier jour de liberté avant son incarcération, le goût et le dégoût d’une vie dont il est contraint d’extraire une intensité sans durée, l’hypothèse de ne pas accepter d’y retourner et de partir en cavale, toutes ces émotions et sensations complexes vont être filmées par Spike Lee dans une urgence contemplative magnifique, renforcées par l’athmosphère principalement nocturne du film et le huis-clos temporel dans lesquel on se retrouve enfermé avec lui. Comme dans le poème L’Evadé de Boris Vian, la prison est l’horizon qui impose la question de l’urgence de vivre, et qui pose très fondamentalement la question du rapport à cette liberté que la société nous refuse, de son impossibilité réelle dans ce monde qui n’empêche pas que nous soyons aimantés dans nos choix, nos plaisirs, nos envies et nos refus par l’aspiration à la vivre malgré tout, quitte à constater la vanité des bribes qu’on parvient à en arracher. C’est aussi la question de ce qu’on vit avant cet autre rendez-vous véritablement inéluctable qu’est la mort qui est figuré ici par le retour en cellule, et ce qu’on choisit d’en faire. Si le livre est écrit en 2001, avant l’attentat du World Trade Center, Spike Lee va ajouter au film une dimension de méditation mélancolique en faisant de Ground Zero un décor omniprésent de son film et de l’errance de son personnage.

Ce qui travaille ce film, c’est finalement la question de savoir où trouver la force de combattre le nihilisme inhérent à la conscience de la finitude de la condition humaine, comme à l’expérience des formes sociales qui nous empêchent de vivre le temps qu’il nous reste, pour enfin cesser de survivre en attendant.

Octobre à décembre 2019

Télécharger le programme

  • Permanences : vendredi de 16h à 19h
  • Ciné-club : un lundi sur deux à 19h
  • Groupes de lecture : dimanche à 16h30

Edito : 

« Faire corps »

 

« Pensez boule », Fourmiz

Corps social ? corps normal ? corps parfait ? corps d’armée ? corbillard !

Le corps social, les Grands Corps de l’Etat, l’armée, la justice, la police, la nation, les petits corps des institutions dans lesquels nous nous trouvons pris et qui maintiennent la cohérence de l’ensemble, la famille, l’entreprise, le couple, l’église, les chapelles, les partis, les communautés, les groupes facebook, les milieux : les occasions proposées à tout un chacun de « faire corps » sont innombrables, et toutes nous invitent à faire partie d’un petit tout en connivence avec le reste, à nous délester des risques du conflit, du doute, des scrupules et de la critique qui pourraient laisser seul pour embrasser le confort d’une cohérence aplanie. « Pensez boule » nous dit-on au fil des heures, des jours et des années, que ce soit à la gloire de la nation ou pour rendre la révolte « plus efficace ». Le confort, d’abandonner le fait de penser et d’agir au corps auquel on se laisse appartenir nous évite toutes sortes de confrontations, avec d’autres comme avec nous-mêmes. Mais il a des conditions d’exercice, des conséquences, un prix, que nous proposons de mesurer au fil des diverses discussions proposées dans ce programme.

Ces corps institués qui soulagent chacun de toutes sortes de complexités sont aussi ce qui constitue et maintient l’existant. C’est donc bien dans les formes de singularités, individuelles comme collectives, dans les refus, les ruptures, à toutes échelles, dans toutes ces dissonances et anomalies que les normes instituées dans tous ces petits et grands corps sacrifient, dans ces singularités délaissées que passe le souffle de la révolte.

Pour commencer par le plus évident, s’il y a bien un corps qui cherche à asseoir et à maintenir sa cohésion, c’est celui de la nation, et ce de manière plus ou moins visible selon les époques. Il se trouve qu’aujourd’hui on assiste à une période de reprise en main de la cohésion nationale, qui s’incarne particulièrement dans la mise en place du SNU, le Service National Universel, amené très bientôt à raviver l’ancien service militaire en remplaçant la « journée d’appel ». L’urgence de réagir à cette perspective d’encasernement de tous les adolescents sous le drapeau, qui semble évidente, peine visiblement à s’exprimer et on peut craindre que cette terrible nouveauté soit très vite installée comme une nouvelle forme de normalité. Nous proposons donc le 9 novembre d’en discuter à la bibliothèque, pour mieux comprendre la nouvelle forme d’embrigadement qui se met en place, comment elle s’agence avec les relents populistes qui montent d’ici ou là et comment elle cherche à réactiver un mythe national toujours vivace. En revenant, entre autres, sur les formes d’insubordinations du passé (par exemple les luttes individuelles et collectives des insoumis au service militaire dans les années 70), on cherchera aussi comment entendre les formes d’insoumission, de refus, d’insubordination qu’elle suscitera, comment les accompagner et leur faire écho. Cette discussion, comme celle autour de la question des frontières (voir plus bas), se présente plutôt comme une séance de travail ouverte, où on pourra se demander ensemble quelles pistes se proposent pour les luttes à venir.

« Faire corps » c’est toujours, quelle que soit l’échelle de la poupée russe sociale dans laquelle on se laisse insérer, instituer les mœurs du groupe en morale à laquelle chacun se retrouvera tenu pour maintenir l’ordre, en deçà de tout esprit critique et de toute pensée singulière, sur-justifier la norme et sanctionner ce qui s’en écarte. C’est ce que nous voudrions explorer le 29 novembre, à travers une discussion qui se propose d’attaquer la morale dans ses aspects les plus évidemment réactionnaires et ouvertement castrateurs, mais aussi d’envisager comment, y compris dans les aires subversives, une morale s’insinue avec les mêmes buts et les mêmes effets : empêcher d’envisager l’inconnu, voire l’impossible, empêcher de penser, de lutter, de refuser, jeter l’infamie sur tous ceux qu’on ne parvient pas à soumettre.

« Faire corps », c’est aussi trier le bon grain de l’ivraie, jouir d’en être, du bon grain, alors que le tri aura réservé un sort bien moins enviable à ceux qu’il rejette, avoir peur aussi sans doute un jour d’en faire partie. C’est pourquoi on propose de discuter le 14 décembre de la question des frontières et de leurs prisons, des luttes qui s’y sont opposées, de la nécessité de voir revivre des initiatives offensives dans une période où « le peuple de France » se construit toujours plus dans le rejet de toute altérité, en même temps que le Capital demande toujours plus de main à exploiter à flux tendu. On parlera des luttes du passé et de celles qui pourraient naître dans le présent, des formes d’intervention qu’on pourrait imaginer pour renforcer les refus qui existent déjà autour des questions migratoires (dans les centres de rétention et aux frontières par exemple).

Et puis « faire corps » c’est aussi l’obéissance que demande tout parti ou groupe même affinitaire dès lors que les certitudes idéologiques pré-pensées prennent la place de l’élaboration commune et que chacun est tenu davantage par la nécessité d’en-être et la peur du rejet que par la libre-association. La période est sans doute propice à tomber dans cet écueil, et bien des groupes, collectifs ou lieux se retrouvent traversés de fonctionnements et de pratiques en contradiction avec le minimum de ce qui devrait les réunir. Chacun peut se retrouver à incarner le maintien d’un ordre dont la nécessité le dépasse (que ce soit la ligne du parti ou la lutte contre les incivilités dans le bus) sans pouvoir se permettre de réaliser les tenants et les aboutissants de ce qui se passe. On peut alors se retrouver enrôlé, à son corps défendant même parfois, dans des rôles de vigiles, d’accusateurs publics, voire de procureurs ou de juges au nom de l’exigence « corporate ». C’est sans doute le moment où la dépolitisation prend le pas sur l’anti-politique, où la conservation de soi prend le pas sur la révolte, où la politique prend le pas sur la vie. La première discussion de ce programme intitulée « contre la politique, y compris celle de la dépolitisation », qui aura lieu le 4 octobre à 19h sera l’occasion de réfléchir à tous ces processus propres à vider de l’intérieur la subversion de toute charge confrontative, en faisant de chacun, à corps perdu, le soldat de ce contre quoi précisément il cherche à lutter.

Le lundi tous les quinze jours à l’occasion du ciné-club et tous les dimanches dans les groupes de lecture, on propose de prendre le temps de discuter autour d’un film, d’un livre ou d’un texte proposé dans le programme ou choisi pour l’occasion par les participants, non pour son identité révolutionnaire certifiée pure de toute complexité, mais au contraire parce qu’il nous semble que des idées et des perspectives diverses peuvent le traverser et enrichir un paysage aujourd’hui tristement appauvri. Pour les groupes de lecture de cette période, on se propose de lire un dimanche sur deux des textes autour de la question du travail et de sa critique, et l’autre dimanche, des textes contre la morale.

Lors des permanences, tous ceux que ça intéresse ou passent par là peuvent venir nous rencontrer, emprunter des livres, proposer des initiatives dans le lieu ou ailleurs, discuter de choses et d’autres ou de choses précises, apporter ce qu’ils veulent, poser les questions qui leurs chantent, il trouveront à la bibliothèque du café, du thé, des livres, des brochures, et du répondant.

Agenda

 

Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon

Elio Petri, 1970 VOST (Italien), 112’

Lundi 11 novembre 19h

Du maquillage psyché, une synagogue, un chef de la police qui aime les cravates mais moins l’infidélité, un anarchiste individualiste à la nuque longue, une victime de l’impunité qui n a pas d’iPhone, et tout cela, et bien plus, pour justifier une réflexion sur le pouvoir.

Septembre aux Fleurs Arctiques

Le nouveau programme pour la période d’octobre à décembre sera en ligne à la fin du mois, inauguré par une première discussion le vendredi 4 octobre à 19h  contre la politique y compris celle de la dépolitisation.

En attendant le local est ouvert le dimanche de 16h à 19h pour des permanences où on peut passer, venir chercher des brochures, revues et autres de la distro, discuter, lire, emprunter des livres, proposer des initiatives, etc.

Programme de juin à août 2019

Télécharger le programme

  • Permanences : mardi de 16h à 19h
  • Ciné-club : dimanche à 19h
  • Groupes de lecture : dimanche à 16h

Edito : 
               Les jours se rallongent…

 

Les jours se rallongent, mais pas de soleil trop brûlant qui fasse fondre les murs et les barreaux qui nous entourent. On continue de marcher à l’ombre de ses désirs, et d’ouvrir portes et fenêtres sur un air trop rare, sur des horizons d’ennui et de misère. Quoi d’étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux supermarchés, aux hôpitaux, aux maisons de retraite, aux appartements… qui ressemblent tous aux prisons. Ça carcérâle un peu partout, les techniques de contrôle s’échangent entre prisons, frontières, écoles et villes laboratoires. Des flics ne s’arrêtent même plus aux portes des lycées, pendant qu’on cherche à dresser les enfants aux usages de la biométrie, à leur inculquer l’habitude de donner son pouce, son empreinte, d’aimer la Nation et son armée, tout en s’auto-formant à courir plus tard après la survie sous des bouquets de caméra.

La gestion étatique des samedis de contestation et du 1er mai a clairement affiché une dynamique assumée de répression par la surveillance, la punition et l’enfermement plutôt que par les vieilles techniques de compromis social. Ce sont finalement parfois davantage les militants qui se chargent des illusions démocratiques et sociales, en dépit de leur rejet des syndicats. L’Etat, pour l’instant, préfère chercher à faire peur et à dissuader toute contestation. La bibliothèque des Fleurs Arctiques propose dans ce contexte une discussion sur la répression et la défense collective (quelle défense ? Quelle collective ?) le mercredi 19 juin, et, face aux illusions démocratiques tenaces, une discussion autour de la réédition en format brochure du livre Mort à la démocratie de Léon de Mattis le vendredi 5 juillet.

Les horaires changent pour l’été. Les permanences seront le mardi de 16h à 19h, et le dimanche nous pourrons poursuivre les réflexions autour des différentes formes d’enfermement, mais aussi des perspectives révolutionnaires lors des groupes de lecture, de 16h à 19h, et des projections du ciné-club, à 19h. Nous proposons de lire ensemble des textes autour de l’anti-psy, mais aussi de continuer de nous pencher sur les éclats subversifs du passé, autant pour mesurer ce qui nous en sépare que pour s’en nourrir, en s’intéressant au Désir libertaire, une revue surréaliste arabe des années 1970. Les films du ciné-club s’inscrivent dans la continuité des cycles sur la famille, avec la projection de Rosemary’s Baby, sur le genre post-apocalyptique, avec Snowpiercer et Soleil Vert, mais ouvriront aussi des discussions sur le rapport du désir aux images, sur le rêve et la folie, sur « l’anormalité » dans la société, et sur tout ce que nous pouvons choisir de voir dans le cinéma.

Nous diffusons des livres et brochures qui sont disponibles sur place aux heures d’ouvertures et peuvent être commandés par internet ou par courrier, le catalogue est en ligne sur notre site.

«Défense collective» ? – Mais quelle « défense » et quelle « collective » ?

Mercredi 19 juin à 19h

Dans les situations de répression judiciaire, il devient rapidement difficile de s’extraire de la temporalité imposée par la justice : on réagit dans l’urgence pour se préparer aux dates et délais imposés de manière irrévocable, on fournit une quantité d’énergie impressionnante pour soutirer quelques informations à un standard, à un avocat, on est trimballé d’un jargon technique à un silence, et pourtant toute cette précipitation a des conséquences énormes sur l’issue des procès. S’ajoutent bien trop souvent à cette urgence des mesures judiciaires qui mettent des bâtons dans les roues à l’élaboration de la défense : contrôles judiciaires qui limitent les déplacements, interdictions de se voir qui rendent difficile de penser ensemble la défense, prison préventive qui isole complètement la personne.

Partant de ce constat, de la volonté de sortir de la précipitation à laquelle la justice nous accule, nous proposons un moment de discussion aux Fleurs Arctiques pour réfléchir, échanger, en partant du principe que c’est plutôt en s’appuyant sur des analyses conséquentes de la nature et du fonctionnement de la justice et de la répression que nous pourrons éviter de nous enfermer dans une position de faiblesse absolue. C’est pourquoi on ne se limitera pas à des aspects strictement techniques de l’anti-répression. Nous choisissons de proposer une discussion générale qui puisse librement explorer autant de pistes que chacun sera prêt à en amener. La répression dans le contexte actuel, c’est aussi, avant les cours de justice, les techniques policières de contrôle qui se renouvellent à grande vitesse, l’expérimentation grandeur nature de méthodes contre-insurectionnelles faisant de nous de perpétuels cobayes (drones, gestion préventive des risques de désordres urbains, et intensification de l’utilisation des images, vidéos, avec toujours plus de pression quant à la démocratisation d’un fichage de la population à plusieurs niveaux – entre autres par les prises d’empreintes digitales et d’ADN), puis le passage du dispositif policier à sa traduction en justice, qui, de plus en plus souvent, incrimine les intentions et des formes de complicité présumée. La répression ne se limite pas au rapport à la justice, et on pourrait lui donner un sens beaucoup plus large touchant bien d’autres aspects de la vie sociale. Mais c’est plus particulièrement son aspect judiciaire et policier que nous allons aborder.

Tous ces débuts d’analyses (à poursuivre) nous amènent à nous demander quelle place et quel contenu nous pourrions donner à l’anti-répression : s’agit-il d’un domaine purement technique qui ne demanderait entre nous que des échange de « bons procédés » ? Ou alors, comment pouvons-nous agir en cohérence avec nos idées devant un tribunal, que ce soit par le refus de tout dialogue, ou par l’expression de convictions politiques ? La justice est-elle un champ où il est opportun de lutter politiquement, de ne pas tomber dans un rapport purement instrumental ? Comment dépasser la position du soutien ? Quel contenu donner à la notion de solidarité, dans la défense comme dans l’attaque, qui loin d’être une dette, pourrait tout aussi bien être la poursuite et la continuation des luttes et des pratiques incriminées ?

Ce sera aussi l’occasion de revenir sur les propositions concrètes de s’opposer au fonctionnement normal de la justice, telles que les défenses collectives comme refus de l’isolement et de la séparation des cas. Nous devons bien faire avec (et souvent contre) des situations qui comportent différents niveaux d’interlocuteurs (avocats, inculpés, proches, familles et autres personnes solidaires…), des choix parfois différents de défenses individuelles ; nous devons faire avec les difficultés liées à la question technique du droit, dans un contexte qui encourage à adopter des discours et positionnements connivents, innocentistes, voir dissociatifs, avec les pressions pour obtenir nos empreintes, ADN, codes, voire des vidéos, des images de nous ou d’autres, supposées permettre de mieux s’en sortir sur un terrain que nous ne choisissons jamais…

Tout cela nécessite d’être sérieusement discuté pour que nous puissions, éventuellement sur un plus long terme, refuser cette connivence qui nous coûte si cher à tous, et trouver des possibilités de défense tangibles et appropriables par tous. Nous espérons que cette discussion pourra contribuer à aller dans ce sens, à rebrousse-poil des attentes des magistrats.

Mort à la démocratie ! – La révolution peut-elle être le résultat d’un vote ?

Vendredi 5 juillet à 19h

La démocratie, directe comme indirecte, est une réponse à une question qui est l’expression d’une contrainte du monde capitaliste et des rapports de classe. Ce n’est pas la réponse qu’il faut chercher, c’est la question qu’il faut abolir
Démocratie directe, Léon de Mattis

À l’occasion d’une réédition de Mort à la démocratie de Léon de Mattis, augmentée d’un texte plus récent intitulé « Démocratie directe », on propose de discuter de la nécessité de critiquer la démocratie, dans ses réalités comme dans son idéal, y compris quand cet idéal revendique la radicalité d’une « démocratie directe » qui s’opposerait à certains travers de la démocratie représentative. Tout en mesurant ce que les différences de « systèmes de gouvernement » peuvent faire à la vie de tout un chacun, il s’agira de voir en quoi en finir avec l’État, c’est aussi en finir avec cette forme d’organisation qui tend à s’instituer comme naturelle et pragmatique, et comment cette critique est aussi un enjeu pratique et théorique pour les luttes actuelles. S’il en était besoin, certaines caractéristiques du mouvement des Gilets Jaunes, après le « Mouvement des places » ou Nuit debout pendant le mouvement contre la Loi travail peuvent montrer à quel point la forme démocratique peut devenir un étendard illusoire de la lutte contre ce monde, tout en en validant une de ses principales prémices, se condamnant ainsi à l’impuissance. Car c’est bien la légitimité de ce monde que la forme démocratique est là pour valider, à partir de l’illusion toute politique du fait que le transformer passerait par un choix dûment exprimé par chacun sur un bulletin de vote (ou en agitant les mains). Critiquer l’idéal démocratique, c’est en effet tenter de penser l’abolition de la politique autrement que dans le repli sur soi libéral ou alternatif. Cette discussion poursuivra, en présence des éditeurs et de l’auteur, les réflexions qui initiées à la bibliothèque autour de la question révolutionnaire et des armes théoriques qu’on peut se donner pour attaquer ce monde, ses arrières-mondes et sa légitimité.