De Passage n°2 : Armée, n.f.

Le nouveau n° de De Passage est arrivé dans la distro des Fleurs !

De Passage #2 est imprimé ! Vous pouvez consulter le PDF ici, mais le papier c’est le mieux. Pour avoir des exemplaires, n’hésitez pas à nous contacter par mail pour qu’on fasse des envois. Autant qu’on sache, il est possible d’en trouver à Paris, à Bordeaux, à Strasbourg, à Marseille, à Toulouse, à Alès, dans le Jura et les Alpes… à compléter selon vos propositions.

Tous les retours critiques sont bienvenus par mail. Bonne lecture et merde à la guerre !

Pour accéder à une liste pas du tout exhaustive de nos lectures (plus ou moins recommandables !) pour ce numéro, c’est ici.

Contre le chacun chez soi, pour les révoltés de partout et d’ailleurs

Quel internationalisme révolutionnaire aujourd’hui ?

Vendredi 24 avril à 19h

Faire exister des rapports avec les révoltes d’ailleurs, qui ont lieu dans d’autres endroits que ceux ou chacun se situe précisément,est d’une importance capitale d’abord . Déjà, c’est la porte qui permet de sortir des raisonnements étriqués, coincés à des échelles absurdes et bien souvent aussi institutionnelles que mythologisées comme la ville, le quartier, ou encore le pays, le peuple ou la nation. Ce faisant, le discours s’affine en trouvant le chemin d’une universalisation concrète, du côté des luttes et des révoltes ce qui permet alors une attaque et une critique de l’État, à titre d’exemple, mais l’État de manière générale, et pas simplement de l’État français, américain ou chilien. Un des questionnements, que l’on pourrait voir comme un des enjeux de l’internationalisme, devient alors de garder la complexité de chaque situation singulière tout en pensant, critiquant et attaquant l’ensemble.

C’est un questionnement nécessaire, car il découle de la pensée qui aborde l’État comme une structure de pouvoir allant à l’encontre de la liberté de chacun comme de tous, et que ce « chacun » et ce « tous », pour recouvrer cette liberté, doit l’attaquer et la critiquer dans ses fondements, et ce quelque soit son histoire où l’endroit où il y est confronté. Ces raisons viennent évidemment conforter une empathie immédiate avec les révoltes d’ailleurs, qui peine parfois à trouver de quoi se réaliser dans la pratique.

Des brigades internationales pendant la guerre d’Espagne à l’attaque des intérêts d’un État contre lequel d’autres se révoltent, en passant par les luttes contre les guerres coloniales, l’élan internationaliste a d’ailleurs une histoire, et toujours les révolutionnaires de toutes sortes ont cherché à dépasser l’enfermement de « leurs » frontières pour se solidariser en parole et/ou en actes avec d’autres révoltés ou révolutionnaires et ne pas se satisfaire de considérer que la révolution se fera parce que chacun lutte là où il est. Néanmoins, cette histoire a aussi montré certaines limites. Limites de l’anti-impérialisme, avec ses écueils « orientalistes » (vive la violence et les armes quand ça se passe loin et que c’est « exotique », mais vive les élections et les pétitions gauchistes ici…), ou sa tendance à prendre les dirigeants issus de la décolonisation, et parfois même des tyrans sanguinaires comme Ho-Chi-Minh, Mao, Pol-Pot ou Khadafi, pour des figures révolutionnaires, confondant ainsi les révoltés avec leurs nouveaux dirigeants.

Limites, certes beaucoup moins graves, mais à réfléchir quand même, du « tourisme militant » qui peuvent conduire à se déplacer de révolte en révolte ici ou là pour n’y chercher finalement rien d’autre qu’un maximum d’adrénaline. La solution serait-elle alors de se replier sur des enjeux strictement locaux et immédiats, de ces enjeux dont nous serions sûrs d’être les premiers concernés ? D’autant plus dans une époque où se développe une pensée et des pratiques particularistes dans le sens ou l’objectif n’est plus l’analyse et l’attaque globales, mais devient la particularisation de chacun dans sa petite situation, sa petite identité toujours plus restreinte et étriquée, définie par mille mots et définitions, milles cases toujours plus petites.

On se focalise sur une portion de lutte, un quartier par exemple, en ne cherchant jamais à mettre en exergue les aspects communs que peuvent avoir des situations singulières, mais en cherchant à montrer au contraire à quel point les conditions de chacun sont différentes et séparées. C’est bien parce que nous ne le pensons pas que nous proposons cette discussion. Alors ce sera l’occasion à la fois de reparcourir différents moments de cette histoire, mais aussi de se demander quel internationalisme peut être mis en pratique aujourd’hui.

Le vent se lève

Ken Loach – 2006 –  VOSTF (Angleterre) – 124’

Lundi 20 avril à 19h

Le vent se lève, sorti en 2006, est un film de Ken Loach qui inscrit son récit dans les guerres irlandaises de 1919 à 1923. Guerre contre l’occupant britannique de 1919 à 1921. Guerre civile de 1921 à 1923. Le film retrace le parcours de deux frères, Damien et Teddy O’Donovan, tout deux membres de l’IRA et confrontés aux différentes phases du conflit. De l’unité d’abord, face à l’empire britannique. Aux divisions ensuite, entre partisans du compromis par la partition du territoire irlandais, et volonté de poursuivre la guerre jusqu’à la victoire totale. Le réalisateur livre ici une splendide fresque poétique, entre courage, renoncements et trahisons, sur fond de paysages irlandais diablement bien filmés. Une fresque politique également, à la subjectivité assumée. Le réalisateur, qui réclama en 2013 la privatisation des obsèques de Margaret Thatcher, est sans équivoque dans le portrait qu’il dresse de l’occupant et des « Black & Tans » (unité auxiliaire composée d’anciens combattants de la première guerre mondiale). Sans équivoque aussi dans son positionnement en faveur de la poursuite du conflit, contre les partisans du compromis. Malgré son côté poignant et l’attachement que l’on porte aux protagonistes (notamment grâce à un Cillian Murphy en pleine forme à tout pile trente ans), le style documentaire de Ken Loach reste et émeut. Ainsi le film offre suffisamment de recul pour se questionner, y compris au-delà de ce qu’il montre des prises de position du réalisateur, sur l’ambivalence de la guérilla vis à vis des populations qui l’hébergent, la soutiennent ou en font partie. Il s’agira donc aussi de questionner ce qu’il y a de problématique dans ce passage de la lutte révolutionnaire à la guerre d’indépendance anti-impérialiste et nationaliste.

 

Spartacus

Stanley Kubrick – 1961 – VOSTF (USA) – 198’

Lundi 30 mars à 19h

Spartacus est la mise en scène par Kubrick de la plus célèbre révolte d’esclaves de l’antiquité. On va donc suivre Spartacus, acheté par Lentulus Batiatus qui veut en faire un gladiateur. La mort d’un esclave, tué par un général romain va ensuite déclencher une révolte dans le camp de gladiateur qui va tout ravager sur son passage, avec pour but de rejoindre des bateaux au sud de la botte. Des scènes de bataille dantesques et une bande originale épique permettront de surmonter la durée du métrage. Un film qui ouvre des perspectives sur le refus du cannibalisme social, sur la solidarité, le refus actif de l’encasernement et l’ouverture de brèches dans la normalité. L’oeuvre nous invitera également à une réflexion sur la résignation, y offrant des réponses disruptives et ce malgré une fin quelque peu assommante qui nous rappelle la dureté de la répression. « Nous perdrons quoi ? Tous les hommes perdent quelque chose en mourant, et nous mourrons tous. Mais un esclave et un homme libre ne perdent pas la même chose. Lorsqu’un homme libre meurt il perd le plaisir de la vie, un esclave lui perd sa misère. D’ailleurs la mort est la seule liberté pour l’esclave. C’est pourquoi il ne la craint pas. Et c’est pourquoi nous vaincrons. »

Puissance, impuissance et courage révolutionnaire

Vendredi 27 mars à 19h

Dans le cadre du cycle sur la violence, nous proposons de prendre ici les choses par un autre bout, peut-être plus individuel ou existentiel, mais pas seulement. Si dans notre contexte désactivé c’est un phénomène en recul, l’esthétisation et l’héroïsation des pratiques et des personnalités révolutionnaires reste un des écueils fondamentaux des mouvements révolutionnaires. Détruire les symboles, les mythes, les panthéons et les martyrs du pouvoir pour les remplacer par d’autres ne pourrait pourtant qu’insatisfaire quiconque penserait comme primordiale la part destructive et donc réellement disruptive du projet révolutionnaire. Aujourd’hui cette folklorisation(1) de la violence révolutionnaire – pour mieux la conjurer – est l’œuvre des militants eux-mêmes, et on peut affirmer tranquillement qu’elle est proportionnelle à l’absence de pratiques révolutionnaires réellement tranchantes, auxquelles on préfère aujourd’hui un petit quotidien militant (réel ou virtuel, on peut désormais militer sur son smartphone) qui ne diffère en rien ou presque de celui du militant réformiste pépère, voire de la normalité de ce monde, puisque les beaux discours, les slogans très radicaux et les likes endiablés n’ont jamais fait tomber un seul mur ici-bas.

Bien qu’une révolution des petits gestes sans violence soit un rêve qui embrasse volontiers le ridicule christique dans toute sa reddition, l’exercice de la violence dans des cadres pacifiés comme celui des démocraties actuelles(2) ne s’en retrouve pas moins relégué à une antiquité, en tout cas, il passe pour beaucoup moins « naturel » qu’il pouvait y paraître dans des sociétés et des époques bien plus marquées par l’agitation, l’imaginaire et la violence révolutionnaires. Il faut désormais du courage (et sans doute un peu de ce que la norme appelle « folie ») pour entreprendre de se mettre en jeu dans l’attaque d’un monde où ne se trouve même plus le courage de blasphémer, de « blesser » ou d’indisposer nos oppresseurs, auto-réprimés que nous sommes par toutes sortes de nouvelles théories farfelues véhiculées par l’université et adoptées parfois jusqu’au sommet de l’État, et disculpant ainsi les responsables réels de ce monde ignoble pourtant dénoncé par les révolutionnaires depuis des siècles(3) : le principe de l’État, l’idée de Dieu, de destin et de « Nature », le pouvoir et le Capitalisme. On préfère alors s’attaquer localement aux uns et aux autres dans la minutie des rapports sociaux et des comportements qu’ils entretiennent ensemble autour de soi, oubliant que nous sommes globalement plus de sept milliards d’individus (et plus encore de rapports) à réprimer et que le réformisme comme la répression sont des impasses fondamentalement contre-insurrectionnelles… On en viendrait à croire que pour se libérer, il suffirait de tuer un oppresseur, et donc de se tuer soi ou son voisin, puisque nous le serions tous. On sait pourtant déjà sur la question dite « écologique » que ce n’est pas en assainissant par la répression des mœurs ou la culpabilisation morale le « bilan carbone » de Jean-Pierre et Marie-Paulette de Livry-Gargan qu’on sera en mesure de préserver la Terre des pollutions humaines, alors quoi ? Cette prédation morale, cabalistique et cannibalesque est à vrai dire effrayante, et bien tout le contraire de tout courage révolutionnaire. Il nous faut réorienter nos flèches vers le pouvoir.

Il nous faut attaquer ce monde, ses fonctionnements, ses responsables et ses rouages – ils ont des noms et des adresses – plutôt que de compenser nos frustrations par la surveillance morale, le contrôle social diffus et la répression normative des autres individualités mutilées de ce monde, sinon nos mots sont à jamais creux et nos perspectives à jamais lâches, indifférentes et faibles. Une fois cela dit, il resterait à se contenter d’attendre la venue d’un surhumain messianique délivré de la peur d’agir et des enjeux mortifères de l’époque, et floqué d’un sens absolu du devoir et de l’abnégation, ou bien nous-mêmes à affronter ce qui nous maintient enchaînés dans des représentations faibles et impotentes de nous-mêmes pour pouvoir attaquer ce monde de façon diffuse et permanente. Sans panache, sans espièglerie, sans férocité et sans courage (qui peuvent tout aussi bien être des caractéristiques individuelles que collectives), il semble vain de vouloir détruire ce monde. Comment les trouver, comment les retrouver ? Quelle est cette castration sociale et civilisée qui nous intime de ne pas rendre les coups, et qui la plupart du temps y parvient ? Comment comprendre et traverser la peur que l’hostilité de ce monde peut provoquer et qui n’est pas forcément si contradictoire que ça avec le courage, tout autant que la peur de ce que nous pourrions faire de notre liberté ? Comment tuer le gendarme dans nos têtes ? Comment hacker le logiciel des dispositifs stérilisateurs du Surmoi ? Comment permettre l’élévation du niveau de la violence révolutionnaire asymétrique sans se reposer sur la délégation circonscrite de la pratique à des « professionnels » de la chose, leur délégant également le courage pourtant nécessaire à tout bouleversement, personnel comme révolutionnaire ?

La peur, le courage, la lâcheté, la violence, compagnons, camarades, discutons-en vraiment, en laissant les belles postures à l’entrée.

1 – Voir par exemple le travail critique effectué à la bibliothèque contre le piètre documentaire « Ni dieu ni maître, une histoire de l’anarchisme » (de Tancrède Ramonet, Arte, 2016)

2 – Dans lesquelles la violence se voit restreinte à un monopole exclusif, moral et physique des forces de l’ordre et de l’État (ainsi que le droit au port d’armes à feu et la permission de tuer), et dans un cadre privé de la famille, du groupe social et de la communauté, sous peine de sanctions parfois « violentes ».

3 – Encore une preuve de l’incongruité des « lanceurs d’alerte », des logiques de « révélations », de « Callouting », du prosélytisme, des belles paroles et du « dévoilement », s’il en fallait.

Sling blade

Billy Bob Thornton – 1997 VOSTF (USA) – 135

Lundi 23 mars à 19h

Il n’est pas comme nous, Karl, pour sûr. Il parle bizarrement, fait des trucs avec sa tête, a des centres d’intérêt qui ne sont pas les nôtres. Il a l’étrangeté d’un enfant dans un corps de géant. À l’âge de 12 ans, il a tué sa mère et son amant avec une faucille (« a sling blade »), alors ils l’ont enfermé pendant des dizaines d’années aux côtés de psychopathes sadiques. Parce qu’ils ne pouvaient plus le garder, parce qu’il n’est pas méchant, parce qu’il y a des lois, et bien que personne ne puisse le regarder dans les yeux sans le moquer, s’en inquiéter ou l’opprimer, alors ils l’ont fait sortir, après 25 ans d’internement psychiatrique. Karl ne connaît pas grand-chose à la vie et à l’extérieur, il connaît sa bible et en adopte les principes, mais personne ne voudra de lui pour sûr. Personne ? Ce n’est pas vrai. Il faut bien quelqu’un pour réparer ces tondeuses et Karl est particulièrement doué. Et puis il y a Franck, il se fout de tout ça. Il n’est pas flic, pas juge, pas psy, il ne se sent pas investi de la mission d’incarner la normalité pour s’en faire l’agent. C’est peut-être seulement parce qu’il est un enfant. C’est peut-être parce qu’avec un beau-père alcoolique aussi violent, instable et tyrannique que le sien, il appelait un peu son ange exterminateur. Puis Karl fera peut-être l’affaire pour rétablir la justice cosmique dans une communauté frappée de morosité. Une histoire d’amitié, de liberté et de violence généreuse et cathartique.

We need to talk about Kevin

Lynne Ramsay – 2011 – VOSTF (USA) – 110’

Lundi 16 mars à 19h

Construit sous la forme de flash-backs désordonnés menant tous irrémédiablement à un drame terrible dont on ne comprendra la nature qu’assez tard, ce film américain esthétiquement fascinant a subi de violentes critiques, notamment parce qu’il est difficile à prendre en main tant il est dur et psychologiquement brutal tout en ne donnant aucune explication simpliste et moralisatrice sur son sujet. On y explore à nouveau, et notre cinéclub au long cours sur la famille témoigne à chaque fois de l’intérêt de le faire, les liens familiaux pathogènes, mais sous un angle autre. Que se passe-t-il lorsqu’une relation d’amour entre une mère et son fils est un échec dès la naissance, lorsque le bruit du marteau-piqueur est préféré à celui du bébé ? Ici, les ravages de l’absence d’amour d’une mère, du défaut de présence d’un père, d’un maternage défectueux, et leurs liens avec la construction et la naissance d’une incarnation du « mal » dans toute sa banalité sont traités sans filtre, et c’est parfois plus dur à entendre et regarder que ne le serait un film d’horreur (ce que ce film n’est pas), non pas à cause d’images gores ou choquantes, mais bien à cause de rapports sociaux intolérables. C’est comme la famille, cette horreur qui n’est pas un film. On se souvient encore que Massacre à la tronçonneuse n’avait pas besoin de se livrer au gore puisque c’était la famille elle-même qui faisait horreur. Ici aussi, et pourtant, aucune saleté, aucune dystopie, aucune misère autre qu’affective, aucune surenchère de sévices inimaginables. Quelques maltraitances « banales », des regards exsangues, des bouches obliques, rien de bien tonitruant avant un final effroyable. L’horreur est lancinante. S’il peut se trouver difficile de regarder et même de penser ce film fiévreux dans la solitude, il sera certainement enrichissant d’en discuter ensemble et de retrouver de l’équilibre pour sortir de l’apathie possiblement provoquée par un tel vertige, par cette expérience nihiliste.

Créatures célestes

Peter Jackson – 1996 – VOSTF (Nouvelle-Zélande) – 108’

Lundi 2 mars à 19h

Pauline, 14 ans, s’emmerde sec dans une petite ville de Nouvelle-Zélande. C’est à la rentrée des classes de l’année 1952 qu’elle rencontre Juliet avec qui elle partage un amour des chanteurs ténors, des romans fantastiques et une histoire de maladie infantile. À travers la création d’un univers imaginaire commun, cette amitié fusionnelle va devenir pour elles une échappatoire à la médiocrité de leur entourage et aux différents agents de normalisation. Ces derniers vont se montrer de plus en plus coercitifs pour tenter de stopper l’approfondissement de leur relation, où la frontière entre amitié et amour se trouve de plus en plus abolie. Les deux jeunes filles vont alors tenter de les contourner puis de s’en échapper par tous les moyens possibles.
En refusant le sensationalisme de ce fait divers et en axant son film sur l’amitié entre les deux protagonistes, Peter Jackson nous donne à voir toutes les forces qui s’exercent sur les deux adolescentes — l’école, les structures familiales forcément défaillantes, la négation de la sexualité, la psychiatrisation des comportements non normés — ainsi que la force créative et destructrice que Pauline et Juliet vont leur opposer. Et pour enfin vivre leur vie fantasmée, elles sont prêtes à tout pour ne jamais être séparées.

La Favorite

Yorgos Lanthimos – 2019 – VOSTF (Angleterre) – 120’

Lundi 24 février à 19h

En Angleterre, au début du 18ème siècle, la Reine a une favorite. Ici :Lady Marlborough. Confidente, servante, grassement payée, à la fois amie et obligée, favorite donc. Dans l’immense château royal, dont nous n’arriverons qu’avec peine à sortir, le pouvoir est, quant à lui, bien confortablement installé et s’exerce au dépens de tous. C’est à une réflexion autour de ce dernier que le film nous invite, il nous pousse à en observer les rouages, à voir comment, de la reine à la cuisinière, la principale préoccupation de chacun est la guerre contre tous. Alors on se nécrose, on complote, on empoisonne, on fait l’amour, on soudoie, et bien entendu, on organise des courses de canards. On sourit, on cherche à crever un œil, on aime même, parfois. Mais une chose que l’on n’arrive pas à faire, à imaginer peut-être, c’est d’être autre chose pour l’autre qu’un maître ou un esclave. C’est dans cette délicieuse ambiance qu’arrive Abigaïl au château. Lady, déclassée actuelle servante. Qui se voudrait confidente, peut-être… Si ce film pourra nous intéresser, c’est surtout pour le sadisme et la cruauté qu’il insère entre les personnages, la violence qu’il dépeint dans les rapports humains quasi normaux et quotidiens, mais montrés comme intrinsèquement et fondamentalement destructeurs et pathogènes. Dans un film pas fantastique pour un sou, ni situé dans un ailleurs dystopique (contrairement aux deux autres films du réalisateur Yorgos Lantimos que nous avons déjà projetés, The Lobster et Canine), l’angoisse et le dégoût seront provoqués par le monde tel qu’il est, et non pas tel qu’il serait, au service d’une réflexion acérée sur le pouvoir.

Inglorious Basterds

Quentin Tarantino – 2009 – VOSTF (USA) – 153’

Lundi 10 février à 19h

 

Inglorious Basterds est comme une immense fête à laquelle sont conviés des nazis… dans le seul but assumé de leur faire subir une sacrée tornade de violence vengeresse, ciblée, et surtout très très jubilatoire. Tarantino donne dans ce film de la matière à tout ce qu’il peut y avoir de démesurément joyeux et illimité dans une perspective faisant ellemême violence à l’histoire : peu importe comment a réellement fini la seconde guerre mondiale, c’est ici une histoire de fantasmes qui est mise en scène, où les questions de guerre, de paix, de victoire et de défaite ne sont plus encastrés dans des récits étatiques et nationalistes, mais s’incarnent dans des figures de farce comique présentés comme tels. Il ne reste de toute l’histoire plus qu’un seul grand rire à la fin : celui qui a massacré tous les tyrans, qu’ils portent un costume nazi ou non. La vengeance se déverse en dehors de toute rationalité ou rétribution judiciaire, «légitime», elle est bien au-delà, sans bornes, et s’esclaffe à grandes pompes.