Antifascisme, gauche et autonomie

pour une critique révolutionnaire de la rhétorique antifasciste

Présentation et discussion autour d’une brochure critique de l’antifascisme et ses tendances actuelles

L’antifascisme est aujourd’hui le sujet tendance. De la gauche la plus molle aux aires à prétention subversive en passant par l’extrême-gauche, tout le monde semble être sur le créneau. En juin 2024, c’est l’argument du barrage antifasciste qui avait permis à la social-démocratie, sous le nom du Nouveau Front Populaire, de devenir la première force politique à l’assemblée. Un argument qui n’a rien de nouveau, qu’on nous ressort à chaque élection depuis plus de 20 ans, et qui permet de gommer les contradictions
entre gauche et aires subversives autant que les contradictions entre exploiteurs et exploités. Cette porosité a pu s’installer par un affaiblissement global de la critique, où la critique du capitalisme a été remplacée par la critique du néo-libéralisme et la critique de l’État rognée par le concept de fascisation. Par ce concept, on tente de nous faire croire que tout serait fasciste ou fascisant, y compris tout ce que le démocratie et le capitalisme produisent déjà très bien tout seul : le maintien de l’ordre, la xénophobie et le tri de l’immigration par les OQTF et les CRAs, les prisons, la mise au travail…
Ce dévoiement part d’une réalité : l’extrême-droite est, en France, une des principales forces politiques du pays, et des partis férocement nationalistes et conservateurs sont à la tête du pouvoir plusieurs autres États (Italie, États-Unis, Hongrie, Russie, Inde, Israël…). Si certains de ses pouvoirs se réclament ou entretiennent encore des liens avec des nostalgiques du fascisme ou d’autres régimes totalitaires voisins, ils se sont globalement institutionnalisés (c’est d’ailleurs ce respect des règles du jeu démocratique qui leur a permis de conquérir ou d’être proches de conquérir le pouvoir par les urnes). Et si l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite est toujours un signe fort du pourrissement politique actuel et de la montée des tendances xénophobes, racistes et réactionnaires, il est aussi clair que ces extrême-droites sont différentes autant dans le forme que dans le fond du fascisme ou du nazisme du siècle dernier. Le sérieux que nous avons à leur opposer méritent qu’on puisse les analyser comme ce qu’elles sont, c’est-à-dire différentes, et non sous la lorgnette sensationnaliste d’une gauche à l’aboi qui manoeuvre uniquement pour tenter d’envoyer les récalcitrants déposer un inique bulletin dans une urne et qui n’a que cet argument pour vanter ses fameux « projets de société » qui ne convainquent plus personne.  
Partout, ce qui semble se profiler surtout, c’est la brutalité capitaliste généralisée  : c’est la xénophobie qui s’exacerbe et prends la forme de chasse aux sans-papiers à ciel ouvert comme avec ICE aux États-Unis ou celle de l’externalisation des centres de rétention promise dans l’UE, c’est la mise au travail coûte que coûte, c’est le bellicisme qui augmente chaque jour où les États font s’affronter leurs perspectives de prédation, c’est la discipline qui augmente pour étouffer chaque brin de révolte… 
Ces logiques transcendent de loin la sempiternelle question de l’alternance gauche-droite (et maintenant extrême-droite). Il n’y a qu’à voir la question de la gestion migratoire : que les États soient gouvernés par la social-démocratie comme au Danemark, la droite libérale comme en France ou l’extrême-droite comme en Italie, tous s’accordent pour un raidissement abject de cette gestion. 
Face à cela, qu’avons-nous à opposer ? 
Une partie des « aires subversives » se fait la voiture-balai de la gauche électoraliste en proposant de faire « front » avec ceux qui nous balanceront aux flics à la première occasion, ceux qui pacifient et récupèrent constamment les luttes, ceux qui veulent nous faire taffer pour le « socialisme » ou autre conneries mitterrandiennes, ceux qui ne jurent que par la “bataille culturelle” (qui semble être devenu, à gauche comme à droite, le prisme unique sous lequel envisager la lutte). Une autre partie de ces aires veut faire différemment mais se saborde et donne finalement de la force aux démocrates et leur idéologie antifascisme en faisant de l’antifascisme l’alpha et l’oméga de la lutte, surtout par souci de recrutement (l’antifascisme, ça « parlerait plus » que la lutte contre le Capital et l’État). 
La critique révolutionnaire de l’antifascisme n’a rien d’inédite. Si une partie a pu s’égarer dans des chemins peu recommandables, bas du front voire complètement gerbants (comme une partie de l’ultra-gauche qui a versé dans le négationnisme), une autre est restée pertinente et émancipatrice. C’est en s’inspirant de ses critiques et en les actualisant à la situation présente que nous pourrons nous débarrasser des vieilles illusions démocrates et réformateurs qui se terrent dans l’omniprésence de la rhétorique antifasciste. 
Pour ne pas achever l’engloutissement des aires révolutionnaires par la gauche, pour sortir de l’interclassisme, pour retrouver des perspectives révolutionnaires concrètes pour faire tomber le Capital et l’État, dans l’élaboration collective et l’action, il nous paraît primordial de réfléchir et de critiquer les tendances actuelles au tout-antifascisme. 
C’est ce que nous nous proposons de discuter à la bibliothèque, en partant d’une brochure publiée pour l’occasion, qui sera bientôt disponible. 

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