Vendredi 13 février – 19h30
Nous n’avons pas du tout peur des ruines. Nous allons hériter de la terre ; il n’y a pas le moindre doute là-dessus. La bourgeoisie pourrait détruire et ruiner son propre monde avant de quitter la scène de l’histoire. Nous portons un nouveau monde ici, dans nos cœurs. Ce monde grandit en ce moment.
Buenaventura Durruti
Le terme « tankie » désignait en 1956 de manière péjorative ceux qui, au sein du Parti communiste britannique, ont approuvé la répression de l’insurrection de Budapest par les chars de l’Armée rouge (d’où la racine du terme « tank »). Plus largement, il désignait, durant la guerre froide, les militants des gauches occidentales qui, par réflexe partisan, ont soutenu les actions autoritaires et répressives du gouvernement soviétique, comme la répression du printemps de Prague en 1968 et l’invasion soviétique de l’Afghanistan (1979-1989). C’est donc devenu un terme générique pour designer ces léninistes (qu’ils soient staliniens, trotskystes ou maoïstes) dont la perspective politique consiste à faire triompher le bloc soviétique pendant la guerre froide, et aujourd’hui, de maintenir en vie les traditions infectes du campisme, de l’autoritarisme et du capitalisme d’État. S’il y a quelques années, en France, on pouvait résumer l’aire des tankies à quelques vieillards distribuant leurs journaux aux titres absurdes dans l’ignorance générale des manifs, aujourd’hui les choses ont changées : de nouvelles générations de gauchistes semblent tomber sous le charme incompréhensible de la dictature communiste, son classisme binaire et mensonger, ses goulags, son armée, sa brutalité, en même temps qu’on constate un recul alarmant des perspectives anarchistes et communistes anti-autoritaires. Une régression tragique pour les révolutionnaires.
Dans cette discussion nous chercherons à comprendre ensemble ce retour terrible du communisme autoritaire, en cherchant à tracer des parallèles avec la montée des extrêmes droites elles aussi accelerationnistes. De fait, les jeunes tankies ont énormément de points communs avec les jeunes néo-fascistes et autres néo-nazis d’aujourd’hui. Leur essor coïncide par ailleurs avec l’essor des moyens de communication virtuels et la libéralisation des idéologies politiques. On est nostalgique de Staline comme d’autres sont nostalgiques de Pétain ou Hitler car les figures autoritaires du 20e siècle et leurs abjectes idéologies ont été réhabilitée à la fois par des forces aussi importantes que l’Etat russe ou l’État américain, Trump et Poutine voyant tous deux l’accelerationnisme montant comme des occasions de détruire les dits cordons sanitaires des démocraties occidentales, chacun souhaitant en profiter pour installer un pouvoir total sur des ruines qui n’ont rien des ruines qu’évoquait Durruti.
Avant de se retrouver englouti dans les calculs politiciens de ces « nouvelles » forces, ou de se retrouver dans leurs prisons « populaires » (généralement plus adaptées aux opposants révolutionnaires qu’aux opposants capitalistes) il serait temps de constater, a minima, que l’heure est grave, et qu’il nous faut trouver des solutions contre la montée de ces infamies totalitaires et des fétichistes du massacre qu’elles produisent.
