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David Cronenberg – 1999 VOSTF (Canada) – 96’

Lundi 3 février à 19h

« Do it ! It’s just a game. »

La réalité, n’était-elle pas une image ? Mais alors ce que nous fûmes, n’était-ce qu’illusions ? Et ce que nous prenions pour un jeu, n’était-ce pas réel ? Et tout ce que nous fîmes, croyant jouer, il faudra alors vivre avec ? C’était un jeu, dans un jeu… dans un jeu ? Où étaient la clôture et le retour ? Qui était tenu à quoi, quel rôle avons-nous joué, où donc se sont perdus nos actes, nos désirs et nos angoisses ? DONNE-MOI DU RÉEL, que cesse cette infâme balancement. Du concret, du véritable, du solide. Où le trouver ? Sous les images, à la fin du rêve ? Je traverserai toutes les angoisses, je jouerai tous les rôles, je trahirai tout pour le trouver, puisque rien n’importe tant que ce n’est pas sérieux. J’irai jusqu’au bout. Au réveil celui qui cherchait le réel avait créé une nouvelle image. Conscience malheureuse, il ne peut parcourir l’existence sans rêver, sans virtualiser. Et l’illusion chaque jour s’étend, comme la gangrène, en proportion inverse de sa soif de réalité. Alors rend-moi le rêve. J’oublierai tout, je céderai à tout. Je serai celui qui vit et voit double, traversant l’existence avec des images plein les yeux, rien que des images, vivant pour elles. Je disparaîtrai dans les rôles à jouer, aimant chacun d’eux. Au crépuscule celui qui vivait pour rêver s’était fondu dans les idoles. Désespéré il sentait encore en lui sa chair se mouvoir et advenir, rôle après rôle. Il n’avait pas atteint la légèreté d’air des contes qu’on chantonne aux enfants. Il existait encore, bercé par les sables mouvants, et en lui se déchaînaient encore ses insuffisances, ses dégoûts, ses espoirs. Qui était tenu à quoi, quels rôles avons-nous joués, où donc se sont perdus nos actes, nos désirs et nos angoisses ? Peut-être la question initiale était-elle mauvaise, et l’essentiel ailleurs, ou précisément là, à travers l’odyssée parcourue. Portée à l’emphase, l’exubérance d’une certaine malice grinçante, par exemple celle de Cronenberg, ici comme dans Videodrome, se jouant de nos frontières mentales, dissoudra-t-elle nos vieilles métaphysiques, et tous leurs arrièresmondes, du réel et de l’image ? Au fond ce qui comptait, c’était peut-être plus simple, moins emphatique ; c’était de rendre à l’aventure sa profondeur quotidienne, et sa conséquence.

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