Dimanche 1er février – 15h

Jean-Pierre Thorn
1981 – 105’
En 1979, le trust français du secteur des transports Alsthom (devenu Alstom depuis) connait plusieurs grèves dans ses usines, alors que le groupe est en train de participer à un des plus gros programmes électronucléaires vu en France. En septembre, à Belfort en Franche-Comté, la grogne monte sur la question des salaires et des conditions de travail et l’occupation de l’usine qui rassemble 7000 salariés est décidée. Début octobre, dans la banlieue parisienne, dans l’usine de Saint-Ouen, on emboîte le pas : la grève s’organise, l’occupation est votée, les portes soudées et la production bloquée. Une partie des ouvriers s’affronte aux petits chefs de la maîtrise et aux patrons, et aux jaunes qui veulent eux reprendre le travail. La CGT et la CFDT soutiennent la grève. Jean-Pierre Thorn, cinéaste militant et ancien ouvrier mao établi à l’usine retourne dans l’usine avec une petite équipe (dont des membres de l’ancien collectif Ciné-Lutte) et une caméra pour donner la parole aux ouvriers et filmer la grève de l’intérieur.
Le film retrace les débuts de l’organisation du quotidien dans la grève, les perspectives des différents protagonistes mais aussi les conflits dans les comités entre direction syndicale et ouvriers. Il donne accès à de nombreuses discussions sur des questions importantes pour les grévistes comme la question de la violence et du sabotage (surtout quand la grève plus « classique » patine), celle des manières de s’ouvrir pour ne pas se retrouver isolés et celle de la gestion de la répression. La caméra capture aussi nombre de moments de légèreté, d’échanges et d’enthousiasme que permettent la fin du travail et l’affrontement avec les patrons mais aussi les désillusions et les espoirs déçus. Autant d’images et de sons qui pourront nous aider à réfléchir à ces questions inhérentes à chaque lutte.
Ça sera aussi l’occasion de s’interroger à partir du film et d’autres exemples sur la pratique du cinéma militant et des images dans et depuis les terrains de luttes. Le cinéma militant a certainement été un moyen d’amplifier l’écho des luttes, de diffuser des pratiques, ou de retranscrire les débats foisonnants qui peuvent y prendre place. Mais aussi un outil de propagande fait pour « conscientiser les masses » pour les partis (comme le PC ou la CGT en France) ou des États et leurs idéologies. Est-ce qu’un cinéma militant véritablement subversif est possible ?
On pourra se reporter pour cette discussion aux deux liasses des archives Getaway Intervenir par l’image 1 et 2.
